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N 23 Le saint drone de Stockholm

  D’aucuns m’interpellent parfois pour des miens propos qu’ils considèrent comme des jugements à l’emporte-pièce, généralement quand ils vont à l’encontre de leurs croyances ou convictions.

  Mais loin d’être les raccourcis qu’ils veulent croire issus d’une pensée primaire, il s’agit davantage de résumés après examens de dualités que je n’ignore pas.

  Mais à la fin il faut bien à un moment savoir à quoi ou qui on a affaire, faire des choix et ne pas, sous prétexte de neutralité, toujours s’en laver les mains, nonobstant l’ouverture qu’on garde aux bonnes surprises, accueillies avec d’autant plus de plaisir.

  Et puis, dénoncer des pratiques ne remet pas en cause les fonctions elles-mêmes que quelques rares purs rescapés peinent à exercer au mépris des pressions.

  C’est que souvent,

L’individu se convainc que le juste est ce qu’il aime, ce qui lui plait ou qui résonne en lui :

  « J’aime le propos de tel philosophe ou homme politique, donc c’est l’expression du juste et la vérité», « Ce que dit cette personne me plait, donc je pense que c’est juste », « Tel texte ou tableau, telle musique me touche, donc c’est beau. »

Ben oui… mais non.

  Un peu comme si on pensait que mamie faisait les meilleures confitures du monde parce qu’on en garde et en goûte un souvenir teinté de nostalgie. N’avez-vous jamais pensé que votre mère faisait le meilleur couscous ou la meilleure paella, la meilleure terrine de lapin ou le meilleur tiramisu du monde parce que vous y retrouvez à chaque fois le goût de votre enfance ?

  Non bien sûr, car vous savez bien que ça c’est vrai… pour les autres. Je plaisante bien sûr, quoique.

  Beaucoup sont persuadés que ceux qu’ils aiment sont bons puisqu’ils les aiment. Tout comme être bon est leur part de divin, partant du postulat que Dieu s’il Est, est bon… alors… qu’il Est ; tout complément derrière « Est » n’étant qu’une réduction anthropomorphique d’une conscience collective batracienne qui aimerait se racheter de son fondement reptilien.

  Que ce soit par nostalgie, conditionnement, besoin de se trouver une pensée de référence qu’on n’a pas pu construire par soi-même, ou la reconnaissance au travers de l’adhésion à un groupe légitimé, chacun ainsi « se soumet » à un souvenir, une émotion… qui, le faisant « vibrer », donne un sentiment de vérité à un ressenti qui ne révèle qu’une souffrance, pour le moins une résonance, une mémoire dont il ne s’est pas libéré, sans pour autant vouloir oublier les évènements. En quelque sorte,

Une variante d’un syndrome de Stockholm où les preneurs d’otages sont ceux dont on a envie de croire les promesses de solutions, d’éternité, de bonheur, ceux à qui il faut trouver une bonne raison de justifier le pouvoir qu’ils détiennent sur nous pour, croit-on, lui donner un sens et en souffrir moins.

  Alors, les politiques : tous pourris ?

  Là aussi, tous sont presque d’accord… à condition d’extraire du lot le seul qui a grâce à leurs yeux, tient le discours qui les séduit et fait qu’ils adhèrent de manière globale à un parti, sans plus de discernement vis-à-vis d’une rhétorique rodée et propre à chacun : là encore, une pensée de référence à laquelle on s’associe faute d’en avoir une à soi.

 Quand je dis « pensée », c’est accorder trop de valeur à de lénifiants patterns à visée hypnotique, comme dans la jungle, le serpent endort le « petit d’homme. » Ce n’est pas que tous les hommes politiques soient des crétins mais enfin, il ne faut quand même pas oublier…

qu’il y a des écoles pour « ça », où on apprend à faire de longs discours en ne disant rien, à pratiquer la langue de bois, à taire ce qui déplaît sauf pour y mettre une démagogique touche de sincérité avec quelques trémolos bien placés, à dire ce que beaucoup ont envie d’entendre pour pêcher suffisamment de voix afin de participer au raout où se partage le gâteau, chacun dans un créneau qui lui permettra de connaître fortune et gloire en une alternance avec les autres, tout à fait consentie puisque c’est une règle du jeu ; ils ont fait tous ou presque les mêmes études et souvent ensemble.

  Et à la fin de ces « études », ils font carrière. Il suffit d’ailleurs de voir nombre de ceux issus de la société civile s’essayer à l’exercice, pour constater à quel point c’est un « métier. » Enfin, un métier…

  Toutefois, il faut reconnaître que si chacun d’eux défend un « programme » contre celui d’un autre, il n’est que le reflet d’intérêts et de corporatismes et le champion de factions qui lui octroient, en votant pour lui, un pouvoir à condition qu’il leur soit dédié. Et le bien-être de la société n’a plus grand-chose à voir là-dedans.

  Dire des politiques qu’ils ont tous pourris, n’est-il pas alors aussi parler de ceux qui leur donnent des voix? Et ne s’en plaint-on pas qu’en cas de défaite ou quand gagne le champion des autres?

   Les « politiques » ont convaincu que voter est un acte « citoyen », au point que s’abstenir est considéré quasi unanimement comme un acte anti social, avec l’argument selon lequel ne devraient pas se plaindre ceux qui ont laissé la porte ouverte « au mal » en ne se fendant pas d’un bulletin de vote.

  Mais l’argument est réversible quand l’urne donne les pleins pouvoirs à des lois qui ne satisfont que quelques-uns ? « Après tout, t’as voté pour lui, tu n’as pas le droit de te plaindre. »

  Dans la relativité de la notion de liberté, il y a surtout une différence entre  la contrainte d’un vote aliénant et exhaustif où est exclu l’abstention, ce qui permet à des gens de gouverner avec 20% des voix, et le relatif mais réel choix de s’abstenir en conscience, quand il n’est pas la flemme de se déplacer mais l’expression d’un refus de cautionner un système : « Je ne vote pas par indécision » mais « je choisis de ne pas reconnaître à quelqu’un ou tous ceux qu’on m’impose le droit de me représenter ou de parler à ma place.» Et l’argument démagogique de la démocratie n’est qu’un pipeautage : aucune loi n’est légitime qui force à acter contre sa conscience, fût-elle seule contre le reste du monde.

  Il y a loin de l’idée de la politique à la politique et aux politiciens.

À quand des gens qui feraient de la politique… pour ne pas y faire carrière ?

  Ceux-là seraient sans doute mieux acceptés mais quand de leur propre aveu « en off », on sait que leur souci est, maintenant que l’information qui assurait leur pouvoir est accessible à tous par le biais d’internet, d’empêcher le peuple de comprendre l’information en l’abêtissant, on comprend mieux la collusion des gens de pouvoir au préjudice dudit peuple, collusion qui utilise entre autres moyens les médias.

 Complotisme ? Non. Mais complot ? Certes!

  • Comment faire, demandent les élèves en politique ou en commerce ?
  • C’est simple, répondent ceux qui depuis la nuit des temps enseignent le pouvoir avec cette toute puissance des gens qui tissent les toiles tout en restant cachés. Il suffit pour cela de bien les surveiller, les observer afin de leur offrir ce qui les distrait de penser. Et ils vous aimeront pour ça. Au point de lyncher ceux qui dénonceraient vos manœuvres plutôt que risquer de perdre les jouets que vous leur offrez et qui les empêchent de « se prendre la tête » qu’ils n’ont déjà plus.

Et si distraire ne suffit pas, c’est dans la peur que vous confinerez.

C’est ce j’appelle le saint drone de Stockholm.

       Les médias vous y aideront :

  • Il suffit en journée pour les oisifs ou aux heures de grande écoute pour les autres, de créer les addictions pour que le peuple ne supporte pas qu’on « touche à son poste », qu’il ne manque rien des anges de la téléréalité ou des ch’tis en vadrouille.   Pour ceux qui ont un peu plus de cervelle, quelques quizz qui occupent leur temps libre à compiler des informations inutiles comme les vainqueurs du Tour de France depuis 1903, la liste par cœur des numéros des départements, les jours et heures de batailles historiques sans pour autant connaître l’Histoire et en avoir appris sur l’Homme autre que ce calendrier qu’ils ânonnent au besoin comme des gamins à l’école chantent les tables de multiplication.
  •   Et tenez, pourquoi pas une émission où on apprendrait par cœur des paroles de chansons plus ou moins niaises avec un animateur chèrement rétribué pour être sympathique et de plus en plus cher, et une grosse saucisse en argent à la clef ? Pendant qu’ils passeraient des heures par jour et des années durant à apprendre « La danse de canards » ou « Bo le lavabo », vous feriez ce que vous voulez.
  • Faites-les chercher des Pokémons ou élever des Tamagotchis, pourvu qu’ils ne risquent pas de penser. Donnez-leur des amis par milliers qu’ils ne verront jamais mais préféreront à ceux qui les entourent pour qu’ils n’échangent que des selfies.
  • Vendez-leur ce dont ils n’ont nul besoin mais les occupera ou les enivrera.

    «La publicité est du temps de cerveau humain disponible vendu aux annonceurs » disait en substance un ex patron de chaîne de télévision, tout un programme.

  C’est à ce cerveau reptilien que s’adressent publicitaires, annonceurs, programmateurs, concepteurs, influenceurs et j’en passe, pour « occuper » l’esprit par l’image afin de le couper de sa créativité, d’induire le désir de choses dont personne ne ressent le besoin, de créer des réflexes comportementaux de consommation, d’achat de hand spinners, de logiciels de jeux addictifs où le but est de passer le plus de temps possible à accéder à un niveau de connerie chaque fois supérieur; la liste est longue.

  C’est à ce cerveau qu’on s’adresse pour créer des mouvements de masse ou des panurgismes où certains dans le meilleur des cas ne se rendent compte qu’après coup qu’ils sont allés trop loin, entraînés par un mouvement de folie parfois seulement passagère… mais pas toujours.

À ce stade de normalisation raisonnée et programmée de décadence de la pensée collective, l’individu retient de moins en moins des expériences vécues et réitère incompréhensiblement les mêmes erreurs ; c’est évidemment ce qu’on appelle une « mémoire de poisson rouge » qui, lui, contrairement à ce qu’on prétend, reconnaît à chaque tour de bocal celui qui le nourrit et n’est donc pas plus bête.

N’a-t-on d’avenir que celui qu’on ne (se) construit pas ?

  Quant aux médicaments ?

   Beurk, personne ne les aime ni n’en prend… ou alors juste quand il ne peut pas faire autrement, contrairement aux autres, et seulement un quart plutôt qu’un entier ; c’est qu’on est un vrai rebelle, faut pas croire.

   À les écouter, les autres en prennent par faiblesse mais eux, parce que leur cas est « vraiment plus sérieux. »

  D’ailleurs tout le monde croit de plus en plus aux médecines alternatives… jusqu’à ce que la grande majorité court au moindre bobo chez le médecin tant décrié, et n’en sortira pas sans une ordonnance d’une demi-page pour le moins.

  La peur rend quelque peu idiot au point d’être soulagé d’apprendre qu’on va mourir à 95 ans non pas d’un cancer… mais d’une autre maladie, voire de vieillesse, ouf.

  C’en est au point que j’en connais beaucoup en pleine forme physique et rayonnants qui demandent à leur médecin : « Docteur, est-ce que je vais bien ? » et attendent sa réponse pour respirer (si là, vous ne voyez pas le problème, c’est encore plus grave que ce que j’imaginais.)

  Consommant chroniquement les inhibiteurs de présence que sont les antidépresseurs, anxiolytiques ou somnifères pour se protéger de l’existence et ne plus vivre, en conséquence d’avoir tué désir et plaisir en croyant tuer la souffrance,

N’a-t-on plus alors d’existence que la vie qu’on a fui ?

  En même temps, a-t-on seulement un choix thérapeutique ?

  Il semble en effet que cette époque, si tant est qu’elle existât, soit bientôt révolue puisque sous prétexte d’épurer une forme de charlatanisme dont n’est pas exempte à divers degrés la médecine officielle, on oriente clairement les non-choix par le tri sélectionné, et non sélectif, des remboursements ou prises en charge.

  Que pour assurer la maitrise à terme de ce processus, on en vient à supprimer l’égibilité auprès des organismes habilités des financements même partiels des formations qui ne se soumettraient pas totalement aux diktats des instances qui fixent les règles de leurs profits et monopoles. À terme, ne restera que la parole « officielle. » Brûlera-t-on des livres ?

  Que tout en « laissant parler », on soumette à toutes sortes de pressions ceux qui amènent une contradiction dans le langage imposé, jusqu’à les désavouer, les humilier,  leur pourrir l’existence, les faire passer pour irresponsables; il suffit de voir récemment des lapins-crétins pseudo journaliste ou philosophe profiter de leur petite audience « people » pour insulter un professeur de médecine en le jugeant sur sa spécialité à laquelle, eux, ne connaissent strictement rien. Sans doute ont-ils besoin de faire parler d’eux, que sais-je, qui n’a d’ailleurs aucun intérêt.

Liberté d’expression, de pensée avez-vous dit ?

  Oserais-je évoquer la religion où les brebis remercient Dieu des pénitences qu’on leur inflige et qui les persuadent qu’elles ont, par elles, lavé leur âme et leurs péchés.

 Il est bien sûr parfois difficile de savoir qui on est ou ce qui est « bon pour nous » mais ce n’est certes pas en laissant qui que ce soit le décider à notre place qu’on a la moindre chance d’y parvenir.

   Et entrer en geôle de soi-même comme des moutons en confiant les clefs aux geôliers, avec la seule illusion d’un choix qui n’est que celui de son programme télé et pour l’économie de la peur ou d’avoir à exister, n’engraissera que les bergers.

  Chacun peste, râle, s’indigne (c’est même recommandé souvent), aboie et fait parfois son petit rebelle mais finalement attend de l’objet des colères qu’il fait en tapant de ses petits pieds comme un enfant fait son caprice, qu’il lui apporte le plus pour prix de sa soumission et de sa docilité, voire de son amour contraint.

Le syndrome de Stockholm existe depuis la première soumission, la première tentative de séduction de la victime envers son bourreau avant qu’elle ne se soit prise à son propre jeu.

  Mais comment s’expliquer qu’on aime tant ça ?