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Mes Respects

  Le Respect, c’est un peu comme la tolérance : c’est fou le nombre de gens qui en parlent, feignant de la vouloir pour les autres quand ils ont des raisons de l’espérer pour eux-mêmes.

  Après, c’est comme « génial » ou « je t’aime », la plupart des êtres en usent pour se persuader que l’Homme est… génial, donc eux entre autres, que l’amour résiste à ce chaos comportemental et qu’ils vont se les entendre dire aussi, un jour, peut-être; un genre de placebo à visée symptomatique en quelque sorte.

  En même temps, si on s’arrête aux définitions raccourcies qu’en donnent les dictionnaires, on aurait envie de déclamer : « C’est un peu court, jeune homme! »

  Si dire bonjour à la dame ou feindre une considération qu’on n’éprouve pas signifiait le respect, on ne déplorerait pas que quasiment tout le monde ne respecte personne.

  Ho je vous entends d’ici protester : « Non là vraiment il exagère, moi je respecte les gens, j’ai appris ça de mes parents et l’ai transmis  à mes enfants et patati et patata. »

  Alors du général et du macrocosme des relations entre les humains (pour ne parler QUE de ça) au particulier et au microcosme de la cellule familiale, balayons un peu les irrespects du quotidien et peut-être allons-nous parfois, nous prendre la main dans le pot de confitures ?

  La notion de raccourci évoquée plus haut est intéressante. Tout le monde aujourd’hui veut faire court, efficace, pas cher, sans se prendre la tête, n’avoir si possible à ne rien faire pour tout avoir.

  Cherchez au hasard une recette de cuisine sur internet et 80% des propositions sont « faciles », « super faciles », « faciles et rapides », « faciles et pas chères », « en 5 minutes et comme des pros » (qui eux ne mettent pas 5’), à en ringardiser la compétence et l’excellence. Et je ne parle même pas du thermomix.

  Oui je sais, c’est pour les femmes qui travaillent… et qui n’aiment pas cuisiner, parce que c’est vrai que les femmes au foyer avec des gamins n’ont, elles, rien d’autre à fiche 😉

  Mais rassurez-vous, aucun sexisme là-dedans parce que le bricolage, c’est comme la cuisine et faire ses confitures ; ça doit être… facile.

  La lecture ? Le roman-photo, le polar,  « Comment perdre dix kilos en restant assis devant la télé » et les conseils de médecins de plateaux télé (qui concoctent pour vous les plateaux repas pour la télé), se vendent mieux que Dostoïevski ou Schopenhauer.

  La drague ? « Comment faire pour pécho quand on est moche, gros, pas très futé, avec des boutons d’acné et du cérumen qui coule des oreilles, en dix leçons » est le prochain best-seller annoncé.

  Gagner de l’argent ? Trouver le filon pour abonner un max de pigeons en faisant 3 minutes de youtube par semaine : quel parfum doit porter une dinde pour attirer un dindon, quel string mettre pour piquer le beau gosse décérébré à ma meilleure copine. Reportage et illustration dans « les Ch’tis à Marseille. »

  Même penser aussi doit être facile, personne ne voulant plus « se prendre la tête »  « tellement que la vie de tous les jours est dure et qu’il faut décrocher des soucis etc. »

 Je sais pas vous, mais la plupart de ceux que j’entends dire ça sont ceux qui en ont le moins, vu que ceux qui en ont vraiment, s’attachent à y trouver des solutions et n’ont pas le temps de ne pas s’en occuper.

 Quel rapport avec le respect tout ça ?

  Et bien, c’est le filon, justement!

  Puisqu’ils veulent du « facile », on va leur en donner disent les concepteurs de programmes. Comme l’expliquait un jour en interview et sans la moindre gène un ancien directeur de chaîne de télévision : « La pub ? C’est vendre du temps d’intelligence humaine aux annonceurs. »

  Et de servir au plus grand nombre (la normalité) aux heures de plus grande écoute ce que les études de marché ont plébiscité.

  Traduction : quand devant votre programme télé, vous ne savez plus où trouver quelque chose d’un peu intelligent, vous savez ce que pensent de vous les concepteurs d’émissions, présentateurs et animateurs qui jurent dix fois par session que sans vous qu’ils adorent, ils ne seraient… rien ; c’est tentant.

 Et ces clowns d’aller jusqu’à donner des leçons de respect en direct.

  Je dis parfois en plaisantant tout en le pensant que 

Le respect, c’est de ne pas prendre les gens pour des cons, même quand ils le sont.

  Les médias et leurs commensaux ne ciblent QUE la connerie qui est leur fond de commerce.

   Certains forts d’une aura, se permettent de dire ce qu’il FAUT  savoir ou penser. Comme si refuser les certitudes, que parfois ils viennent juste eux-mêmes de comprendre, faisaient de vous des incultes, pour le moins. Je me rappelle il y a une trentaine d’années ce discours d’un pédant, déniant au bon sens commun la connaissance des vertus de la cuisine à la graisse d’oie des périgourdins… parce qu’il venait seulement de le démontrer « scientifiquement » avec ses petites mimines et ses petites éprouvettes en comptant des petites molécules de gras etc. La tradition elle le savait depuis des siècles, mais non…

  J’en connais un autre, persuadé de sa culture d’émissions télé et radio, qui ne démordait pas qu’un concept qu’il venait d’entendre et comprendre peut-être, la veille lors d’une émission de vulgarisation, ne pouvait être connu déjà… puisque qu’on interrogeait l’auteur d’un livre sur le sujet. Comme si la connerie n’existerait qu’à partir du jour prochain où un gusse écrira à ce propos.

  Où vais-je avec ça encore ?

Politique ? Ah, c’est vous qui l’avez dit. Mais moi aussi.

  Tous ces gens qui travaillent « pour » le peuple, les gens qu’ils ne pensent qu’à cons-vaincre à coups d’arguments retournés au gré des vents et intentions de vote… et d’un niveau d’une telle binarité que s’ils ne sont pas indigents intellectuellement eux-mêmes, c’est donc qu’en les servant, c’est leur électorat qu’ils jugent à cette aune.

  « Vous vouloir des sous et des vacances, moi prendre à ceux qui en ont trop pour donner à vous si vous, voter pour moi, ça va ? »

  Quel respect! Et ça marche.

  Quel respect y a-t-il pour les autres, à vouloir être meilleur ou au-dessus, plus qu’eux, vouloir briller ?

  À 15 ans, c’est normal, il faut construire un égo avant que de le dépasser. Mais passé l’adolescence, comment dire…

  Et pourtant, être Le 1er, Dieu sur Terre de sa spécialité, le meilleur en tout, tant pour « Musclor » que pour maman, sont des « valeurs. »

  Pourquoi ne pas faire juste de son mieux et ne vivre avec les autres que pour ne pas vivre que contre, ou alors tout contre ?

  Oui je sais, une autre valeur de façade est de dire son respect pour les vaincus valeureux, tandis que les vainqueurs pour gagner, n’hésitent pas à cacher aux arbitres les indélicatesses dont leur talent en défaut a besoin. Bon, au saut à la perche, c’est compliqué.

  Quel respect y a-t-il pour les gens à qui l’on vend des outils dont l’obsolescence est programmée ?

  Ou des médicaments dont on sait que pas plus d’une dizaine ont une vraie raison d’être (c’est pas moi qui le dit : les études « indépendantes » parlent même de cinq.)

  Il y a des efforts me direz-vous. On ne parlait pas dans le temps de Service Qualité (il y en a qui font des études pour ça, cherchez l’erreur), d’éthique (même chose.)

  Mais de cette image sociétale, zoomons un peu pour nous approcher et voir de plus près l’intérieur d’une cellule… familiale.

   Quel respect a pour l’autre celui qui se targue de lui avoir fait changer d’avis, d’un avis qui était le sien pour se soumettre à la certitude d’un, persuadé d’avoir raison pour tout le monde ?

  Quel respect a-t-on pour quelqu’un qu’on force à faire quelque chose contre son gré ?

  Quel respect a-t-on pour celui ou celle qu’on oblige à se soumettre, à qui l’on impose ses codes, limites, insuffisances, résonances, peurs, dogmes, certitudes et croyances, elles-mêmes issues de conditionnements ou transmissions héréditaires ou de bienpensance collective ?

  Toutes choses qui ne respectent pas le droit à l’expérience.

   Quel respect a-t-on pour celui ou celle qu’on prive de sa liberté de ressentir, de penser, d’Être, et que peut-être de surcroît on quittera comme un gros con en lui reprochant de n’être plus celui ou celle des débuts ?

  En quoi, choisir, même croyant bien faire, à la place d’un enfant ce qu’il doit aimer, qu’on aime avant lui, ce qu’il doit craindre dont soi-même on a peur, ce qu’il doit faire dont on a été frustré, plutôt que l’aider à vivre ses rêves, est-il le respect dû à un être qu’on prétend aimer ?

  En quoi, se moquer de ce qu’il aime, qui nous met mal à l’aise, est-il une forme de respect ?

  En quoi forcer quelqu’un à entendre ce qu’il n’est pas prêt à recevoir est-il plus du respect qu’un viol de conscience ?

  En quoi simuler un sentiment, une attitude ou même cacher quelque chose, fût-ce pour ne pas inquiéter, est-il du respect pour une personne qui fait une totale confiance… qu’elle perdra en voyant qu’avec elle, ce partage n’a pas eu lieu ?

  En quoi séduire respecte t’il quelqu’un dont on manipule l’affectif ?

  Chercher à Paraître ce qu’on sait ne pas être respecte-t-il celui ou celle qui s’ouvre spontanément ?

  Répondre aux attentes des autres, soi-disant par altruisme, lors que les actes nous sont contraires, est-il autre chose qu’un simulacre de don puisqu’il n’est pas soi ?

  Tout comme d’ailleurs ne nous respecte pas ceux qui n’ont qu’exigences et attendent de nous ce qu’ils veulent recevoir plus que ce que nous avons envie de donner.

 Le respect ne s’accommode ni de compromis ni de concessions :

Il est de donner ce qu’on est, ou de ne pas donner, qui est donner quand même puisque l’expression de sa pensée à un instant,

de parler vrai quand c’est audible, mais de taire ce qui pour l’autre ne l’est pas,

de laisser à chacun sa liberté de ressentir, de penser et d’être

de sorte que la contradiction respectant cette liberté, ne soit pas antagonisme.

C’est alors aussi tout bénéfice que d’avoir avec soi quelqu’un qui Est

Et beaucoup plus de chances de bonheur.

Si l’on n’est pas prêt à ce respect qu’on attend des autres, plutôt que de vouloir les changer, ce qui est une forme presque absolue de l’irrespect, c’est celui qui est gêné qui…