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Le Pardon

  Lors d’un soin en étiomédecine :

  • J’ai une information sur votre mère : quelque chose de particulier ? (question évidemment pas au hasard et motivée par les outils de l’étiomédecine qui permettent de ne pas tourner autour du pot mais tout en laissant la question ouverte pour éviter les pièges de l’induction.)
  • Ah non, pas encore! Explose Tartempion. Depuis dix ans que je « travaille » dessus, le problème est réglé.
  • Euhhhhh, ouiiiii, mais bon, si je le trouve encore, comment se fait-ce ? avançais-je sur des œufs.
  • Je n’ai parlé que de ça pendant des années lors de mon analyse (anale lyse ou casser le c…), c’est bon, on ne revient pas là-dessus, vitupère derechef notre in-patient.

  Bon là, on laisse un temps car on sait très bien que, ou le bonhomme à bout se lève, vous traite d’un con pétant et se casse, ou réalise que « d’en parler » dix ans n’a pas forcément eu l’effet escompté et que sa colère contre ce temps d’échec et les chèques perdus a besoin d’un temps pour retomber.

  Et c’est sans compter parfois sans la culpabilité qu’il y a à n’avoir pas pardonné à cet être aimé ravi à l’affection et qui laisse dans la solitude celui qui reste ; ça ne se fait pas d’être en colère contre un défunt.

  Bref, les exemples sont légions où le pardon, puisqu’il faut pardonner à ceux qui nanani nananère et les autres, sort ou trop vite avec cet éclat d’évidence qui fait trop de bruit, ou du bout des dents avec des larmes aux yeux et les mâchoires bien serrées, les « veines du cou » qui gonflent et ce dernier qui rougit ou violace.

C’est que le Pardon ne se décide pas, n’est pas un devoir, ni un cadeau qu’on fait à… qui d’ailleurs ?

Le Pardon n’est que don par la vie,

 que l’on reçoit naturellement, puisqu’énergie présente partout, une fois qu’on a cessé de lui faire obstacle par ces matriochkas de tristesse, de colère voire de peur (ne serait-ce que celle d’avouer sa colère) qui nous baignent comme fœtus in utero.

  Il ne suffit pas de « parler » pour ruminer, ressasser, exposer des griefs, justifier, se justifier et finalement entériner et enraciner chaque fois davantage les souffrances qui ont un temps grevé l’amour ou seulement la sérénité d’interfaces, qu’ils soient avec des proches ou avec des personnes plus éloignées.

 Celui qui estime avoir eu de bonnes raisons d’en vouloir à quelqu’un et se croit généreux d’avoir pardonné (et de le faire savoir) en ayant la bave aux lèvres, les larmes ou des poignards dans les yeux ou rêve d’avoir l’opportunité de remettre ça sur le tapis si l’occasion s’en présente et pour avoir le dernier mot… n’a rien pardonné du tout.

  Quand la peur de quelqu’un pour la souffrance qu’il a causée s’est envolée, parfois parce qu’on a vu la faiblesse derrière les actes, et qu’elle a cessé de réprimer les colères qu’on n’osait exprimer, par crainte des représailles, par culpabilité ou par honte, parfois par bonne conscience, quand derrière elles, que finalement on a pu dire sans qu’elles soient forcément un désamour, montent les larmes que, toute tensions lâchées, plus rien ne refoule, quand tout cela s’est fait, alors seulement, on peut voir celui ou celle qu’on ne pouvait pardonner sans ces lunettes aux verres chargées de ces ressentiments. Alors seulement, on le ou la voit souvent très différemment de ce qui apparaissait au travers de ces filtres rouges, de colère, verts, de peur, ou bleus ou… Alors seulement, on le ou la voit ou pense à lui ou elle sereinement, peut-être attendri, parfois même avec un amour qu’on croyait dissous, en tout cas sans plus cette haine ou envie d’en découdre qui planait à chaque évocation de ce sujet… sensible.

  Et qui croyez-vous que tout cela libère ?

  L’objet de ces colères ou révoltes, parfois pertes d’identité ?

  Mais non, mais non, ces tensions que ces colères ou autres ressentiments engendraient, c’est bien chez celui qui ne pouvait pardonner qu’elles habitaient, elles qui poussaient les larmes ou serraient les mâchoires, coloraient son faciès ou lui coupaient les jambes.

  En lâchant tout ça, c’est lui qu’il libère beaucoup plus que la raison de sa colère qui, elle, continue peut-être sa vie ailleurs sans le moindre souvenir parfois d’en avoir érigé les tuteurs autour desquels il enroule le cours hargneux de son existence.

  Celui qui pardonne élargit son horizon au-delà du seul angle de quelques degrés qu’occupait l’objet de sa colère ou peur ou tristesse ou tout ça à la fois, sur un camembert de conscience qu’il ne parcourait ni n’utilisait : il peut, libéré des révoltes qui lui font ce collier d’esclave autour du cou, tourner la tête et regarder partout (ça fait beaucoup de bien à certaines raideurs en effet.)

  Mais a-t-il décidé de pardonner ?

 Aucunement. C’est au contraire d’abandonner la résistance à ne pas pardonner puisqu’il lui fallait pour cela arrêter de résister à la pression de ces peurs, colères, tristesses qui montaient, poussaient et frappaient sans cesse à la porte.

 Il lui fallait laisser se dissoudre ces matriochkas dont il croyait qu’elles le protégeaient de l’existence mais qui en fait l’en isolaient.

 Mais une fois ces poupées dissoutes, plus rien ne s’oppose alors ce que le pardon pénètre et habite celui qui, ne connaissant pas ce que vivent et ressentent les autres, y compris les proches, a cessé de juger.

  Dans le même esprit,

Quid de la Tolérance ?

 Celui qui ne tolère pas l’intolérance est-il tolérant ?

 Et n’est-ce pas avoir d’abord jugé que de parler de tolérance ?