Newsletter

Conscience, Information, Vacuité

N6

La Conscience

Ah conscience, conscience, que n’a-t-on pas fait, que ne fait-on pas en ton nom ? Quelle arme de manipulation massive dans les mains de tous ceux qui n’ont d’elle que celle qu’ils s’auto décernent pour n’en imposer aux autres que les limites, pensant en avoir fait le tour parce que le champ de leur conscience n’est qu’une jardinière.

 Ainsi à tout bout de champ (pas de conscience), vous disent  qu’il faut prendre conscience, comme si vous étiez des abrutis, ceux qui viennent juste de le faire et d’en inscrire le sujet comme leur priorité du moment ou de leur vie, et qui décident que leur existence n’a désormais de sens (elle en manquait) que dans l’éveil de l’Humanité à ce qu’ils sont parfois les derniers à avoir compris.

 Ainsi vous disent qu’il faut prendre conscience, ceux qui d’une croyance ont fait un dogme, souvent de bienpensance (on se sent gentils et nombreux face aux « méchants »), qu’il leur appartient d’imposer comme une règle de la société qui les arrange et les rassure. Quitte à une certaine violence vis-à-vis de ceux qui contrarient le confort et l’inertie de leur pensée, car la phrase « Il faut prendre conscience que », sous-entend qu’on est le dernier des cons si on ne se laisse pas, con,… vaincre. Un peu comme « Il faut savoir » que pédantisent les prétentieux du ton de con-descendants rabaissant leurs congénères ; leur filerais bien leur con-gé, moi, à ces peigne-culs.

 Bref.

 Mais la conscience, à tout prendre, qu’est-ce ? (pas pu m’empêcher ce clin d’œil.)

 Dans son champ, la conscience est un chant que les chœurs embellissent, mais elle est un solo et ne peut être chantée par les autres.

 La Conscience est l’émergence cellulaire d’un ressenti que la pression d’une information, somatisée en état de vacuité, a fait naître. La clarté de la vacuité détermine la qualité de la conscience.

 Aïe, v’là t’y pas que dans cette mienne définition qui n’est que suggestion (bien étayée quand même), apparaissent ces deux ovnis que sont l’information et la vacuité.

L’information, d’abord.

Car nous ne sommes pas au journal des désinfos de 20 heures où on jette des saucisses aux toutous que nous sommes et qui payons la redevance (moi aussi, enfin je veux dire que je paye la redevance mais je ne mange pas les saucisses.) Tellement de saucisses que les toutous gavés avalent tout, ne savent plus où donner des crocs et en crèvent. Tellement d’informations qui n’en sont pas, que ceux qui naïvement croient s’informer y perdent leur esprit critique et leur discernement, conditions propices pour qu’on les décide à leur place.

 Qu’a-t-on à faire d’opinions qui n’en sont même pas, mais sont de faux arguments changeants au gré des vents, de politiques qui pour la plupart (c’est vraiment pour ne pas faire d’amalgame) ne cherchent qu’à ce que nous leur conférions un pouvoir sur nous ?

 En quoi sont des informations nationales le fait que tel chanteur fait sa 4e tournée d’adieu, que telle star du ballon a offert un maillot à un petit enfant malade devant 300 photographes, qu’un people est allé rendre visite plusieurs jours à des gamins défavorisés dans un coin perdu du monde (surtout si on oublie de compléter que le people a écourté son séjour parce qu’il se faisait ch… par défaut d’internet.)

 Chercher des « infos » à propos de n’importe quoi ou presque sur internet et en moins de deux heures, c’est risquer  de ne plus savoir où donner de la tête après le défilement de plusieurs dizaines de pages parmi quelques dizaines de milliers sur le sujet avec des avis et conseils antagonistes ; la surinformation est chaogène.

 L’informationinforme (sérieux) sur un état, non sur ses causalités supposées : Jeannot est timide et introverti parce que son père était dur, son frère Pierrot est un guerrier parce que son père (le même) était dur…? Binaire, limite stupide, psychologie de comptoir à deux balles.

 Et dire que des gens passent 5, 10, 20 ans, parfois leur vie entière à se demander pourquoi ils ne vivent pas. Temps pendant lequel ils… ne vivent pas. Cherchant pourquoi et comment au lieu de dire « c’est »,  pour pouvoir continuer.

 Ceux-là n’y sont pas pour grand chose, désinformés qu’ils sont par ceux qui les entretiennent dans cette démarche de pseudo conscientisation et qui me laissent dans le doute, un affreux doute ; la pêche peut-être ? Au moins là ne seraient-ils pas dangereux, même pas pour les poissons je crois.

  L’information n’a pas forcément de nom, raison pour laquelle je vous écrivais la semaine dernière (Présence) que les meilleurs soins étaient souvent muets.

 L’information est l’expression d’un état qu’il convient de reconnaître pour pouvoir en sortir : Si je ne vois rien, suis-je aveugle ou dans un brouillard, et s’il s’agit d’un brouillard, est-ce que j’attends qu’il se lève ou est-ce que je marche pour en sortir ? Que m’importe de quoi il est fait, puisque s’il est mortel, c’en est fini, s’il ne l’est pas, j’en sortirai.

 Et en sortir, en thérapie mais ailleurs aussi, c’est de ne pas rester seul enfermé mais de  partager pour recréer un mouvement par l’interface du vis-à-vis, proche, ami ou thérapeute, voire même un inconnu (vous savez, « un inconnu vous fait du bien », une vieille pub), d’être entendu dans sa souffrance, d’être compris, d’être com-pris.

 C’est la fameuse Présence évoquée dans ma lettre précédente et qui se fiche bien qu’on mette un nom sur ce qu’elle reconnaît, pourvu que…

 Et c’est le défaut de Présence ou le déni de ressenti donc un refoulement (selon qu’on est dans la posture du receveur ou du donneur) qui font chercher un pourquoi ou un comment et font des thérapies de non-traitement qui durent une vie… et coûtent un bras.

 D’ailleurs quand un patient en est vraiment sorti, il ne désire plus qu’une chose, c’est qu’on en parle plus, enfin… et le meilleur moyen pour ça est de mettre « c’est » à place de « pourquoi. »

  L’information est l’expression d’un état, ne parle aucune langue, mais les contient toutes, étant le Verbe, où s’inscrit le silence.

 On n’a jamais à craindre de ne savoir mettre UN mot sur quelque chose qui ne s’en satisferait pas, à peine a contrario de limiter la libération d’une souffrance aux restrictions engendrées par un vocabulaire insuffisant dans la majorité des cas (et ce n’est pas un manque personnel.)

 La vacuité, ensuite.

 La vacuité est un état d’ouverture affective (pas affectueuse) sans a priori, intention ni demande. Une aptitude au constat sans penser ni juger (puisqu’on ne sait pas.) Un état de prière en quelque sorte pour ceux qui croient.

 Mais cet espace, encombré qu’il est de conditionnements, formatages, de règles, ressentiments, émotions, peurs, colères, révoltes, mémoires d’expériences plus ou moins digérées ou acceptées, est loin d’être cet état là. Et la pression cellulaire engendrée par l’information grevée de tous ces artefacts, génère plus souvent des prises de conscience déformées, voire d’anticonscience qui passent pour des révélations.

 C’est d’ailleurs le travail de l’étiomédecine que de faire le ménage de ces artefacts et de laisser ensuite le patient avec sa conscience qui « va trottine, va chemine. »

 En tout état de cause, si tels l’archet d’un violon ou le vent dans les voiles qui animent des structures et font sortir un son ou génèrent un mouvement et donc un ressenti (encore! Diront le scientistes qui sans doute en sont dépourvus), ni l’un ni l’autre ne font chanter le violon ou avancer le bateau sur lesquels ils ne sont pas.

 Ce n’est que l’expérience qui peut créer une prise de conscience chez celui qui l’a vécue… et seulement chez lui. Cette conscience élargissant son champ à l’aune des expériences qu’il aura choisi d’accepter. Et on ne peut reprocher aux autres le défaut de conscience des expériences qu’ils n’ont pas faites.

 Encore faut-il oser vivre.