Newsletter

C’est la fÔte à ma mère

 Il est souvent dit dans le monde de la thérapie, autant qu’en dehors de par l’évidence de l’expérience humaine, que c’est en soignant les parents avant un certain âge des enfants (plus ou moins 6 ans), qu’on aide efficacement ces derniers, et principalement en traitant les mamans.

 Ces dernières s’enorgueillissent de justifier ces projections dont on les accuse un peu trop facilement, par cette relation privilégiée qu’instaure le fait d’avoir porté l’enfant, relation que rien ne peut surpasser et qui fait que personne comme elles, sinon toutes les femmes de la planète, ne sait aimer mieux ou plus ; en tout cas sûrement pas… les hommes qui n’ont fait que semer voire essaimer.

 Battus à plate couture par cet argument imparable, d’aucuns mecs « scientisent » cette injustice de la nature en invoquant des considérations purement et fortuitement physiologiques comme par exemple la présence chez l’enfant des seuls mitochondries de la mère. Et puis soyons sérieux, les mecs ont un autre rôle à jouer par ailleurs qui ne les laisserait pas disponibles pour ces incessants gouzis gouzis et préoccupations romantico-féminines :

 Jalousie masculine ou les femmes ne sont-elles que « mythos qu’on drisse » au firmament de l’affectif… quand elles n’assurent pas même en avoir le monopole ?

 Il faut quand même reconnaître que môman est la 1ère interface de la vie de bébé en même temps donc que la source de ses premiers « conflits relationnels. »

 L’enfant, in utero comme lors des premières années de sa vie, est comme une colonne de pression qui réagit au milieu qui l’entoure, dans lequel il évolue ; in utero, on peut carrément dire que… c’est l’eau du bain.

 Cette initiale plongée spéléo dans les eaux maternelles, à l’écoute  de ce monde qui l’attend, est aussi  l’imprégnation du milieu qui l’héberge, et son regard porté en s’aventurant au dehors ne se fait qu’au travers de l’ambiance de sa première « grotte. »

 N’ayant rien connu d’autre, elle est sa normalité, il croit sienne la perception des choses et évènements qui n’est que par comparaison à l’eau du bain dans lequel il a barboté pendant neuf mois. Barboté et emporté dans les mêmes élans de maman à ce qui l’a fait réagir ou a fait partie de son histoire.

 Sans savoir ce qui en est le fondement, bébé vit dans son « aquabulle » les peurs de maman, les tristesses de maman, les colères de maman, les angoisses de maman, bref toutes les choses qui modèlent l’équilibre « tensionnel » de maman dans lequel, et donc par rapport auquel, lui doit trouver le sien.

 Bien sûr la naissance offre à papa, qui était quand même déjà là, plus de place dans ce primo contexte de la vie du petit être dont l’adaptation se fera compte tenu de cet élément soudain plus palpable.

 Mais môman, c’est le premier foyer et son postulat de départ, les premiers conditionnements et réflexes dont il croit qu’ils le définissent alors qu’ils sont ceux sur lesquels maman et papa, et d’autres avant eux, vont tenter de structurer ce qu’ils espèrent de leur rejeton, ce qui l’empêche de se découvrir. Il réagit comme le milieu dans lequel il a évolué et non en fonction de ce qu’il découvrirait de manière spontanée et sans ces… a priori.

 L’enfant, puis l’ado ou l’adulte parfois se rebelle et semble agir différemment, voire contrairement. Mais réagir ou se révolter est encore être conditionné par cette même chose.

 Être communiste parce que maman et papa étaient communistes ou devenir un « requin » (pardon pour eux) en affaires parce que né d’un milieu pauvre n’est

Ni

La neutralité qui permet de savoir qui on est,

Ni

La mutation qui permet qu’on le sera.

 Trop de gens aujourd’hui (merci aux pseudo thérapies analytiques du comptoir du café d’en face « Au chien qui fume », mais on ne sait pas quoi) font de l’histoire de maman le bouquin missel d’une foi dictée, ou de maman le bouc émissaire de leurs aliénations, même s’ils se déclarent prêts à l’excuser d’exister.

 Mais… maman est aussi la fille de quelqu’un et a connu ces mêmes affres inconsciemment réitérées de génération en génération et qui sont une part de l’atavisme.

 Si Cunégonde est dépressive, ce n’est pas parce que Geneviève sa maman, puis Clorinthe son aïeule trois générations plus tôt et bien avant elle, Almédérique que Childérix III avait engrossée puis abandonnée en 747 (mais pas en Boeing) étaient « déjà » dépressives, mais parce qu’elle a fait sienne la dépression qui était un composant, comme un savon, des sels ou des parfums, de l’eau du bain de ces grossesses successives. Et qu’elle l’a adoptée comme un élément de l’équilibre dans lequel elle s’est développée ; elle l’a fait sienne.

 Du moins, tant qu’elle ne l’a pas lâchée et ne s’est pas « découverte » sortie de l’eau.

 C’était le problème de maman ?

 Soit!

 Mais en construisant sa vie sur cet élément de ses fondations, en faisant l’économie du travail nécessaire pour édifier une pensée et un ressenti propres à elle, Cunégonde l’a fait sienne : ce n’est plus la dépression de Geneviève dont elle a hérité, c’est devenu la dépression de Cunégonde qu’elle ne lâche pas.

 Se laisser imprégner de quoi que ce soit sans le repenser, quitte à confirmer des attitudes ensuite par choix de son intime ressenti, ne fait plus de maman la cause d’un héritage à porter, mais l’adoption automatique de schémas de confort ou de facilité, ou même de leurs contre-pieds ;en tout état de cause la flemme d’évoluer ou le caprice de vilain garnement qui cherche un coupable à son inadaptation ou à ses problèmes.

 Comme quoi, muter, c’est sortir de l’eau et donc d’un ventre, puis de l’enfance pourgrandir ; rien que de très naturel finalement et qu’on pourrait qualifier de lapalissade, mais qui laisse à penser que rester sur des acquis, des convictions, des principes d’éducation, des certitudes ou des croyances, est pour le moins un tantinet immature ?

 En un mot comme en cent :

                                            Ce n’est donc pas « la fÔte à maman! »

 Pas plus que rien n’est la faute à autrui : tout le monde croise plus ou moins TOUT tous les jours directement ou par plus ou moins grande  contiguïté, voire capillarité, reçoit… et projette! 

Ce qui reste n’est pas ce qu’on a reçu mais ce qu’on n’a pas lâché et qu’on a fait sien.

 Et, à qui se cache derrière cet argument de son inertie, comme derrière ceux du karma ou de l’atavisme, on pourrait suggérer de grandir un peu.

 En attendant qu’il le fasse,

 Il, anonyme ou patient, raisonne avec la logique de maman, ressent en fonction des tensions de sa primale « amniobulle » sur lesquelles viennent s’ajouter celles que ses expériences lui font rencontrer ; des surtensions en quelque sorte.

 Et de penser par exemple que malhonnêtes sont les gens riches si maman, née Maheu et descendante de La Maheude (Germinal, Zola) croyait qu’il suffisait d’être pauvre pour être honnête.

 De ne ressentir que méfiance vis-à-vis de tout si maman et d’autres femmes avant elle avaient vécu sur un perpétuel qui-vive qui les maintenait sous une tension permanente.    De ne ressentir que tristesse si maman ou d’autres avant elle, n’avait jamais pu lâcher la tristesse d’une histoire qui imprégnait ses tissus.

 De ne ressentir qu’apathie et mollesse si maman, ou d’autres avant elle, avaient un jour cessé de se battre et accepté la fatalité en perdant tout tonus dont leur corps à partir de là était aussi dépourvu.

 Car toutes ces sensations ou ressentis ont imprégné tant le corps que l’esprit de celles qui les ont vécus et façonné de leurs tensions, raideurs et rétentions, leurs attitudes, douleurs, dysfonctions musculaires, viscérales et jusqu’à la sérénité de cette poche qui protège sans toutefois l’isoler leur futur héritier.

 Et « l’héritier », s’il ne connaît pas les histoires maternelles par le menu (dont il n’a que faire), n’a retenu comme information que… l’état (j’y reviens toujours) du milieu dans lequel il « baigne », qui est déjà le siège de ses premières souffrances potentielles, le filtre à travers lequel se feront ses premières perceptions du monde dans lequel il va entrer.

 Les mémoires affectives du vécu d’une maman imprègnent les enfants qu’elle aura, à qui il appartiendra d’en lâcher les ressentis parasites pour ne pas interpréter leurs propres expériences au travers des conclusions qu’elle en a tirées.

 La mère-poule, quant à elle, en surprotégeant ses enfants, a une tendance à élever des « Tanguy », d’éternels « adulescents », inquiets quand maman n’est pas là, perdus quand maman ne sera plus là.

 Si la peur de ce monde cruel motive certaines mamans angoissées, il est aussi ces maîtresses-femmes castratrices, prêtes à éradiquer, au nom de l’amour (sic), tout ce qui se met entre elles et leur progéniture ; à la limite (ou pas) du syndrome de Münchhausen que personne n’oserait diagnostiquer sans risquer d’être décapité ipso facto, il est vain de tenter de sauver les enfants par le biais de ces mères-là.

 Il n’est pas simple pour ces enfant-là de se défaire de ces arachnéennes emprises, de se construire et se structurer dans une liberté d’être et de penser par lui-même.

 Mais si ce n’est pas du gâteau, c’est quand même à eux qu’appartient de se libérer et de ne pas justifier son « anti création » par un « c’est la fÔte à môman. »

 Le propos n’est pas d’encourager les plaisanteries misogynes ou revanchardes des machos, ni de culpabiliser les mamans qui n’ont parfois besoin de personne pour se sentir responsables de tous les avatars vécus par leurs bambins.

 Et peut-être que c’est réellement le caractère privilégié de cette relation mère-enfant qui l’expose à cette dualité amour-projection.

 Quoi qu’il en soit, c’est

Le don d’elle telle qu’elle est qui fait l’amour que ressent l’enfant.

 Quant aux projections ou conditionnements directs ou ataviques inhérents à l’éducation, c’est aussi aux enfants de grandir dans le respect de tous et sans que ce soit pour autant une rupture affective.

 L’étiomédecine peut y aider, tant par le biais de maman pour peu qu’elle soit consciente de la dualité de toute relation, que directement et avec son consentement sur l’enfant de plus de 6 ans (ou l’apparition des premières molaires définitives selon certains spécialistes de l’énergétique), âge à partir duquel il n’est plus cette baudruche soumise aux pressions des autres ballons plus denses et puissants, présents dans l’environnement  de l’espace clos d’une cellule familiale, mais commence à individualiser pensée et ressenti.

 Libre à lui, aussi, de rendre à papa et môman leur liberté d’être ce qu’ils sont plutôt que de se soumettre ou se battre avec, pour couper ce mythocondriaque cordon (c’est pas une faute) et retrouver la sienne. C’est aussi une question de maturité.