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ça ne changera jamais

« Ça ne changera jamais, c’est toujours pareil, on ne se refait pas. »

Combien de fois par jour entend-on ces anathèmes et combien de fois les a-t-on nous-mêmes prononcés ? On ne compte évidemment plus.

  L’immuabilité devient un dogme, et le dogme, l’inertie d’où nait un fatalisme d’autant plus absurde que c’est notre croyance qui lui donne sa force comme dans tous presque tous les domaines d’ailleurs. Croyance ou facilité.

  Mais la seule chose qui ne change pas, c’est le paysage observé du même point de vue : le gars qu’on voit depuis la route, dans un pré, armé d’une tronçonneuse devant une vache et qui nous affole d’abord, alors qu’une vue d’avion nous les montre l’un et l’autre dans deux champs distincts avec un arbre aux pieds du bucheron.

  « Ça ne changera jamais! À chaque fois, je me fais avoir par les mecs, y en a pas un pour rattraper les autres. »

   À la décharge de Pimprenelle qui s’exprime ainsi, il faut bien avouer qu’il y a quand même un paquet de mecs qui ont le cerveau dans le caleçon, pour qui les érections et les orgasmes ne seront jamais spirituels.

  Mais tout de même Pimprenelle, qui pourtant jure à chaque fois, qu’on ne t’y reprendra pas,

  • Qu’est-ce qui t’attire d’abord comme un aimant et te brise après l’engouement ?
  • Ne sais-tu reconnaître le mensonge quand il est travesti ?
  • Ou est-ce que tu ne vois que lui, auquel tu veux croire à chaque fois ?
  • N’est-ce qu’un absurde entêtement qui te pousse à croire que, cette fois, tu briseras l’anathème ?
  • Que ne sais-tu changer de tes regards pour que sans varier tu croies réels ces hologrammes et fasses tes choix, aveugle à leurs faces cachées ?
  • Que n’as-tu l’instinct d’entendre ce qu’on tait derrière ce qu’on promet ?
  • Que ne vois-tu l’horizon hors les mirages qui figent ton attention ?
  • Où est-ce que tu dois jusqu’à la lie, boire la coupe pour que lucide enfin, tu saches voir les choses et que tu t’en délies ?

   Vois-tu Pimprenelle, chacun a ses démons dont la prébende est le tribut que lui coûte son  aveuglement.

  Pour beaucoup d’hommes aussi, elles sont toutes pareilles à part leur mère bien sûr, qui n’est qu’aux autres pareille pour ceux qui ne sont pas leurs frères… (il faut quelques secondes pour celle-là.)

   D’aucuns ne sauront jamais compter leurs sous, d’autres se mettront toujours les défis qu’ils rateront pour une dernière marche de trop. Certains ne feront jamais confiance aux bonnes personnes mais douteront des plus honnêtes sans pour autant qu’elles soient plus belles, car il n’est nul besoin d’être trop beau pour être malhonnête.

 L’analogie mathématique.

D’habitude, je ne goûte guère les analogies quantiques ou mathématiques. Elles sont trop souvent le fait de ces néo prédicateurs qui sont pléthore à conférer sur internet et ailleurs et qui spiritualisent la science pour épater et séduire une clientèle impressionnée qui s’était éloignée d’abord des prédicateurs « à l’ancienne », puis des spirituels qui scientisaient Dieu dans un deuxième temps. Ils ont à les écouter, toujours « 30 ans de recherche », même quand eux-mêmes ont tout juste trente-cinq ans… et suggèrent des propositions analogiques qui, pour séduisantes qu’elles sont parfois, restent discutables et ne peuvent avoir valeur de preuves.

  Qui sait si ce qu’ils veulent parfois démontrer ne fonctionne très bien que pour des raisons complètement différentes ; ce serait même souvent à souhaiter d’ailleurs, à peine de ne limiter tant de choses dont l’amour qu’à une question de physique quantique ou de chimie.

   Toutefois et sans prétendre que les choses sont ainsi, il est une analogie qu’il est distrayant de suggérer. C’est celle d’une équation fractale de Benoît Mandelbrot.

  Parce qu’elle illustre parfaitement la réitération des échecs que vivent les êtres, au travers de la réitération de fonctions mathématiques.

   Les passionnés connaissent ou peuvent s’initier au travers d’une recherche sur les fractales de Mandelbrot. Mais on va essayer pour les non-amateurs des sciences exactes,  ou formelles, de l’amener simplement en deux étapes dont la première serait une fonction de réitération simple :

 En mathématique, on pourrait l’écrire  y = f(x) + c , où « c » serait une valeur constante choisie a priori et immuable, « x » serait une valeur aléatoire et « f » la fonction appliquée à « x. »

  Pourquoi de réitération ? Parce que le résultat « y », obtenu en appliquant la fonction « f » à « x » augmentée de c (puisque « + c »), serait réintroduit comme nouvelle valeur de « x » pour recommencer le même calcul.

  En d’autres termes, on appliquerait toujours la même fonction avec le nouveau résultat obtenu à chaque étape du calcul.

   Mais où serait donc l’analogie ? À ce stade, elle n’y est pas encore car dans cette dimension mathématique simple, c’est plutôt la fonction qui prime. Tout juste peut-on voir se profiler l’idée que réitérer toujours la même fonction, c’est un peu comme toujours aborder les choses de la même manière… bien ou mal indépendamment de toute autre condition. Cuisiner, scier une branche, faire l’amour, s’exprimer, planter un clou…

   Et d’ailleurs, les résultats graphiques que donne ce genre de fonctions mathématiques simples sont assez déterminés et prévisibles. Si je décide que ma fonction « f », c’est de multiplier « x » par 3 avant de lui ajouter « c », je sais que j’obtiendrai une droite dont « c » nous donnera la pente. Si l’analogie fonctionnait à ce niveau, on pourrait dire que quelque soit la fonction, cuisiner, scier une branche, faire l’amour (qui ne me regarde pas) ou planter un clou, je sais le résultat que ça va donner et qui ne changera jamais en fonction de qui opère et indépendamment de toute autre considération. Ben non, ça ne marche pas vraiment.

   Gardons le principe de réitération de fonction, mais cette fois avec ces fameuses équations de Mandelbrot dont une fois encore je vous engage à  visualiser des résultats sur la toile, tant ces graphiques sont somptueux et n’ont rien de linéaire. Le principe de réitération est présent dans la fonction et ses résultats puisque les graphiques de ces équations fractales laissent apparaître des résultats relativement similaires à des échelles d’observation différentes ; une illustration simple et visible sur tous les marchés, est le chou de Romanesco.

   Il est par ailleurs une autre figure appelée le figuier de Feigenbaum qui objective ce constat que cette fois, ce n’est pas autant la fonction qui importe que cette valeur choisie a priori qu’on avait appelée « c » dans notre première équation. En effet, quelque soit la fonction fractale choisie, c’est cette valeur de « c » qui va orienter les résultats et leur apparence graphique : ordre et chaos pour ce qui est du figuier.

  Et alors, direz-vous ?

   Et bien, c’est que tous les membres de ces équations sont ce qu’on appelle des nombres complexes, c’est-à-dire l’association de nombres réels et de nombres… imaginaires, y compris « c! »

  Imaginaires! Pourquoi ce nom, je ne sais pas, peut-être parce qu’ils s’écrivent sous une forme dans laquelle existe une lettre i telle que i multiplié par lui-même est égal à… -1!

 Oui, un carré négatif, ça n’existe pas dans la « réalité », et pourtant loin d’être un délire de matheux qui s’emmerdaient, ils ont été le moyen de résoudre d’autres problèmes (algèbre, mécanique des fluides…)

   Donc si, il existe! à défaut d’être matérialisable. Comme les sentiments, comme l’amour, comme… Dieu ?

 Bref, et c’est là que c’est cocasse. La valeur de « c » (dans notre figuier par exemple) est plus que la fonction, déterminante dans l’orientation que vont prendre nos résultats.

  Et ce qui fait la différence avec nos précédentes équations est l’introduction des imaginaires, de ces « trucs » qui n’existent pas et qui pourtant influent tellement sur les résultats.

   Quelle part est dans la réitération des schémas et expériences que vivent les êtres au quotidien avec leurs réussites parfois, mais aussi leurs échecs répétés, celle que prend « c » dans nos équations de Mandelbrot ?

Elle est le regard qu’on porte sur les choses et avec lequel nous abordons l’expérience,

   La seule variable qui influe sur les résultats quant à l’exécution d’une fonction. Qu’on cuisine, avec trop ou trop peu de sel, qu’on scie une branche, en étant du bon ou du mauvais côté de la scie pour rester dessus ou bien tomber, qu’on fasse l’amour, par devoir, dans l’excitation ou avec… amour, trop vite ou comme il faut, qu’on s’exprime dans la justesse ou dans la colère, la peur ou l’ironie, qu’on plante un clou, avec le bon outil ou le talon d’une chaussure…

  Bien sûr, le trop ou trop peu de sel est fonction d’un état et ne se « décide pas. » L’homme frustré mangera plus salé, tout comme l’homme en colère dont la salive est plus acide mettra, de sucre, l’excès que d’autres lui reprocheront.

  Scier assis sur le morceau de la branche qui choira est-il un défaut de présence à ce qu’on fait, et donc l’effet d’une distraction, ou d’une absence qu’influence un état.

  L’amour comme exutoire connait-t-il la tendresse ?

  S’exprimer toujours avec colère définit-il ce dont on parle ou ne dit-il que sa colère sur laquelle surfent des mots ?

   Et celui qui visse avec un marteau ne détestera-t-il pas à jamais le bricolage ?

  Ce n’est qu’allégé des charges des mémoires de ses souffrances que l’être acquiert un regard nouveau sur chaque chose et  peut adopter dans ses choix et ses dosages les attitudes adaptées : saler juste, scier sa branche, assis du bon côté etc.

  C’est bien sûr là que l’étiomédecine trouve sa place.

L’analogie naturelle.

  Ne pas alléger ce plan de souffrances ou faire le déni de leurs influences, c’est s’interdire ce regard neuf qui change la perception et l’abord des évènements, c’est ne rien apprendre de ce qu’on vit.

  C’est comme si la rivière que je suis, au lieu de s’appuyer sur le rocher d’un parcours en même temps que je le façonne pour dessiner la suite de mon lit dans lequel il dort aussi, achoppait sur cette pierre qui en rien ne céderait, pour sans cesse me refluer jusqu’à ce que le flux descendant à nouveau me jette contre lui… en un perpétuel mouvement d’aconscience.

  Rares sont les rivières qui font ça ; le déni et le refoulement seraient-ils le propre des hommes qui n’avancent pas?

 Une déduction séduisante des analogies, c’est qu’elles peuvent être fédératrices et mettre fin à des antagonismes parfois violents qui ne sont que les expressions de regards uniques de personnes qui n’ont pas fait le tour de leurs certitudes.

  Elles prouvent qu’à partir d’un certain niveau de compréhension, tous se rejoignent quelques soient les chemins empruntés : le vrai scientifique qui sait avoir plus de choses incomprises qu’il n’en a effleurées et reste humble, comme l’artiste qui laisse naître de sa vacuité, ou l’initié conscient de sa réalité en même temps que de son insignifiance.

  Là ou l’un dit que « tout est dans tout », l’autre parle de « la nature fractale du monde», le propos étant le même, tenu par des personnes arrivées au même sommet par deux voies distinctes.