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Les 3 cerneaux (ou cerveaux à la noix)

  Ah l’évolution! dont ont plein la bouche ceux qui essayent de paraître plus raffinés qu’ils ne sont ou qui se veulent les maillons d’une chaîne qui survivra grâce à eux. Pour certains, d’une chaîne à laquelle ils prendront part encore puisque si le corps redevient poussière, l’âme, elle, serait éternelle ; après tout, n’est-ce pas en réponse à l’une des préoccupations reptiliennes de base qu’existe le concept de métempsycose : pour donner à chacun un sentiment d’éternité face à ses peurs métaphysiques ?

  Et tout ce chemin pour le coup vaudrait d’être vécu autrement qu’hypocritement « pour les générations futures » puisque au bout il y a la certitude d’évoluer vers l’être parfait peut-être, éternel espérons-le ; on n’œuvre plus pour les autres plus tard mais pour des promesses de paradis.

  Bon, on est d’accord que la théorie des 3 cerveaux anatomiques superposés au fil du Temps comme des strates géologiques datables et chacun « dissociamment » voué à un comportement unique et exhaustif, ne requiert plus l’unanimité. Le consensus se fait plus aujourd’hui sur la notion fonctionnelle des cerveaux ou devrait-on dire appréhensions reptilienne, limbique et néocorticale et dont il est plus raisonnable de penser qu’ils sont concomitamment présents dans chaque cellule comme des moteurs plus ou moins bien réglés.

  Quant à les évaluer chronologiquement, cela ne procède-t-il pas d’une forme d’angélisme béat (pléonasme ?) à y voir une preuve d’évolution ?

  Car, voyons voir, comme dit un mien ami ch’ti :

  Si le cerneau (c’est volontaire) reptilien était « à l’allumage » le gardien des besoins fondamentaux et des urgences vitales que sont Bouffer, Boire et Baiser avec ou sans finalité consciente, autant que survivre ou se regrouper en meute face à la peur et au danger,

Qu’en est-il aujourd’hui de ceux qui, n’ayant rien à fiche de rien, ont juste rajouter le B de beuh à leur règle des 3 B qu’ils sont en meute prêts à défendre contre toute notion d’implication, de partage ou d’effort ?

  Mais on n’a rien décrit « en dessous » du reptilien.

  Qu’en est-t-il de ceux qui, ciblés par les publicitaires, se ruent en troupeaux sur des produits dont on leur vend l’essentialité alors qu’ils n’en connaissaient pas l’existence la veille ?

  Qu’en est-t-il de ceux qui se battent pour vaincre ou posséder ?

  Que dire de ceux qui s’entassent et s’écrasent pour rentrer dans des salles de soi-disant concerts où l’hystérie est la seule musique… qu’on sert ?

  Qu’en est-t-il des fans et groupies un peu naïfs et bien ciblés aussi, de pseudo artistes qui leur vendent une image savamment travaillée et entretenue et se partagent un « marché » au même titre que des capitaines d’industrie ? Chacun se reconnaît dans le romantique, le révolté, rarement le premier de la classe mais toujours celui qui était au fond de la classe, près du radiateur, dont le talent artistique incompris des profs a fini par éclater en une revanche sur le système : celui-là, il est de toutes les interviews et le cliché de tous les ados qui rêvent de n’avoir pas à travailler.

  Qu’en est-t-il des followers qui s’abonnent par milliers à la rubrique d’une bimbo dont les  deux neurones rescapés ne servent qu’à expliquer comment  s’habiller ou cligner de l’œil pour séduire un crétin ?

  Qu’en est-t-il de tous ceux qui  organisent ce commerce et manipulent chaque client potentiel qu’est tout être vivant pour ces reptiliennes satisfactions que sont la gloire, l’orgueil, l’argent ou le pouvoir ?

  Mais me direz-vous (peut-être), ces derniers font au moins preuve de stratégie!

  Certes, ils ont dans leur néocortex trouvé les solutions « mammifères » (on va y revenir) à leurs reptiliennes motivations.

  Combien au sortir du lit ne se livrent-ils pas à un rite bien défini par des addictions ou des conditionnements, qui vont de la 1ère cigarette ou la 1ère tasse de café en même temps qu’ils allument la radio pour y retrouver leur animateur habituel, les infos matinales qui permettront de se rassurer sur la conjoncture à venir :

   Aura-t-on aujourd’hui plus qu’hier des raisons d’avoir peur ?

  Quelles règles devra-t-on suivre pour qu’on ait une chance que demain ne soit pas angoissant, mais la garantie de manger à sa faim voire plus si possible ? De boire jusqu’à l’ivresse si l’angoisse nous en dit ? De copuler jusqu’à l’épuisement s’il n’est d’autre exutoire ou preuve d’existence ?

  Si ventre affamé n’a point d’oreilles, sont-ils si nombreux à les ouvrir quand à satiété ils ont mangé, plutôt qu’à se demander ce qui les nourrira demain ?

   Qui prier, quoi invoquer auquel on se soumettra sans conditions ni discernement et quel qu’en soit le prix pour la garantie de survivre ?

   Et le collectif n’est là qu’une alliance de convenance pour une finalité plus égoïste car le déni de la mort et l’acharnement à tenter de la vaincre n’aboutiront qu’à un déséquilibre des lois de l’entropie et n’en précipitera que davantage l’étouffement et la fin du règne Humain.

  Est-ce l’émergente mauvaise conscience reptilienne qui veut l’Homme pénitent et repentant chez qui sourd un soupçon de bonne conscience qui le promeut batracien comme s’il était né nu, phare au creux d’un bénitier ?

  Sont-ils bons ceux qui veulent l’être ? Auraient-ils à le vouloir s’ils l’étaient déjà ? Auraient-ils à le montrer, à le prouver, à le crier comme pour se rattraper de quelque chose ? Comme parfois ceux qui lâchent « par inadvertance » mais à portée d’une télé, d’un micro ou d’un objectif, leurs bonnes actions dont « ils ne voulaient surtout pas que ça se sache. »

  C’est qu’à se donner bonne conscience, on s’en gagne des amis, des clients, un public tellement ravi qu’on lui serve ce qu’il voulait entendre et qui le rassure.

  À défaut de le penser vraiment, on prie mais pour être vu priant, on s’apitoie en déclamant que « ça aurait pu arriver à n’importe qui » (mais ouf pas à nous), on veut sauver le monde plus pour se sauver soi-même et passer au passage pour un héros, on applaudit les mêmes sauveurs de crainte qu’ils vous oublient le jour où on aurait besoin d’eux, on se bat pour la république pour un jour être monarque, on se drape de moralité en condamnant les raies publiques tout en cocufiant les esprits crédules.

  Ah ces grenouilles ont de la cuisse et savent mettre leurs bras en croix devant l’hostie, mais ont un fantôme de queue qui serpente encore bien.

  À force de croire en leur bonne conscience, qui pourtant se tait quand sonne la cloche du repas, le batracien se séduit lui-même au point qu’il en arrive même à donner des leçons sur ce qu’il est le dernier à découvrir qu’il ne sait pratiquer.

  La grenouille s’étant voulue aussi grosse que le bœuf devient mammifère, découvre l’émotion, enfin subodore qu’à se laisser toucher parfois, « rien qu’une larme dans ses yeux », peut-être… que la part de reptilien qui subsiste en lui sait utiliser aussi : « Aie confiance. »

  Avec un peu de chance, apprend-il même de ses expériences pour ne pas réitérer toujours les mêmes échecs.

  À moins qu’il ne s’obstine dans la facilité à ne pas chercher une autre voie et à cultiver un fatalisme qui le victimise en permanence.

  Un reliquat de batracien commande de faire confiance au mépris de la lucidité qu’on aurait dû apprendre de l’expérience. C’est qu’on aimerait tellement avoir raison de se tromper ( ?) pour témoigner d’une foi qu’on garde en l’Homme ; le mammifère est encore naïf qui sait déceler pourtant les batraciens qui feignent, mais se culpabilise d’être lucide.

    C’est quand il apprend de ses erreurs que l’Homme serait à même d’user d’un cortex nouveau pour trouver des solutions aux situations tout aussi nouvelles qui jalonnent son existence.

  Il faut reconnaître l’Homme doué de l’imagination néocorticale nécessaire à l’élaboration de batraciennes stratégies bien pensantes pour jouer sur les mammifères émotions  (d’où pleurer comme un veau ?) à des fins très reptiliennes.

… et on voudrait distinguer 3 cerveaux ?

   Le néocortex a sa dualité ; il faut bien constater que si évolution il y a, elle est au moins autant dans l’aptitude à développer une intelligence au service de finalités très reptiliennes que sont l’argent et le pouvoir, que dans la recherche d’une réelle spiritualité ou d’un désir d’amour universel qui fait bien dans les discours d’intentions mais ne mange le pain de ceux qui n’en manquent pas, et passe au second plan chez ceux qui doivent se battre chaque jour pour en trouver.

  Mais après tout, on cause, on cause, en ayant l’air de juger la supposée animalité des primaires et des reptiliens, en s’honorant de s’être civilisés  au cours des millénaires, se glorifiant presque à nos jours de s’évanouir à la vue du sang au point que même les homme s’ils le pouvaient en perdraient les eaux juste pour montrer qu’ils ont gagné en sensibilité ; vaut mieux ça aujourd’hui que d’avoir sa tronche affichée sur « Dénonce ton macho. »

  Alors bien sûr on a moins de crimes de sang et de décapitations ou de coupables bouillis pour crime de fausse monnaie au Moyen- Âge, mais le clavier d’un ordi tue plus de monde à petit feu que ne coupait de têtes une seule épée, fût-elle celle de Mercadier durant toute sa « carrière » de routier (pas le camionneur.) Et le licenciement de milliers de personnes pour préserver le pouvoir et les bénéfices d’actionnaires qui n’auront jamais à affronter leurs victimes, n’atteste que d’une évolution de stratégie par le biais d’un progrès technologique. Demeurent les tueurs, les victimes, seuls les armes, moins sanglantes et les champs de bataille, d’un spectre beaucoup plus large puisque mondial, ont changé. « Non, non, rien n’a changé. »

  Au quotidien et majoritairement, aujourd’hui comme jadis, l’homme qui se lève pense d’abord à son café, sa croûte et celle des siens qu’il doit gagner (ou même simplement prendre pour certains), surtout s’il veut encore se reproduire, tirer sa crampe, et s’il lui faut jouer des coudes ou trahir ou se battre, mais de préférence quand il est le lus fort, pour cela, il s’arrangera finalement avec sa conscience pourvu qu’il ne soit pas pris.

  C’est toujours le reptilien qui décide en premier le quotidien de l’Humanité, qui ensuite se tempère d’une once de bonne conscience batracienne pour que finalement le mammifère en lui le mette face à son incohérence :

  J’en entends parfois donner en passant des leçons d’humanisme et de solidarité affective face aux pouvoirs politique et de l’argent, aux problèmes de l’écologie et la défense de la planète : l’une d’entre elles par exemple, charmante au demeurant, prône sa vie de retour aux choses naturelles où elle fait tout « maison » et dans le refus de la consommation… tout en distribuant les pubs qui lui font son salaire.

  Combien se croient libres de leur pensée jusqu’à ce que la peur savamment orchestrée ne les transforme en consommateurs avides des garanties de salut qu’on leur promet et vend, sans plus aucun esprit critique ou discernement qui souvent a laissé la place à l’hystérie ?

  Combien qui se sont moqués de l’époque où les gens stockaient le sucre dès qu’on annonçait une pénurie, dégainent aujourd’hui encore plus vite leurs réactions parfois agressives ?

  J’en ai même connu un qui, antimilitariste déclaré… travaillait dans une usine d’armement.

  Il n’est question de juger ces comportements antagonistes, car après tout, n’est-t-il pas toujours normal d’avoir peur de mourir de faim, de soif, de s’éteindre sans continuité, de lutter contre la peur et la douleur ?

  En regard de ces besoins fondamentaux, l’Homme a-t-il à être bon prioritairement ?  (Et pourquoi ressens-je le besoin de préciser que ce n’est qu’une question et non un avis personnel ?)

Où n’est-ce qu’un moyen de plus pour limiter la capacité des humains à prendre en mains leur destin ? Un moyen de plus par la peur et la culpabilité d’annihiler toute volonté de sortir d’un troupeau que les pouvoirs veulent garder sous leur coupe ?

  On peut comprendre alors que LA solution juste soit bien difficile à trouver dans ce dédale de sentiments contradictoires.

  Celui qu’un néocortex sain guiderait au quotidien ignorerait sans les méconnaître les peurs de manquer ou d’avoir faim, ne chercherait pas à paraître ou à séduire, pas plus qu’à manipuler ou convaincre mais à acter en seule auto cohérence, resterait sans en jouer à l’écoute de son affectif pour qu’il nourrisse la vérité de ses sentiments et décide des solutions qui ne le trahissent pas.

  Il serait conscient de toutes ses parts qui ne le domineraient pas mais qu’il transcenderait pour n’être pas resté bloqué à chacune des transitions qui s’opère de l’une à l’autre, de toutes ces parts qui doivent coexister en permanence pour que chaque création individuelle tienne compte de chacune d’elles sans qu’aucune ne la limite.

  Faute de quoi, il ne s’agirait que du néocortex à tendance reptilienne, batracienne ou mammifère d’êtres n’ayant finalement que bien peu évolué depuis… quand déjà ?

  Mais ce gars n’existe pas pensez-vous peut-être, qui pourtant, quitte à avoir un modèle… pour évoluer, est quand même plus intéressant qu’un gamin courant derrière un ballon, que des « compétiteurs » qui « se la mesurent chaque week-end », qu’un chef de guerre fier de ses massacres, qu’une bimbo  siliconée expliquant qu’elle n’a rien à dire qu’un mec qui se prend pour un artiste parce qu’il chante des bluettes pour gamines de 13 ans, qu’un inadapté qui joue à l’artiste pour fédérer tous ceux qui en échec, croient se reconnaître en lui alors qu’il ne s’agit que de l’image de marginal qu’il s’est créée pour bâtir son succès.

  Mais ce gars existe et d’autres avant et avec lui qui n’ont pas forcément « attendu » qu’on « découvre » un néocortex et ont peiné à tirer vers le haut une charrette pleine de tous les autres. D’après de plus en plus nombreux constats, ils ont à exercer désormais d’autres muscles en tentant vainement de freiner ce même chariot qui dévale une pente vers la folie.

  Chaque événement de l’existence est en permanence triangulé par ces 3 regards qui ne divergent que dans un fondu enchaîné où chez chacun, l’un prend la direction de ce trio orchestral.

  Mais que de fausses notes en cette musique où toujours au-dessus de Bach ou Mozart, on entend siffler les serpents sur nos têtes.