Newsletter

Essentiel ou essenciel?

  Débattre de ce qui est à tous ou à chacun essentiel paraît bien rhétorique, d’autant que l’amorce du débat est déjà faussée si l’on considère que l’essentialité d’un produit est prônée par ceux qui le vendent ou en tirent bénéfice.

  Au point d’en arriver à ce terrorisme intellectuel, mais à des fins bien terrestres, qui consiste à induire que ne pas s’intéresser à la culture fait de vous un béotien ou que ne pas pratiquer de sport vous range dans la catégories des anergiques, des mous ou des malsains.

  Comme si une grande partie de ce qui se réclame de la culture n’était pas elle-même d’une indigence propre à freiner l’évolution de l’intelligence.

  Comme si l’addiction au sport n’était pas elle-même le refoulement ou la tentative d’équilibration d’angoisses ou de névroses, comme en témoigne si souvent l’état de ces « modèles » contraints à un arrêt temporaire de leur agitation.

  À cette bobo manucurée qui se prenait pour une huile essentielle 😉 et qui un jour apostrophait sur le marché, pleine d’une bienveillante condescendance, une petite vendeuse productrice de  ses légumes bio qui n’avait le temps ni d’écouter une bloggeuse parler de ses ongles, ni celui de regarder des téléréalités, d’écouter des non- voix chanter des non-textes, de lire le dernier roman autobiographique d’un écrivain plus mégalo qu’intello, de baver devant des mythos qui se prennent pour des artistes, pas plus que celui que de jogger en leggings flashy autour de son pâté maison (…), celle-ci répondit : « Oh vous savez, moi, me fait la culture marrer, chère! » (Bon là j’invente mais je m’amuse.)

  La culture, le sport ou quoi que ce soit d’autre sont-ils essentiels si on peut vivre sans eux ; et je dis bien vivre heureux et non comme un personnage d’un monde orwellien. 

  L’œuvre insoupçonnée hier, qu’on découvre aujourd’hui manquait-elle à notre vie d’avant ?

  Manque-t-elle à ceux qui ne vibrent pas pour elle, et n’en sont pas moins lumineux pour autant ?

  Ou manque–t-elle plutôt à ceux qui se la pètent comme si parler d’art la bouche en cul de poule faisait d’eux des artistes ? À ceux qui brillent d’une lumière projetée  comme celle d’une ampoule sur du verre qu’ils voudraient faire passer pour diamant qui, lui, brille du dedans?

  Comme si la culture était LA mesure de l’évolution d’une sensibilité lors qu’elle peut aussi être la facture d’une bien-pensance ou d’une éducation, le jugement d’une part de la société, la fracture avec une spontanéité ou une forme de liberté.

  L’exploit  réalisé aujourd’hui empêchait-il l’exercice jusque là ?

  Ne jouit-on du sport qu’au travers d’un record ?

  Les œuvres que d’autres ont écrites ou jouées, les exploits regardés dans un fauteuil face à l’écran ne détournent-ils pas trop souvent de l’accomplissement personnel, par le temps qu’ils occupent d’intelligence hypnotisée ou d’énergie inusitée qui s’engraisse ?

  On ne peut à soi-même se donner l’illusion d’exister au travers de ce que l’on reçoit sans donner, sans se donner, sans se créer.

Si la culture, le sport ou quoi que ce soit d’autre peuvent bien sûr être inspirants, ce qui les fait essentiels à chacun est d’en être un acteur, un pratiquant plutôt qu’un spectateur.

L’essentiel est à la Manifestation et parfois nous construit

Mais c’est l’essenciel (ou l’essence ciel) qui nous crée.