Newsletter

Expériences, prises de conscience et courts-circuits

  Il en est trop souvent de l’évolution de l’Humanité comme d’un grand show télévisé où une grande majorité de ceux qui font beaucoup d’efforts pour l’illusion d’exister en occupant la scène, n’ont rien à dire mais le crient très fort, comme des gamins cherchant par tous les moyens à attirer l’attention.

  Scène politique de mégalos avides de laisser leur nom à une loi symptomatique et dérisoire de plus, dans un ensemble abscons de textes qui n’intéressent que leurs auteurs, scène pseudo artistique de non-voix serinant des non-textes démagos et bienpensants pour la reconnaissance d’un public infantile ou adulescent, scène sportive d’égos inconstruits qui passent leur temps à « se la mesurer » en feignant l’humilité et un équilibre dont la fragilité sourd à la moindre contrariété. Et j’en passe.

  Il y a heureusement bien des exceptions mais pas assez pour que les médias ne vendent suffisamment de temps d’antenne de qualité au milieu d’un tas d’immondices pseudo artistiques et intellectuels et autant de divertissements qui sont une insulte à l’intelligence d’un panel consentant : du pain et des jeux, du sexe, du mielleux, du sirupeux, du sang, du sordide, de la peur, de l’apitoiement, de l’amour préfabriqué, de l’amour feint, de la flatterie, de la morale, de la fausse bienveillance, de la tolérance pour soi-même et tout ce qu’il faut pour maintenir le maximum de personnes « ciblées » le plus de temps possible devant l’écran, pour occuper le maximum de temps de cerveau disponible comme l’avouait sans aucune gêne certain ex grand patron de chaîne.

  Après tout, les médias et la « comm », c’est un métier, appris à l’école tout comme la politique, le commerce ou la comédie.

  Ceux qui partagent vraiment le font en étant, spontanément et sans contrefaçon, et n’ont pas expliquer qu’ils le font quand ils sont, puisqu’à cet instant même ils ne seraient pas!

  C’est que pour qu’une société évolue d’expériences partagées, encore faut-il qu’il y en ait eues dont on ait appris quelque chose. On comprend alors que la vitesse d’évolution ne soit pas celle de la lumière.

  Pour qu’il y ait expérience, encore faut-il ne pas l’avoir évitée ou contournée, encore faut-il ne pas l’avoir manipulée, ne pas avoir triché, encore faut-il l’avoir acceptée comme un gué que la vie nous oblige à passer.

  Pour partager une expérience, encore faut-il l’avoir vécue impliqué, sans frein, mémoire ou retenue qui en faussent l’abord, pervertissent le présent des sensations et restituent des conclusions erronées.

 L’expérience fait partie d’un circuit, née d’une idée qu’on examine et qui crée ou non le désir de l’incarner avec plus ou moins de succès, avant d’éprouver les sensations de son accomplissement, plus ou moins entachées de l’état initial de l’acteur, puis seulement d’en restituer une critique plus ou moins pervertie par ses états initial et final.

  L’idée immanente ou suggérée qui vaut d’être pensée, sourd et forcit avec le temps ou surgit comme un clown sur ressort sort d’une boîte.

  À la retourner dans un sens et dans l’autre, indiffère-t-elle jusqu’à l’oubli ou intrigue-t-elle jusqu’à l’envie ?

  Pèse-t-elle jusqu’à l’ennui ou fait-t-elle peur jusqu’au déni ?

  À moins que cette peur n’en fasse un défi plus lourd à relever ?

  Vivra-t-on cette expérience sans les aprioris d’une réflexion qui anticipe le vécu et les sensations qu’il apporte ?

  Certains que nous appellerons « Bismuth* » pour leur donner un petit nom et pourquoi pas celui-ci plutôt qu’Ignace qui certes est plus charmant, certains donc, que la tête gouverne, du moins le croient-ils, discuteront l’idée pour déduire à force d’arguments qu’elle est bonne ou mauvaise sans l’avoir mise à l’épreuve.

  Ceux-là font des lois, aspirent à gérer l’existence de leurs contemporains parfois sans plus de vécu que celui qui les fit passer des jupons maternels et sermons paternels aux bancs de l’école primaire avant celle d’administration, la culotte courte leur seyant aussi bien à la fin qu’au début.

  Il est facile de trouver une idée bonne quand l’absence de passage à l’acte ne peut la contredire :

  « Si on m’avait écouté, ou laissé faire… », « Si j’étais président… », « Si tout le monde était comme moi…» disent certains de bonne foi, persuadés que les autres sont et leur sont un frein mais ne se demandant jamais en quoi ils sont un frein pour les autres, ou serinent de mauvaise foi ceux dont le métier est, tant qu’ils n’y sont pas, de convaincre qu’ils feraient mieux pour, par exemple, se faire élire. Parfois même ces derniers, au pouvoir, affirment sans rougir dans l’échec que « Ce serait pire si on avait fait autrement », sur la foi d’algorithmes qui permettent de tout justifier de systèmes dynamiques… dans l’inertie (…) : ils ne chient pas la honte les mythos.

  C’est un premier court-circuit :

  Le plan d’un mental qui ne fait que discuter idées ou projets sans la moindre actualisation susceptible de générer ou non le désir ou la motivation pour en faire l’expérience.

  C’est le plan où la peur trouve des excuses à l’évitement.

 C’est aussi le plan où la prise de pouvoir sur soi forcera l’acte au mépris de la peur, dualité oblige, conseillère face à l’inconnu.

  « L’idée ayant fait son chemin », naît ou pas le désir de la mettre en pratiqueou de surseoir, actualiser avec gourmandise parfois ou avec appréhension si quelques mémoires ou résonnances créent un sentiment ambivalent à la veille d’une expérience dont par définition on ne connaît ni le déroulé ni l’issue par avance (sinon, c’est tricher.)

  D’aucuns à ce stade choisiront de renoncer, prétextant en hypersensibles, connaître déjà le sentiment que procurerait l’expérience puisque « rien qu’à en parler », ils « sentent monter quelque chose » qui anticipe et affirme la vérité d’un non-vécu au travers de reliquats émotionnels.

  D’autres moins submergés critiqueront l’événement sans le vivre puisqu’ils savent très bien « comment cela va se terminer. »

  C’est un second court-circuit :

  C’est le plan où l’idée seule crée le bonheur ou le dégoût… par l’idée qu’on s’en fait.

 C’est le plan où l’hypersensibilité anticipe l’insupportabilité de l’émotion, où l’hyposensibilité fait l’économie de l’effort de vibrer.

  Mais c’est aussi le plan où le désir pousse à l’action.

  Le passage à l’acte ne vaut que par l’implication.

  On n’apprend rien ou conclut dans l’erreur à partir d’expériences vécues dans la contrainte, le déni ou la résistance, ou en pensant à autre chose qui vient distraire la présence et en mêler les sensations et émotions à ce qui mériterait un engagement plus total ; car être partout, c’est être nulle part.

  Qu’elle soit savoureuse ou le gué obligé qu’on choisit de passer, l’expérience n’a de sens que par la présence qui y fait ressentir l’entièreté de ce qu’elle fait vibrer cellulairement.

  Elle sera perçue d’autant plus justement qu’elle ne sera pas vécue au travers des peurs ou a priori qui tapissent la 1er stade de réflexion, des émotions ou résonances qui encombrent le 2e stade de la naissance du désir ou de la motivation, ou même des douleurs ou besoins fondamentaux qui sont l’ultime barrière à la présence: en effet, comment être attentif au ressenti que suscite un événement quand on ne sait pas si on mangera le soir et les jours suivants, comment penser que faire du vélo ne fait pas mal si on aggrave une tendinite préexistante en pédalant 3 heures de suite. Vécus et conclusions sont erronés autant que le partage qui en sera restitué.

Troisième niveau de court-circuit : 

C’est le plan où on renonce finalement à l’expérience, parce que dérisoire eu égard à des préoccupations plus envahissantes, eu égard à des limites trop énergivores pour les surmonter. Le plan où on décide que trop dur était la chose une fois au pied du mur.

  Mais c’est aussi le plan où on y va malgré tout, contraint ou rechignant, en force pour conjurer ce sentiment d’aliénation aux choses et évènements, ou en traînant les pieds comme on irait à l’abattoir. Le plan où l’événement vécu en « freinant des quatre fers » ou forcé sans attention suffisante n’engendre que la déception tant attendue. Et de conclure qu’on avait raison de n’en pas vouloir puisque ça n’en valait pas la peine ou ça s’est mal passé… alors que c’est parce qu’on y était pas présent que ça s’est mal passé.

  L’étiomédecine a pour vocation de diluer chez le patient les peurs qui faussaient sa perception de l’idée émergente, les colères qui la lui faisaient rejeter, les émotions qui le chargeaient avant même que n’arrivent et se posent sur elles celles de l’expérience, les douleurs qui l’empêchaient de la vivre sans boiter ou les peurs primales ou manques fondamentaux qui ne lui octroyaient pas la disponibilité nécessaire.

  Alors, dans ce meilleur des cas où l’idée discutée séduit au point de ne plus résister et d’en faire un événement de son existence, vécu aussi pleinement que le permet un choix conscient et volontaire, on ressent l’exactitude du rapport à l’événement, part faite des reliquats d’une expérience déjà existante.

  Quel qu’en soit le résultat mais à ces conditions d’implication et de présence,

L’événement devient expérience.

   Combien de gens qui se réclament d’une expérience de vie que leur âge justifierait, ont passé leur vie à essayer de les contourner, les éviter ou les manipuler et n’en ont pour ça finalement aucune.

   Le vécu est à l’expérience ce qu’est l’archet est au violon : il ne parle plus de l’idée comme on parlerait de musique, il fait vibrer celui qui la vit après avoir cessé d’en parler, comme l’âme du violon transmet les vibrations.

   Le satisfecit qui découle du vécu ne réside pas dans la confirmation d’un résultat qui est ce qu’il est et pas forcément celui attendu, mais dans le fait d’avoir transformé l’idée ou le projet en expérience, d’en avoir tiré, non un savoir bismuthien, mais une connaissance. Et celui-là sait de quoi il parle au contraire des autres.

  Ouf dit-il, heureux de la conscience apportée par l’expérience plus peut-être que du plaisir qu’il en a tiré.

  C’est le plan du sentiment d’avoir fait les choses et d’en parler « en connaissance de cause » en toute légitimité.

  C’est le plan qui traite la frustration, par la réalisation en premier lieu, mais aussi par la reconnaissance que soi-même ou les autres en auront avant que n’intervienne… la critique.

  Dire à quelqu’un ou s’entendre dire d’emblée que ce qui sort du four et qu’on amène sur la table, ressemble à un étron cuisiné n’est guère plaisant. Ça passe toujours mieux en commençant par quelque louange avant de suggérer que la prochaine fois et juste pour voir, on pourrait peut-être essayer un peu moins de temps de cuisson.

  La critique est justement ce stade qui ne doit pas court-circuiter cette étape de satisfecit ou de reconnaissance. Elle tire les conclusions de l’expérience augmentées des améliorations susceptibles d’y être apportées pour soi-même lors d’une tentative ultérieure ou pour d’autres avec qui on les a partagées.

  Récapitulons cette boucle du parcours physiologique de :

La prise de conscience accouchée de l’idée, incarnée par l’expérience et qui s’inscrit dans le partage :

   Captée dans le plan de l’Information, l’idée sourd et fait son chemin en l’individu et fait naître le désir ou la motivation pour la réaliser, stade auquel son rapport direct aux sensations que génère le vécu, incarne la connaissance de l’information, autrement dit la Prise de Conscience au sens cellulaire du terme, le moment où la conscience de l’information est prise par le ressenti, où elle fait vibrer, comme la note que tire l’archet vibre et résonne via l’âme du violon, comme  le vin dont on parle en frimeur ne prend sens que quand on le goûte. À la plénitude qu’apporte la réalisation, succède la critique dont la justesse définit la qualité de restitution au plan de l’Information, au Partage.

  Cette justesse étant en partie subordonnée aux conditionnements, dogmes, certitudes ou croyances qui ourdissent en partie les peurs, mais aussi aux reliquats de mémoires de souffrances ou émotions qui altèrent la neutralité vis-à-vis de l’expérience.

  Toutes ces choses égales par ailleurs, la justesse devient propre à chacun  et son expression.

  Mais pour tant de raisons qui leur appartiennent et que nous avons effleurées, bon nombre de gens sont tentés par les chemins de traverse qui leur feront faire, croient-ils,  l’économie de la peur, de la souffrance, de la déception, de la tristesse que généralement ils portent pourtant déjà ; sinon, ils ne mettraient pas tant de freins aux expériences. Ils craignent, par expérience disent-ils mais qu’ils n’ont en fait pas puisqu’ils la refuse ou la contourne, que les choses se passent mal alors qu’étant, eux au plus mal, elle ne pourrait que leur apporter.

  Alors on court- circuite, comme on vient de le voir, ou autrement :

  Directement de l’idée à la critique comme nos « bismuths » par calcul polémique et manipulation, par économie du vécu et des risques inhérents, par mentalisation excessive, par peur ou tout ou partie de ces facteurs conjugués. Avec pour seul résultat de binaires prise de têtes sur des sujets sur lesquels on discourt parfois toute une vie sans jamais savoir de quoi on parle.

  Ou de l’idée à la réalisation sans que l’envie n’ait émergé, par contrainte ou dans la résistance ou le volontarisme, en traînant les pieds ou par fatalisme. Avec pour résultat que l’absence ne fait vibrer à aucun moment de l’événement à côté duquel on passe et dont on ne tire rien qui ne soit la réalité d’un « invécu. »

  Ou de l’idée au satisfecit qui permet de dire sans avoir à s’impliquer que « si on l’avait fait, ça aurait marché. »

  Ou de l’envie au satisfecit sans le risque du ratage et qui permet de dire « qu’on n’a pas pu » sans que cela ne guérisse de la frustration ou que « non mais finalement, j’en avais pas vraiment envie »… alors qu’on crève de ne pas l’avoir fait.

  Ou de l’événement à la critique qui frustre de la reconnaissance pour le travail effectué, l’investissement consenti, l’énergie déployée et qui par sa violence du jugement ferme l’acteur ou l’auteur à la critique constructive.

  Tous ces courts-circuits sont les évitements à la prise de conscience par l’économie de l’expérience, la différence entre le savoir et la connaissance, celle qui laisse les mots vides de sens à la porte du Verbe où même le silence a davantage à exprimer.

  Est-ce à dire qu’il faudrait en sa courte existence avoir nécessairement fait toutes les expériences et connu toutes les souffrances pour connaître ? Certes non puisque la dualité inhérente à toute chose veut que concomitamment aux croyances et conditionnements éducatifs ou sociétaux, chaque entité est la somme d’informations qu’enrichit l’Histoire de l’Humanité et que les acquis de chacun ne sont pas ceux de son voisin au même titre que ses besoins ou désirs d’expériences.

  On comprend aussi pourquoi l’accès à la prise de conscience à partir de l’idée passe, grâce en particulier à l’étiomédecine, par la plus grande dilution possible des mémoires de conditionnements et des peurs d’abord, puis de souffrances émotionnelles résiduelles qui toutes encombrent ces matriochkas qui enveloppent l’individu et constituent son interface avec le monde qui lui est extérieur.

  On comprend alors que l’étiomédecine, bien au-delà de la simple thérapie émotionnelle, est surtout un traitement des libertés.

*  Pour le Dr Brinette, Bismuth définissait l’imbécillité et nommait  ceux qui ne pensaient pas avec leur cœur.