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Impossibilité de créer

  Création et anti création ont déjà fait l’objet de la lettre 18 et ne sont pas tant le sujet de ce jour que l’impossibilité de créer qui elle aussi (nous avons précédemment évoqué l’impossibilité de partager) était passée au crible analogique du Dr. Brinette. Pour lui, l’énergie de la création répondait à une formule célèbre :

E = m c2

 Où « m » exprime la masse d’une particule, « c » la vitesse de la lumière… dans le vide.

  Célèbre ? Non, mythique serait plus juste. Les anciens, car le temps passe, se rappelleront peut-être que « l’atomic » jazzmen Count Basie en avait même fait le titre d’un de ses albums.

  Alors examinons la création et donc ses limites par le biais de cette analogie.

  Ici encore, la vitesse est primordiale et davantage peut-être comme son élévation au carré « c2 » en témoigne. La vitesse est bien sûr toujours le temps mis à parcourir une distance (même si on n’est présentement pas dans le cas de cette formule dans la situation d’un déplacement linéaire), ou à remplir un espace, ou à propager une onde et j’en passe.

  Le déplacement d’une voiture n’est pas si simple puisque cette vitesse dépend tout autant du moteur que de l’essence utilisée, de la virtuosité du pilote, de la rectitude ou de la sinuosité de la route sur les portions considérées etc.

  Tout comme la vitesse de remplissage d’un contenant est fonction de son volume, de sa forme, cubique ou semblable à un réticulum d’entrelacs, de la viscosité de l’agent envahissant l’espace.

  Tout comme la vitesse de propagation d’une onde peut-être celle à dire la vérité ou le mensonge à des récepteurs plus ou moins durs de la feuille ou dans le déni ou la résistance.

  On comprend aisément que tout ce qui augmente la longueur de la route, le volume de l’espace ou… le champ de conscience qui reçoit une information va dans le sens d’une augmentation de l’énergie puisque ces données représentent l’élément numérateur que divise le temps pour obtenir la vitesse.

  MAIS on voit tout de suite aussi que ce temps mis à parcourir une distance ou un espace est relatif car à quoi sert d’être rapide sur 2 mètres, de remplir vite un contenant de 4 cm3… d’être très réactif dans un champ de conscience qui est celui d’un poisson rouge (méfions-nous du cliché) ?

  Être le premier parmi un million de personnes à répondre qu’il faut un marteau pour planter un clou ne sert pas à grand chose si on ne sait rien faire d’autre, ne serait-ce que l’arracher. Et d’aucuns esprits géniaux prendront beaucoup plus de temps à répondre ce qui paraît une évidence si la question sur le fait de planter un clou  fait d’abord le tour des conséquences et collatéralités philosophiques, environnementales, sociales, économiques dans un champ de conscience immense.

  Ainsi, les grands répondeurs du tac au tac ou les gens ayant « réponse à tout » font généralement très vite le tour de cellules plus blanches que grises, où l’esprit n’a pas plus de place qu’en celles que choisissaient les recluses comme ultime espace de mouvement.

  Ainsi un chagrin d’amour occupera tous les « neurones » d’un ado de quinze ans encore tout frais d’expériences alors que la même douleur n’occupera qu’une partie moins importante d’un vécu plus volumineux chez une personne ayant bourlingué.

  La même remarque vaut pour l’idée de la mort, obsédante à 30 ans (du moins en principe et sauf  anomalie) et à n’en plus dormir parfois, et plus facilement acceptée à 90 ans, même  si on n’est pas pressé pour autant.

  N’est-ce d’ailleurs pas cette relativisation naturelle avec l’expérience, de l’événement par rapport à la somme de ceux qui sont déjà vécus et compris, qui définit la sagesse ?

(10 clde grenadine sont la moitié d’un verre de 20 cl et le colorent intensément, mais ne sont que le 10/000ème d’un m3 où la teinte est très diluée.)

 Si les voyages forment la jeunesse, il est cohérent d’y comprendre que c’est par la somme des expériences qui enrichissent un champ de conscience là où l’inertie, tant de la pensée que de l’action ou du mouvement, sont des facteurs de méconnaissance, de peur dont celle de l’Autre en particulier. Il y a plus de xénophobes chez des Tanguy surdiplômés que chez des êtres qui n’ont pas fait d’études mais ont parcouru le monde en sac à dos.

  En ce qui concerne le Temps mis à parcourir une distance, à remplir un espace ou un champ de conscience, il est tout aussi aisé de comprendre que plus il s’étire en longueur, plus l’énergie est faible puisqu’elle est le dénominateur dans notre formule de la vitesse, et que plus il est court, plus l’énergie est forte.

  Qu’est-ce donc qui allonge ou raccourcit le temps pour freiner ou accélérer la vitesse ?

  Les gens « pressés » ou volontaristes qui veulent le raccourcir, usent parfois d’amphétamines ou de cocaïne, cherchent à anticiper et actent en fonction d’exigences encore non satisfaites (et qui ne le seront peut-être jamais), font trente-six choses à la fois (n’étant dans la synchronicité d’aucune.) En cherchant à hâter le temps, ils espèrent augmenter une énergie employée… à contretemps, n’obtenant pour un gâchis plutôt qu’une dépense d’énergie, que des résultats fugaces, éphémères ou fragiles, refaisant quotidiennement le plan pour vingt ans qu’ils recommencent le lendemain à cause de l’imprévu qu’ils n’avaient pas pris en compte la veille.

  Quant à étirer le temps, diminuer la vitesse et donc l’énergie qui paraît trop intense, violente ou angoissante, antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères, et autres drogues y aident au-delà de toute espérance, d’autant qu’ils impactent aussi la présence et l’implication et donc le facteur « d » de la distance, du volume ou du champ de conscience évoqué juste avant, mais nous avons déjà largement abordé cela (Présence, implication, création…)

  C’est aussi là que la pensée, l’explication, la justification, la « raison », agissent dans le même sens, comme le ressassement des histoires déjà écrites qui continuent seules sur les flèches de leur temps, laissant à l’arrêt ceux qui les réécrivent… qui ne seront pas.

  C’est à ce niveau qu’on trouve aussi bien sûr tous les conditionnements, formatages, croyances et certitudes (déjà largement évoquées) qui permettent ces dénis et refoulements des actes et réponses justes à des instants donnés.

  Chercher à freiner ou accélérer le temps revient à vouloir tuer le temps, pour l’illusion de le contrôler, de le forcer à satisfaire des exigences hors la synchronicité de la mise en place des évènements fondateurs, par souci d’une immédiateté que souvent les peurs justifient, mais qui voudrait figer les aiguilles à l’instant des victoires, sans passé ni avenir qui pût en changer les résultats.

  On voudrait hâter le temps pour la certitude de la réussite et l’économie des avatars qui nous en sépare, puis l’arrêter pour que l’état de grâce soit éternel, pour que l’acquis le soit une fois pour toutes. Mais vouloir arrêter le temps sur le succès, c’est arrêter son temps.

  On voudrait freiner ou arrêter le temps qui nous rapproche de l’échec pressenti, de l’inconnu redouté dans l’espoir que change ce qui paraît écrit, ne faisant que reculer les choses par lesquelles il faut parfois passer, empêchant leur réalité et inscription dans l’histoire et… que vienne le temps d’après qui s’appuyait dessus.

  Figer le temps n’est figer que son temps propre et sortir du Temps qui lui continue seul et indifférent. C’est vouloir fixer le succès jusqu’à l’inertie qui, à terme, ne créera plus rien, ou empêcher que le mouvement n’aide à sortir de l’échec.

  Il n’est que le Temps dans lequel on inscrit son mouvement et dont on s’exclut en ne l’acceptant pas.

  Dernier élément de cette analogie « brinetienne » :

  « m », c’est la masse à déplacer, la voiture sur la route (même si encore une fois, ce cas de figure ne correspond pas à cette formule de l’énergie), la masse qui envahit un espace, la semence qui infiltre un méat, le photon incident qui percute un atome, bref, quelque soit la formule d’énergie considérée, la masse en déplacement qui véhicule une information.

  Et pour nous, l’événement porteur d’une information qui enrichit le champ de conscience.

  Si m n’existe pas, il n’y a pas d’énergie car l’énergie est le produit de m par la vitesse, ici c.

 Pas de voiture, pas d’énergie. Pas de masse, pas d’énergie. Pas de photon, pas d’énergie. Pas d’expérience, pas d’énergie, pas d’information, pas de conscience.

Pas d’information pour parcourir un champ de conscience, ni pour habiter ce support de la conscience qu’est le plan cellulaire, et donc physique, qui sous la pression de l’information, crée un ressenti, est le creuset de l’émergence d’un état. Et oui, la conscience est dans la cellule… et pas dans le cerveau ou l’intellect.

 Et puisqu’on est dans l’analogie, proposons que la caisse du violon est ce plan cellulaire et une dimension de l’espace à parcourir d de notre formule, que l’événement est l’archet et la masse m ou l’évènement, qu’enfin l’affectif en est l’âme ou cette seconde dimension d’ du champ de conscience puisque d est au carré : E = m c2.

 En regard de notre formule, il apparaît que l’énergie sera d’autant plus grande que la masse m, le volume d, le champ de conscience d’ seront élevés et que le temps mis à les parcourir sera court puisque E = m c2 et que la vitesse c est une distance divisée par le temps mis à la parcourir.

  Une même information occupera une grande partie d’un champ de conscience restreint chez une personne jeune avec peu d’expérience de vie mais aura un impact plus relatif nonobstant les émotions inhérentes, chez une personne au riche vécu, comme nous l’avons vu avec notre verre de grenadine.

  Quant au temps, l’étirer et donc en augmenter la valeur fera baisser le niveau d’énergie et aura donc un effet vibratoire moins impactant, plus dilué… dans le temps, et créera un ressenti plus estompé, moins d’émotion. Le raccourcir élèvera ce niveau d’énergie avec un ressenti plus intense, exacerbé, voire peut-être vertigineux ou paniquant, et certains recherchent d’ailleurs les sensations fortes.

  La vitesse juste est celle de l’acceptation de l’information telle qu’elle est, accueillie dans l’entièreté d’une structure qui ne la rejette ni ne la refoule, et permet la prise de conscience qui devient la création de soi-même.

  Qu’est-ce donc dans cette formule E = m c2 qui détermine l’impossibilité à créer, qui fera que E = 0 ?

  L’absence des structures d et d’:

  Soit une structure physique d trop fragile, âgée, malade, morbide pour supporter l’impact de nouvelles informations.

  Ou un champ de conscience d’ trop restreint par un manque d’expériences qui ne permettrait pas d’intégrer certaines informations sans étapes intermédiaires, ou par fragilité face à des remises en cause ou acceptations trop lourdes à supporter.

C’est supprimer la caisse du violon et vouloir quand même en tirer un son.

  Ou le défaut de présence chez des êtres plus ou moins « éthérées »  par un manque d’enracinement ou d’ancrage, la prise de drogues ou de médicaments.

   Ou le manque d’implication par refus d’y mettre son affectif, par peur de souffrir, illusion de se protéger, choix de ne pas s’ouvrir.

  C’est supprimer l’âme du violon.

  L’absence de la masse m :

  L’évitement des expériences ou des évènements est la suppression, ou le refus d’y monter, du véhicule qui est le creuset des prises de conscience au travers des informations qu’il véhicule. C’est vouloir obtenir le son du violon sans qu’existe l’archet.

  L’absence du temps t :

  Comme on l’a vu (+ lettre sur le Temps) chercher à se rendre maître du temps, c’est tuer son temps, pour s’exclure du Temps qui continue sans nous. C’est effacer son histoire du déroulement de l’Histoire, n’imprimer aucune trace, mémoire, partage dans ce qui Est, n’être créatif pour personne pas plus que pour soi-même. C’est jouer à contretemps une musique fausse.

  Qu’un seul de ces éléments manque est une condition suffisante pour qu’il soit impossible de créer.

 La potentialité de créer impose comme conditions nécessaires à défaut d’être suffisantes la présence des ces éléments que sont la présence et l’implication de corps et de conscience (d et d’), le respect de la synchronicité (t), toutes choses qui ensemble déterminent la vitesse. Enfin de prendre comme ils viennent et sans chercher à les  nier puisqu’ils sont, les évènements ou expériences (m) qui s’imposent sur notre route : ils sont la rivière sur laquelle nous naviguons toute notre vie.

 Et c’est sans doute parmi ces facteurs là qu’il faut chercher à dénouer les freins à la création.