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Les donneurs de leçons

dans la vie… et dans l’étio

  « J’attends d’un soignant qu’il me soigne, non qu’il m’explique la vie » disait récemment parmi tant d’autres comme elle, une dame qui déclarait « n’en plus pouvoir » de ces thérapeutes, coaches, conseillers en ceci ou cela qui se croyaient autorisés à lui dire sans qu’elle leur ait demandé ce qu’elle devait faire ou pas, croire ou non, trouver bien ou mal.

  Et comment n’être pas d’accord quand on compte parmi les donneurs de leçons, non des partageurs d’expérience, mais trop de ceux qui ne les ont pas écoutées ou n’ont su en tirer aucun enseignement. Des gens qui souvent ont appris leurs conseils comme des protocoles et conduites à tenir sur des bancs de facs ou d’écoles, parfois eux-mêmes à peine sortis d’une adolescence tranquille et d’un vécu protégé, des gens qui s’insèrent dans le créneau d’aide ou du conseil par défaut d’accomplissement personnel et besoin de légitimité socioprofessionnelle… alors que ceux qui auraient de vrais conseils utiles à promulguer sont justement occupés à être et n’ont de temps pour ça, tout en partageant malgré tout leur expérience par l’exemple à qui sait observer plutôt que d’attendre des recettes toute faites.

  Combien en voit-on parfois tout juste adultes, issues d’une vie douillette et de préoccupations de réseaux sociaux, expliquer la vie à des vieux loups de mer burinés par les rencontres et quelques « tours du monde des expériences de l’existence. » Ou des politiciens, bref…

  Le parallèle avec l’étiomédecine, puisque qu’elle nous intéresse tant, s’impose où là comme ailleurs, tant de fats et présomptueux praticiens  croient pertinents d’imposer leurs certitudes à des patients au vécu et à la compréhension largement supérieurs aux leurs, de donner des conseils de vie issus d’une niaise bienpensance ou bonne conscience, d’une absence totale d’apprentissages au gré d’un quotidien rythmé par la routine d’un confort  boulot / dodo / bobo, voire d’une vie passée à soigneusement éviter les évènements tout en prétendant avoir tout compris de cet « invécu. »  

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  L’étiomédecine, on le rappelle, consiste pour le praticien et ne consiste qu’à être  une présence sur lesquels les patients s’appuient pour lâcher leurs souffrances  vécues ou innées afin que la neutralité ainsi acquise change leur regard et perception sur les évènements, les libérant alors des aliénations inhérentes.

  Cette présence est une ouverture affective à l’autre pour que l’information, qui est l’état, vienne du patient vers le thérapeute et non l’inverse. Mais elle doit être impactante et responsabilisante et non mielleuse ou édulcorante à peine de fausser la puissance du ressenti à partir duquel le patient doit pouvoir faire ses prises de conscience et ne les fera que comme ça, quand ça « tilte », et non parce qu’on dit à quelqu’un « ce qu’il faut comprendre. »

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  Au lieu de ça, trop de « praticiens » pallient leur incompétence et son déni à respecter ces principes fondamentaux de l’étiomédecine par une surinformation qu’ils cherchent pour eux afin de s’expliquer leurs soins, mais imposent aux patients au mépris de leur écoute.

  Disons-le, c’est clairement ce que le Dr Brinette (le créateur de l’étiomédecine) appelait anti-étiomédecine et qui était sa plus grande peur. Hélas certains formateurs eux-mêmes impliqués dans cette démarche erronée et formant à leur image des praticiens de plus en plus nombreux, justifient ses craintes par une diffusion fausse de ce qu’est l’étiomédecine.

  La liberté qui est le but recherché du soin en étiomédecine est aussi et surtout celle du patient à penser par lui-même et non à substituer les croyances, certitudes, dogmes ou conditionnements dont on l’affranchit en drainant les souffrances qui leur sont accrochées, par… ce que pense le thérapeute lui-même fruit de son seul vécu et de ses limites.

  Certes, il faut reconnaître que certains se laissent parfois piéger par la sollicitation de conseils ; mais y céder ne responsabilise pas le patient vis-à-vis de ses choix et reste pour lui une solution d’évitement et de désimplication :

Et cela n’est plus de l’étiomédecine.

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  Les leçons données et suivies sur la foi des pensées d’autrui court-circuitent le ressenti individuel et ne font que renforcer des certitudes infondées et aveugles tant chez les uns que chez les autres. De par des positions figées elles entretiennent les antagonismes et génèrent potentiellement ces attracteurs étranges1 que sont guerres et conflits (pour le seul profit de qui ?), l’antagonisme plutôt que la contradiction.

  Il n’y a dans ce fonctionnement et puisque rien ne change1 aucun espoir d’évolution ; et l’histoire nous en fournit la preuve où il n’est d’évolution à constater que technologique.

  L’évolution individuelle est fractale de l’évolution collective et les prises de conscience qui les nourrissent l’une et l’autre conséquemment, n’émergent, ou pas, au sein de chaque individu qu’au travers de son vécu et au rythme de ses expériences. Et cela suppose l’intégration d’un facteur inacceptable pour beaucoup :

Le Temps

  Le Temps qui quoi qu’on y fasse est comme l’Espace notre cadre d’existence.

  De toutes façons, il y a davantage de potentiel d’évolution dans ce cadre-là que dans le précédent où rien ne changeant, le Temps est arrêté au-delà des apparences.

  Beaucoup s’agacent de penser qu’ils dépendent de l’évolution des autres quand il leur sied de penser qu’eux ont un rôle à jouer dans l’évolution du monde. Mais n’en déplaise à ceux pour qui l’enfer est les autres, comme si eux étaient parfaits quand les autres seraient au mieux perfectibles, la seule façon utile aux autres de… partager son expérience est de traduire dans ses propres mutations et donc par l’exemple, ce qu’on a compris, ou pas, des évènements de son parcours qu’on n’a pas cherché à fuir, dans lesquels on s’est impliqué. C’est nourrir l’évolution collective au travers de son évolution personnelle.

  On pourrait bien sûr s’adresser crûment aux donneurs de leçons par des formules que chacun exaspéré trouvera sans mal. Plus généreusement, on peut seulement en s’adressant à eux rappeler que :

Charité bien ordonnée commence par soi-même.

1 L’attracteur étrange est la direction que prend un système dynamique en l’absence de toute perturbation.