Newsletter

La Mutation

« Ah bon » feint l’innocence et affirme l’incrédulité ou le scepticisme, « Oui mais » est le mensonge fait à soi-même, le déni de l’état, l’alibi qui économise le mouvement, le changement et pérennise l’inertie, « Parce que » justifie l’entêtement, « Pourquoi » cherche à la souffrance, un sens qui l’entérine et en fait une vérité dans le temps et donc hors le temps, et immuable. Et j’en passe.

 Que de façades ennemies aux vraies libérations des êtres que sont les mutations.

Mutation, quèsaco ?

 Le mot même interroge soignés et… soignants ou thérapeutes à une époque où l’on croit que parler résout et guérit tout en apportant la preuve du contraire de par l’étalement dans le temps que suppose une soi-disant thérapie.

 Allez donc dire à un individu que la vie amène à prendre des décisions irréversibles en une fraction de seconde (militaire, marin) puis à les assumer plus ou moins longtemps, que le soigner de ses souffrances suppose d’aller « parler » une ½ heure toutes les semaines pendant x années, surtout quand son histoire relève de l’indicible. Suggérez à un instinctif chez qui le résultat repose sur sa capacité à se lâcher en une nanoseconde pour des conséquences sur des années, qu’il va devoir « s’étaler » sur ses états d’âme en séances « programmées » au long cours.

 Ces « gueules » franches et directes mais sensibles aussi et tellement « dans » la vie, dont le paradigme est « pas de blabla, des résultats »  ne fréquentent guère les cabinets de thérapeutes ; d’autant plus quand une aura de virilité et de force leur interdit cette « faiblesse. »

 J’imagine mal, pour en connaître beaucoup, ces taiseux assis sur un sofa, en train de raconter ou s’émouvoir des heures durant sur ce qui n’est que leur quotidien, alors qu’il y a tant à vivre au dehors, en train de se raconter au passé alors qu’ils ne cherchent qu’à vibrer au présent ; le passé étant le passé.

 Est-ce à dire que ces « natures » ne sont pas traitables ? Certes non!

 Parce que l’information n’est pas une histoire, un fait ou un événement qui serait causal de conséquences sur un état.

L’information, c’est l’état lui-même!

 Et les « pourquoi », « comment », « parce que », « oui mais » etc. ne sont plus que les freins ou alibis évoqués plus haut. Qu’importe « comment et pourquoi » vous vous réveillez soudain les pieds dans l’eau au milieu d’une mare, l’important est d’en sortir.

 J’en entends déjà qui protestent qu’il faut bien « savoir » pour ne pas recommencer les mêmes erreurs, reproduire les mêmes histoires. Mais il existe mille chemins très divers pour arriver soudain, nuitamment ou à l’aveugle dans la même mare qu’on connaissait pourtant par d’autres voies, qu’on avait pas reconnue  par la dernière issue pratiquée avant d’y tomber.

 La mémoire d’un chemin n’enseigne pas les autres et ce n’est pas avoir appris de l’expérience que de s’apercevoir qu’on a encore fait les mauvais choix… une fois les pieds dans l’eau.

 Éviter tout commerce avec Tartempion qui nous a trahi un jour n’empêchera pas d’être trompé autant de fois qu’on rencontrera un menteur si ce n’est pas le mensonge qu’on sait reconnaître dès le début de l’histoire. Dès lors, on se fiche pas mal de « l’événement Tartempion. »

La mutation n’est pas ce qui permet d’expliquer l’échec une fois qu’il est vécu et avant qu’il ne soit reproduit, mais ce qui permet de reconnaître les facteurs de l’échec avant que d’y inscrire son vécu.

 La mutation est le nettoyage des mémoires de souffrances innées ou acquises au travers desquelles on sent les évènements et expériences. Comme si on lavait les verres des lunettes au travers desquels on voit l’existence.

 Ainsi, si on essuie les lunettes d’un filtre de peurs, comme un filtre de couleur déposé sur l’objectif d’un appareil photographique, le regard sur la vie est déchargé de la peur en général, dont une en particulier peut être par exemple la peur de manquer : ce qui permettra au sujet de ne plus vivre en ne pensant qu’à l’argent. Ou la peur de n’être pas aimé, ce qui lui permettra d’éviter les pièges et tentations de la séduction.

 Une fois ses verres nettoyés des peurs comme l’est aussi alors, notamment par l’étiomédecine, le plan cellulaire du patient, celui-ci voit et ressent la vie sans cette appréhension qui le faisait se retenir ou se freiner avec un risque d’échec  élevé, et se lâche tout naturellement sans même y penser, avec des chances de succès  beaucoup plus importantes.

 Un filtre rouge de colère ôté des lunettes permettra à un autre  de ne plus voir l’agressivité, qui est la sienne, dans chaque situation et de ne pas réagir systématiquement avec une violence hors de propos.

 Un soleil sur fond de ciel bleu apparaitra sombre et couvert à celui qui le voit au travers des idées noires qui l’habitent et chargent ses verres non progressifs. Une fois libéré, la lumière qu’il verra dehors l’engagera sans effort à sortir plutôt qu’à garder le fauteuil en regardant les séries ou le sport qu’il ne pratique pas : c’est qu’il s’en passe des choses en aval d’une mutation.

 En lâchant ces mémoires de souffrance, qu’elles soient de peur, tristesse, culpabilité, colères et j’en passe, et non en « en parlant », le patient ne se contente pas d’un soulagement émotionnel, mais aborde différemment les évènements, change de fonctionnement.

C’est en cela qu’on parle de mutation.

 La mutation ne change pas le sujet mais lui permet au contraire… de se trouver, au-delà des conditionnements qui lui commandent ce qu’il doit paraître au lieu de le laisser être.

  La mutation ne fait pas un mutant mais retrouve l’essence et la lumière de l’être éteint par les règles, devoirs, éducations, formatages.

 La mutation est de lâcher les freins et masques pour que se découvre et émerge l’individu en cohérence avec le ressenti qu’il s’est donné le droit d’avoir sur les choses.

 S’il suffisait « de parler » avec des mots lors même qu’on ignore souvent le sens du Verbe, tout le monde ou presque aurait tout résolu ou serait en passe de le faire ;  ce serait si simple. Mais en assumant de me répéter, la longueur de ces « prises en charge thérapeutiques » n’en prouve que les limites. Comment peut-on admettre que soit un traitement le principe de « réfléchir » des années de sa vie pendant lesquelles on ne vit pas, sur le pourquoi on ne vit pas ?

 La mutation n’est pas de  paraître branché en disant « faire un travail sur soi », avec l’illusion d’un résultat parce que, agoraphobe, on a su au bout de dix ans sortir de l’appartement pour « s’aventurer » sur le palier.

 La mutation n’est pas d’alléger une partie de son fardeau pour mieux continuer « comme avant. » Combien de personnes consultent, non pour corriger leur regard sur la vie d’où nait l’échec, l’épuisement ou le mal-être, mais pour être soulagés d’une charge qui leur permet de persister dans l’erreur ou d’en supporter davantage encore. Ainsi, nombreux sont ceux qui, harcelés dans une vie dont le rythme est celui de pulsars, ne se demandent pas quel est le sens d’une vie passée à courir, mais cherchent à trouver la force d’en faire plus encore, s’enorgueillissant d’y parvenir et de répondre une fois de plus aux objectifs fixés par le manager… avant de s’écrouler un jour et de se sentir coupables et nuls de n’avoir pu franchir encore une marche de plus.

 La mutation pour celui qui perd, n’est pas de trouver plus de force pour gagner au risque de se mettre en danger pour ça. Il s’agirait plutôt là d’une forme de coaching mental pour compétiteurs qui n’ont pas le talent ou la volonté pour gagner seuls : un dopage sans produit illicite en quelque sorte (qui n’exclut pas l’autre.)

  Une vraie mutation serait peut-être d’avoir soudain envie de vivre avec les autres plutôt que contre.

 Mais pour cela il faut avoir lâché l’esprit de compétition et pour ça tout ou partie des filtres qui au contraire le stimulent, parmi lesquels la peur de l’autre, le besoin de prouver ou de se prouver, de construire un égo qui n’est que de façade, les doutes sur soi, l’envie de briller, d’être un héros et admiré, l’orgueil etc.

 La mutation n’est pas la prise de pouvoir réussie sur soi-même pour refouler un fonctionnement par un ou des actes en réaction, mais le changement sans effort et naturel du fait d’un regard et ressenti libérés des contraintes motrices qu’étaient les mémoires de souffrances des expériences.

 Avoir la peur de quelque chose signe la présence de la peur qu’on a fixée sur ce quelque chose pour la borner… jusqu’à ce que, croissante, elle déborde et s’étale dans tous les domaines de l’existence.

Qui a lâché LA peur, a lâché SES peurs, globalement, et ne craint pas plus son ombre que tous les chiens parce qu’il a été mordu par un seul, un jour.

Mais pour « lâcher » tout ou partie d’une souffrance, encore faut-il avoir ce récipiendaire qu’est le thérapeute véritable, qui accepte de la recevoir.

Ce qui fait du partage de ce qui a affecté le patient, une condition de la mutation.

 C’est de recevoir l’état, qui soulage le patient qui se sent alors compris, parce que com-pris et entendu, pendant que le « oui mais » ou le « parce que », en cherchant les mots parfois trop simples, parfois limitant, parfois inexistants, refoulent le ressenti de ce qu’ils veulent exprimer. Tout comme refoulent aussi le « ne pleure pas », le « ça va aller » ou le « ne t’inquiète pas » et pléthore d’autres formules qui absout du port de cette charge celui qui les prononce… mais renvoie dans ses pénates sans le rassurer celui qui les entend avec sa charge augmentée de son isolement d’incompris, d’une fin de non recevoir du partage de sa peine.

  Trop de thérapeutes ayant  compris l’étiomédecine de travers, bien que se réclamant de son créateur, croient travailler sur la causalité par la recherche d’un événement ou d’un « parce que » alors que celui-ci, quand il existe, ne signale que la désadaptation vers le mal-être ou la maladie, mais n’est absolument jamais l’élément d’une linéarité entre cause et conséquence.

 C’est n’avoir rien compris, n’avoir jamais travaillé avec ou n’avoir jamais vu pratiquer le Dr Brinette que d’en être encore là ; là à faire des séances logorrhéiques à bâtir de manière très hypothétique et improuvable des pseudo explications aux souffrances, les entérinant au lieu que de permettre de les déposer.

 Lui ne parlait quasiment pas ou posait tout au plus une question pour que vibre le patient et qu’il se laisse imprégner de sa souffrance rayonnée. Parce que c’est cela l’étiomédecine : la reconnaissance et l’accueil d’un état.

 On peut bien sûr admettre qu’on ne soit pas près à assumer cela… mais il ne faut pas dire alors qu’on pratique l’étiomédecine car celle-ci est à ce niveau et ne se limite pas à faire verser quelques larmes pour recommencer les mêmes séances pendant des années… ou même des mois.

 Tandis que vident un verre trop plein d’émotions ceux qui ne veulent à tout prix que « parler », pour souvent courir le remplir sous le même robinet sitôt finis leurs inconscients épanchements, tandis que d’autres refoulent aussi l’émotion par trop de mots déversés en cascade, la mutation ôte les filtres pour que les choses soient vues comme elles sont  et non au travers des a priori de mémoires douloureuses.

 Celui qui a muté aime ce qui lui est aimable sans plus avoir à s’en méfier pour cause de trahison antérieure, tandis qu’un autre se sauvera ou se forcera à aimer pour les mêmes échecs réitérés.

 Celui qui a muté osera sans même y penser là où il n’y a pas de piège, tandis qu’un autre ne verra que le négatif de chaque acte et cultivera l’inertie, ou voudra en force conjurer un sort sans claire vision des choses au risque de se planter à nouveau.

 Celui qui a muté ne s’aperçoit d’ailleurs qu’après coup réussi, qu’il vient de réaliser sans même y avoir songé un acte qu’il aurait fui ou appréhendé auparavant ; la surprise ne vient qu’après, qui le ravit.

 Et surtout, celui qui a muté n’est plus la même personne et n’a juste plus envie qu’on lui rabâche sans cesse cette histoire de ce quelqu’un qu’il ne connaît plus, qu’on le ramène voire résume à cet événement qui n’est que le support d’un état qu’il a dépassé, dont il s’est libéré : ce n’est plus son problème! Et il ne demande qu’à parler… d’autre chose.

La mutation, c’est le résultat sans le blabla,

Le Verbe au –delà des mots.

Et surtout, la mutation est une condition…

de l’évolution.