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Newsletter #5 La Naïveté– etiomed.com Voir la version en ligne
                                         La Naïveté

Vrai ou faux naïf, romantique, idéaliste, hypocrite                                               L’alibi du romantisme  

 Il est souvent difficile de faire la part des choses entre des comportements qui finissent par n’être que fondus enchaînés d’attitudes et de postures. Ne sachant les séparer, tant chacun d’eux a en lui une part des autres, j’ai un peu mis dans le même bain le naïf, l’idéaliste, le romantique voire l’hypocrite (ne fût-ce qu’avec lui-même). Et c’est un peu parce qu’il s’agit d’un grand bain où tous pataugent en changeant de rôles au gré des situations, qu’il serait faux de les distinguer. Peut-être me trouverez-vous un peu confus et je m’en excuse mais je sais que vous capterez l’idée.   
Depuis enfant, j’entends chaque jour à la radio ou vois à la télé, des vedettes, animateurs ou people flatter, dire ou chanter leur amour à leurs chers public, fans, auditeurs ou téléspectateurs… trop heureux de les croire… alors qu’ils les payent pour ça. L’animateur radio qui assure aux auditeurs que « leurs avis  nous intéresse » (ça peut être vrai mais pas comme ça), ou les fait témoigner comme si chaque opinion était le germe d’une prise de conscience salvatrice pour l’Humanité :
   – Appelez-nous pour nous dire comment vous avez vécu ce confinement (exemple au hasard.) » 
– Eh ben, dit le quidam à l’autre bout du fil, cette année, j’ai planté plus de patates dans mon jardin et refait ma clôture. Et puis, si, j’ai aussi repeint la porte du garage qui en avait bien besoin.
– Et en plus, ajoute un autre, j’ai fait les courses pour ma voisine qui ne peut plus marcher (d’habitude, il ne le fait pas.)
– Mais c’est extrÂordinaire – répond le « VRP de l’antenne » après quinze mêmes histoires chaque jour, que différenciait le nombre de patates plantées- l’esprit d’inventivité, de générosité dont tous, vous faîtes preuve dans ces moments si difficiles que nous traversons. Vous êtes la preuve du génie humain (rien que çà), une incarnation de l’amour universel (ça tombe bien, c’est ce qu’ils voulaient entendre et qui fait qu’on devient la radio « la plus écoutée des franc… » nanani nananère, bref , même choisi c’est le marché de dupes par excellence), tandis qu’en phylactère s’inscrit au-dessus de sa tête « Enfin, pour vingt mille euros par mois qu’on me paye, qu’ils me payent, je peux bien les flatter un peu. »
 Et c’est vrai qu’ils sont contents tous ces gens qui remercient qu’on leur ait donné la parole pour seriner du bien pensant et de l’altruisme que pour avoir pu… parler d’eux à titre individuel. Mais quelle belle marque de fatuité et de jugement que de vouloir paraître bon.
 Et à tous les entendre, animateur compris, aucun d’entre eux, ne ferait jâââmais ce qu’ils dénoncent des arnaques des autres ; que des anges. Qui n’ont jamais chapardé, menti, ou alors pour ne faire de peine, jamais coupé une file, par crainte d’être pris, toujours dit au moment de payer que « vous avez oublié le café sur la note », jamais fait de chantage, affectif a minima, ne se sont compromis par peur ou intérêt, ni ne se sont rendus complices de quelque petit « arrangement » avec leur conscience. C’est à se demander où sont passés les rares qu’on ne pourrait pas sanctifier direct ?    
Mais vouloir être bon (jusqu’à surenchérir la niaiserie pour séduire et endormir) est bien… qu’on sait ne pas l’être et vouloir le paraître me rappelle cette histoire du menteur qui jure de dire la vérité, ou du gars qui veut qu’on lui fasse confiance (évoqué dans ma lettre sur la confiance.) 
 Le bon, comme celui qui dit la vérité, n’a pas besoin de le dire.  
 Et puisqu’on parlait de confinement, que penser de cet élan collectif et si spontané, bref, panurgique, de reconnaissance et de flatterie pour des gens qui faisaient déjà leur travail avant… mais dont on n’a jamais eu aussi peur d’avoir besoin à titre individuel. 
  C’est fou le nombre de gens qu’on ne remercie pas de faire leur travail quand on ne craint pas qu’ils s’arrêtent. La plupart, hypocrites et faussement attendris se fichent bien que les soignants n’aient plus eu de vie pendant trois mois (pour le moins), ils voulaient juste qu’ils ne s’arrêtent surtout pas. 
 C’est humain me direz-vous ; ben oui… Suis-je si naïf ? Je ne fais qu’observer.    
Ah le naïf! Qui une fois, berné, cocu, ou trahi, déclare, angéliste « je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, mais j’ai voulu faire confiance. Et je recommencerai, car c’est ma nature », ou bien plus fataliste « voilà ce que c’est que d’être trop naïf, ça m’apprendra » etc.

 Quoi qu’il en soit, sous-entendez de ce tartuffe repenti: « Je suis trop pur, trop bon, trop innocent, à mille lieues de ces bassesses qui n’effleurent même pas mon esprit positif et idéaliste » et patati et patata.

 Ce naïf-là compose à l’envi la face attendrie, parfois triste, pas pour lui bien sûr mais pour l’Humanité, parfois exaltée du dévot que sa foi en l’Homme et la sagesse d’une vue embrassant l’ensemble de l’espace-temps, dispensent d’affliction… par ce que d’implication, dans conflits et problèmes, en même temps qu’elle porte l’exigence d’une affection en retour de la sienne… qui n’est que monnaie de singe.  
Le naïf tartuffe, comme celui de Molière, ne se rend même pas compte du ridicule de son outrance à paraître, à séduire, pour être aimé ou pour manipuler, voire pour manipuler l’amour qu’il croit avoir acheté, fût-il mâté d’une forme de pitié ou d’apitoiement, pourvu qu’il lui permette d’obtenir l’attention des autres (une forme de vampirisation) et ce qu’il en attend; ça marche parfois… auprès d’autres naïfs.

  La naïveté est souvent l’alibi des échecs de ceux qui veulent (se) prouver qu’il n’y a rien à prouver  (pas parce c’est vrai, mais parce qu’ils en sont incapables ; c’est là qu’est la perversité.)  

 Le naïf batracien ou le romantique n’apprend rien de ce qu’il vit ou plutôt survole, puisqu’impliqué qu’en apparence et chroniquement perché dans la virtualité faussement romantique de ceux qui n’assument rien, n’ont aucune solution à proposer à ce qu’ils ne veulent pas voir, et sont les éternelles victimes pour qui leur « innocence » est l’alibi de leur inadaptation au monde. De toute façon, il est trop pur pour ce monde, ou alors « l’amour finira par triompher »… tout seul, comme ça, à les entendre.  
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 Le romantique, est souvent un geignard chronique dans le refus, donc le jugement, du monde réel, sans pour autant vivre un monde fantasmé. 
 Ne finit-il d’ailleurs pas généralement pas emm… tout le monde, hormis ses coreligionnaires de la secte des fleurs bleues, à force de toujours planer dans un monde que les pragmatiques ne reconnaissent pas, où les gens qui veulent acter ne trouvent aucune matière? 
 Et puis, ne nous trompons pas, il n’y a pire juge que le romantique, pire encore, l’idéaliste avec son air bonnasse, son air éthéré et son sourire compréhensif et tolérant. Le végétarien, non par goût mais par philosophie (si on peut appeler ça comme ça), qui ne loupe pas une occasion, à propos de tout et de rien, de dire « Ah, vous savez, MOI JE suis végétarien… », passe une information lapidaire : « Je suis trop évolué pour vous. » Je raccourcis mais c’est l’idée.
 Même chose pour les donneurs de leçons de la « bienpensance » qui parlent d’intelligence et d’évidence quand il s’agit de sauver la planète mais feignent de croire qu’ils compensent la pollution aérienne en plantant des arbres… parce que leur job est d’offrir un voyage en avion. 
 Il en est qui cumulent tous les clichés de cette nature ; croyez bien qu’à l’heure de compter, la cohérence de leur démarche souffre quelques arrangements.  
Et celui qui gagne le voyage en avion va jusqu’à penser que prendre l’avion pour des vacances est une bonne chose pour la repousse des forêts… 

 Où commencent naïveté et hypocrisie de l’un et de l’autre?

 Les médias, puisque c’est l’exemple qui sert en partie mon propos (mais on aurait pu parler du commerce, de la pub, de la communication et des techniques de vente et de management etc.), entre eux, cordialement se déchirent et partagent notre temps de pensée libre, donc de création, d’intelligence, de discernement et d’esprit critique, pour l’occuper au maximum et en faire leurs choux gras. Il n’est qu’à voir le niveau de la majorité des programmes aux heures de grande écoute pour estimer le respect véritable qu’ils ont pour leur public, qu’ils se fichent bien d’abêtir. Bien sûr, cela répond à une étude de marché, ce qui a tendance à leur donner raison et augure de l’évolution des sociétés. Quels avantages trouvons-nous à cette tacite complicité dans la soumission ? Que faisons-nous semblant de croire ?
 Ah, ces people , sportifs, « artistes » pour ados romantiques, adulescents, adultenfants, qui  en leur public, aiment surtout leur propre reflet qu’ils voient dans ses yeux, cochent pour cela toutes les cases qu’il faut sur scène, dans leurs interviews et dans les actions ostensibles (certains malins poussent même jusqu’à dire ce qu’ils font de bien… qu’ils ne veulent pas qu’on sache sic) pour « vendre du rêve » disent-ils à de plus en plus de gens qui ne demandent qu’à croire en un monde virtuel où il n’y aurait plus que plaisirs, jeux, distraction, sans contrainte d’aucune sorte, qui ne cherchent plus qu’à « ne plus se prendre la tête. » (c’est souvent ceux qui ne se la prennent jamais qui disent ça.) Ces starlettes égocentriques en viennent à passer pour des éveilleurs de conscience quand ils sont trop souvent des inhibiteurs de la pensée. Il y a bien sûr quelques exceptions dont chacun peut penser que justement,  celui dont il est « fan » fait partie.

Quoi qu’il en soit, le naïf n’a guère à donner… si ce n’est la conscience de la naïveté. Et la désimplication n’est pas un exemple. Il n’entretient que des leurres, pas même des espoirs.

 Mais comme tout un chacun, il a aussi le droit à cette expérience-là parmi tant d’autres, dont il peut tirer l’enseignement pour prendre part à ce monde-là qu’il juge en n’y participant pas. 
 Alors n’en déplaise aux positivistes de tout poil, aux naïfs béats qui ont beau jeu de trouver l’Homme beau et bon, lors qu’ils ne sont impliqués dans rien et croient que les atrocités sont d’un autre âge ou ailleurs simplement parce qu’elles ne sont pas au coin de sa rue au moment où ils passent.

 L’Homme n’est pas bon par nature, qui n’aurait qu’excuses à ses errements.
Il est par nature, TOUT, potentiellement… et fait des choix qu’il Lui faut assumer.
On ne peut toute une vie invoquer la naïveté et le romantisme ou l’idéalisme pour justifier qu’on n’y arrive pas, c’est une hypocrisie envers soi-même. 


Et à moins de vouloir persévérer dans la manipulation… des autres, il est, à la victimisation gémissante, au stoïcisme drapé d’une dignité affectée, au romantisme déçu, à la culture de l’alibi, bref à la naïveté en général, un remède facile à fabriquer soi-même puisqu’il suffit d’ouvrir les yeux ; il s’appelle 
                                                    Lucidité
qui peut aider chacun, mieux que quelconque sachant extérieur, à faire sa propre vie.  


Ne soyons pas naïfs, se voiler la face est un choix de facilité, à défaut de responsabilité et de résultats et il est plus glorieux de jouer l’humilité en feignant le romantisme et plus aisé de juger la société que de se dire inadapté.  
Cet email a été envoyé à max.bernardeau@sfr.fr, cliquez ici pour vous désabonner. MAX BERNARDEAU
Ostéopathe D.O., praticien en étiomédecine Le Binai 61300 Crulai
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