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« Ah bon », « Oui mais »

 « Ah bon ?! » rétorque, dubitatif, ce quidam à qui je jurai avoir croisé une licorne deux minutes plus tôt, tiens! justement là où il me regarde en ce moment hésitant entre l’effort de feindre l’étonnement avec ses yeux en billes de loto ou de ne même pas s’en donner la peine en conservant les paupières « droopyquement « baissées, genre « c’est ça, et la marmotte enveloppe les tablettes de chocolat. »

 Car 4 fois sur 5, ou 8 fois sur 10 si vous préférez, ce « Ah bon ?! » amorce sans la finir une phrase où les points de suspension remplacent quelque chose comme : « Jamais entendu parler de ça, ni même pensé que cela eût pu exister, bref, en un mot comme en cent, je n’en crois pas un mot. » Tout juste si un PS ne conclut pas : « Il est bien gentil celui-là. »

 Le thérapeute qui n’entend pas le scepticisme ou l’incrédulité de ce retour fugace, risque fort de passer à côté de son soin, de le rater avant même qu’il ne commence. Ce « ah bon » exprime souvent la non conscience de l’information comme si celle-ci était parachutée comme un ovni mais surtout le fait que le patient ne la « ressent » pas. Passer outre  et vouloir l’imposer en force n’amène le soin que dans un rapport de forces ou de prise de pouvoir.

 Encore une fois, rappelons-nous qu’un patient qui ne ressent pas ce qu’on lui dit ne peut qu’être incrédule, ou engrammer comme une fake-news une information même vraie, ou la prendre pour argent comptant s’il est sous le pouvoir de son « thérapeute »…

 L’honnêteté et le respect imposeraient de surseoir au soin et c’est en cela que les RACs et le respect de la synchronicité en étiomédecine sont les garants de ce respect… pour les rares qui ont compris tant les RACs que la synchronicité.

 « Oui mais » paraît respecter le propos du vis-à-vis… MAIS… affirme déjà désaccord ou résistance. C’est la recherche mentale d’arguments ou d’alibis pour justifier les actes ou choix… dont on doute de la justesse, l’avocat du diable déguisé en bon dieu, le tartuffe qui trouve des raisons, parfois même « humanitaires », aux trahisons affectives.

Car enfin, a-t-on besoin de se justifier, plus à soi-même qu’au regard des autres, quand on se sait juste ?

Le regard des autres n’a alors plus vraiment d’influence, à défaut de possible importance.

 En soin, le patient affirme d’un « oui mais » qu’il entend bien l’information et son lien avec elle, que le soin révèle, MAIS… qu’il ne changera rien!

 Il est seul juge de lui-même auquel il cherche mentalement les raisons, même affectives, de ne pas abdiquer d’un fonctionnement dont son affectif doute.

 On ne peut pour l’aider dans sa dichotomie refoulée, tout en respectant la synchronicité de l’information que le patient lui-même, que l’inciter  à ressentir ce qui lui parait juste  au-delà des raisons, puis… lui laisser le temps et la liberté de ses choix.

 Le « Oui mais » est un peu le « Parce que » dans l’antagonisme, dans la résistance au sentiment de justesse, de confiance, de cohérence voire d’auto-cohérence, le signe de l’entêtement infantile face à l’évidence de l’erreur, la fin de non recevoir à celle du ressenti, la bouderie capricieuse du gamin pris en faute, l’orgueil de l’immature pour qui s’être trompé est une honte, l’admettre une faiblesse.

 « Oui mais » est le déni, non d’un état, mais de la nécessité de la mutation, par peur le plus souvent bien sûr, le « non vouloir voir » voire le « vouloir ne pas voir », par crainte, facilité ou confort, le choix de faire passer de parfois justes engagements temporaires pour l’aliénation liberticide définitive et ainsi « blanchir » l’inertie (avoir des enfants à « élever » suppose-t-il qu’on ait plus d’existence ? « Non…  mais » commenceront certains.)

 Là aussi, quand la synchronicité fait passer le soin par une information que le patient choisit de ne pas accepter, le thérapeute respectueux et compétent doit lui laisser le temps de faire son chemin et ses choix.

 À celui que je devine concerné qui s’apprête à (se) dire « oui mais c’est parce que », je ne répondrai pas « Ah bon ?! », sachant trop bien qu’au fond de lui, la vérité souvent est claire et qu’il souffre d’autant plus de ce mensonge qu’il se fait à lui-même, de cet absolu en forme d’alibi qui l’affranchit de son déni sans le libérer de ses entraves.