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Donneurs de leçons (suite)

  Campagne contre le racisme, campagne contre le sexisme, la misogynie, contre le harcèlement sexuel, moral, social, campagne contre l’homophobie, campagne contre ceci ou cela, pour ce qu’on doit croire ou trouver bien, faire et ne pas faire, pour ce qui doit être dit même si on ne le pense pas mais par angélisme, ce qui ne doit pas être dit même si cela serait juste mais par tolérance de façade ou feinte mais bienséante ouverture.

   Au secours, on étouffe.

  Bien sûr tout part à n’en pas douter d’un réflexe naturel de défense voire de survie quant à des comportements qui semblent d’un autre âge mais témoignent surtout d’une conscience limitée qui elle est de toutes les époques, la nôtre pas moins que les autres.

   Mais est-ce bien en serinant des règles de bonne conduite, en admettant que la bonne conscience édicte les bonnes règles, qu’on fait évoluer ceux qui les ignorent sciemment quand ceux qui les respectent n’ont nul besoin qu’on les leur rappelle?

  Est-ce vraiment en disant qu’il faut être respectueux, sensible, aimant, ouvert, tolérant, ceci ou cela qu’on va les changer, pensant de surcroît qu’on ait quelque légitimité à le faire, quelque fatuité à se croire autorisé à exiger des autres qu’ils soient comme nous croyons être dans l’inconscience ou le déni de nos propres tares, dans l’ignorance des erreurs de nos certitudes et croyances?

  Pour le coup, à force d’asséner continuellement et de façon si binaire ce qu’il faut être et ne pas être, qu’il ne faut être ni macho, ni insensible, ni sexiste, ni homophobe, ni miso (mais maso), qu’il faut taire toute remarque faisant allusion à une couleur de peau, au sexe, aux orientations des uns ou des autres et j’en passe, alors je te le dis :

  Si tu es un mec avec du poil aux pattes et sur la poitrine, viril d’apparence, pragmatique sans romantisme, blanc et hétéro… et ben mon vieux, excuse-toi déjà mais tu pars avec un sacré handicap dans la vie d’aujourd’hui. Le carbonique se meurt et émerge le fluidique : Mais peut-être est-ce l’évolution vers le sexe des anges et le chemin vers l’Un.

  Regarde les pubs mon vieux : le couple que tu voyais quelques années auparavant profiter d’un nouvel achat x ou y, est sur l’écran de plus en plus souvent homo ; démagogie des marques certes mais…

  Blague à part, il ne s’agit d’un billet réac, bien au contraire.

  En effet, plutôt que de vouloir à tout prix forcer la parole plutôt que la libérer, au risque de ne faire que renforcer dans la même proportion la position des belligérants d’opposition et par conséquent les antagonismes, ne vaut-il mieux pas parfois, souvent, ne pas faire un problème de ce qui n’en n’est pas un pour soi et ainsi répandre au travers de ses actes que telle ou telle cause n’en est pas ou plus une, si tant est qu’elle l’ait été.

  Plutôt que voir un people, un animateur, un politicien ou un journaliste donner des leçons de civilité à la télé et… entendre peu après qu’une plainte est déposée contre lui.

  Dans la mesure, et c’est une autre question, où il serait légitime de dire à quelqu’un qu’il est con, faudrait-il le taire parce qu’il est noir, ne pas craindre de le dire parce qu’il est blanc ?

  Le taire parce qu’il est noir n’est-il pas une attitude commandée par la xénophobie, même s’il ne s’agit que de la peur d’en être taxé ?

  Dans ce même contexte où l’on suppose légitime de dire à quelqu’un qu’il est con, le dire parce qu’il l’est, indépendamment de sa couleur de peau, exclut le fait qu’il s’agit de racisme.

  Louer un travail bien fait parce qu’il s’agit… d’un travail bien fait exclut la mention éventuelle « pour une femme » et n’en fait pas une question sexiste.

  Ne pas être surpris de la finesse d’une œuvre  artistique ou de l’élaboration d’un vin de la part d’un moustachu viril et baraqué exclut le cliché sur la sensibilité féminine exacerbée de l’homosexuel ; après tout, c’est dans les deux sens.

  Demande t’on à un gitan qu’on voit pour la première fois s’il a déjà volé une poule ? Et s’il en vole une un jour, conclut-on qu’il est gitan ? Et si le voleur n’est pas gitan, doit-on s’en étonner ?

  Assumer les choses même désagréables indépendamment de la couleur, du sexe, de l’âge, du handicap, des orientations quelles qu’elles soient et sans que ces questions n’affleurent, c’est prendre les gens comme ils sont et par conséquent les respecter… autant que se faire respecter, tandis qu’adapter son comportement à chacune de ces différences est déjà une forme d’ostracisme.

  C’est ne faire un problème d’aucune de ces questions dans le rapport à autrui, dans ce qu’on donne et partage par l’exemple… sans en faire tout un plat de militantisme ou de moralisme.