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Outrepasser

  Si le respect méritait qu’on lui consacre un développement au-delà des lieux communs qui emplissent la bouche notamment de ceux qui le revendiquent quand ils craignent le courroux de ceux à qui ils en ont manqué, on ne peut en rester aux seules contraintes, exigences qui pèsent sur la liberté et outrepassent les choix, désirs et aspirations de l’individu et le privent de sa vie avec son impuissant consentement.

  S’il y avait pourtant une leçon à tirer, c’est qu’étant donné que personne en toute absence de conscience, hormis les gens respectueux avec qui elle n’est pas un sujet, ne donnera à ceux dont ils tirent profits et avantages, leur liberté, elle se prend et qu’il n’est souvent d’autre solution avec ceux qui outrepassent le respect dû à autrui, que… de passer outre.

  Mais laissons l’individu et penchons-nous dans un premier temps sur le rapport entre les individus.

  Je suis souvent embêté de voir des êtres un temps réunis pour le meilleur, interpréter comme une faute de jugement sur la personne, le pire que devient le gouffre qui se creuse entre eux après une lune de miel plus ou moins longue.

  C’est vrai que parfois, aveugles ont été les premiers élans d’une résonance passionnelle prise à tort pour de l’amour et que le soufflé retombe plus vite qu’il n’était monté après des emballements notariaux, matrimoniaux, parentaux et matériels qui imprègnent d’amertume la coupe qu’il faut ensuite boire jusqu’à la lie, pour certains  l’hallali.

  Souvent pourtant, il n’y a pas eu erreur de casting mais un mauvais scenario dont des acteurs malheureux sont captifs. Comme une tragédie shakespearienne dont chacune aurait un thème : l’orgueil, la trahison, l’intérêt, le mensonge, la gloire, la séduction, la haine, le quiproquo et j’en passe.

  Une faute de l’un que l’autre, victime, ni n’oublie ni n’efface et qui trouble pour toujours et parfois à tort le regard que celui-ci porte sur celui-là et parfois au-delà.

  Facile et cliché, direz-vous ?

  Ce n’est vrai que pour qui prend le simpliste pour le simple qui lui, suppose d’avoir fait une partie du tour du plus complexe.

  S’il a fait une faute dont il se repent au-delà des promesses de circonstance, ou même et pourquoi pas, si sa vie a un temps suivi une voie différente chargée de sa vérité éphémère, c’est aussi l’autre, sans même évoquer les usuels torts partagés, qui ne voit plus qu’à travers ce brouillard glissé dans leur interface. Et la clarté qu’il peut y avoir n’importe plus puisque même en penchant la tête, c’est le flou qui en travers, ne permet pas la vue de l’arrière-plan et fait douter de ce qu’on voit ou comprend.

  Si chacun avait la garantie que la souffrance passée ne reviendrait pas, il n’y aurait plus que des expériences initiatrices et pas la crainte de deuxièmes vagues qui incitent à rester masqué à peine de ne plus vivre, fût-ce autre chose.

  Même si beaucoup portent, restée en travers de la gorge une flèche tirée par un Cupidon trop libertin (oui je sais, libertin, c’est déjà trop), me trouvent d’une tolérance suspecte avec les infidèles (citons quand même JL Brinette pour qui l’infidélité n’était qu’à … l’Amour), le brouillard de mon modèle peut être tout autre que l’adultère auquel vous étiez déjà en train de penser et entraîner gêne, méfiance, retenue et suspicion : orgueil, vanité, jalousie ou juste quiproquo, cupidité, voire le poison distillé par quelque tiers semeur de zizanie trop heureux de « ne jamais dire du mal des autres. »

  Cette brume déposée peut n’être que les cirrus de la peur, de la honte, du regret, du désir de plaire ou de la volonté de ne pas nuire qui freine les élans, d’une trop grande discrétion, de la timidité voire d’une pudeur qui pour être moins grave n’en pourrit pas moins la spontanéité et la vivacité des relations.

  Elle n’est aussi que trop souvent les noirs stratocumulus des attentes et exigences qui paralysent celui qui n’arrive plus à être, transformant en bourreaux ceux qui s’en plaignent.

  Les personnes aimées sincèrement qui nous ont émus seraient-elles devenues les pires ordures ménagères après quelques années de cuisine commune ? Bien sûr que non. Et c’est pourquoi il est une question qu’il ne faut jamais manquer de se poser quand systématiquement tourne la mayonnaise entre deux êtres sûrs de leur amour :

« Qu’est-ce qui s’est immiscé entre nous ? »

« Qu’est-ce qui, parmi ce qu’on a évoqué ou pas encore envisagé, sape immanquablement ma relation à autrui en particulier ou aux autres en général, « outrepasse a priori » la sérénité de mes rapports à l’un, à l’une ou à tous?

Quelle est la récurrence dans ce que l’autre voit de moi ou ce qui déforme ma vision, qui péjore chaque expérience que je vis ? »

  Si on a cité les arrangements classiques que chacun peut avoir à un moment ou tout le temps avec sa conscience, mensonge, cupidité, méfiance etc., il est aussi des facteurs très matériels et chimiques, causes, conséquences ou indépendants des premiers et dont tout le monde connaît les ravages. L’alcool et la drogue bien sûr mais il faut aussi dénoncer l’omerta sur ces médicaments prescrits par confort comme des Smarties  à des  patients qui plutôt que grandir, préfèrent par facilité éreinter leur entourage ; et dire que c’est à ces proches qu’on dit de « faire attention » alors qu’ils sont généralement les vraies « stoïques victimes par pression » de leurs vampires domestiques.

  On pourrait d’ailleurs classer le brouillard des camisoles chimiques autant dans les facteurs de destruction de la relation à l’autre, pour le moins par défaut de présence, mais aussi dans l’irrespect de l’individu lui-même dès lors que le maintien prolongé de ces traitements pour le confort des autres ou des prescripteurs, le prive de sa vie pour les mêmes raisons.

  Changeons encore d’échelle fractale et après l’individu, puis son rapport aux autres du même règne, penchons-nous sur sa relation à la Vie!

  Et par conséquent sur la partie la plus délicate de ce qui outrepasse la Vie, délicate en ce sens qu’elle peut être l’occasion de polémiques pour le moins passionnées.

  Le créateur de l’étiomédecine lui a, en son temps et de par sa vérité, préféré le terme d’outrepasser Dieu. Mais là les choses se compliquent selon qu’on aborde la chose d’un point de vue des judéo-chrétiens, des déistes ou des  athées qui, même s’ils ne croient pas, ont malgré tout le droit d’être traités, n’étant pas dépourvus de conscience. Pour faire simple :

  Si Dieu a voulu toute chose, ce qui paraît contre Lui ne l’est plus puisque voulu par Lui. Si l’Homme doit s’assumer dans l’impénétrabilité des desseins divins, que peut-on savoir de ce qui L’outrepasse ? Et pour un athée, qu’est-ce qui peut être contre Dieu s’Il n’existe pas?

  Mais on peut calquer cette proposition sur la Vie, ce qui ne sera toutefois guère plus simple :

  Qu’est-ce qui est contre la Vie qui est un événement dans la vie ? Et compte tenu que la mort s’engendre réciproquement avec la vie comme le Yin et le Yang, la potentialisation et l’actualisation d’une information, l’ordre et le chaos, sans toutefois superposer analogiquement la vie et l’ordre ou la mort et le chaos, certains ayant le chaos pour principe de leur existence actualisée.

  Mais plus sérieusement, si l’on considère que vie et mort sont dans un système d’engendrement réciproque comme ce qui meurt et pourrit, devient le terreau de ce qui nait et pousse avant que de vieillir à son tour, cela suppose hors l’Homme, un naturel équilibre que toute démarche forcée à l’encontre de l’une ou l’autre ne peut que rompre, au risque de menacer le tout pour le bénéfice très éphémère d’un seul si cette rupture entraine la chute de l’ensemble.

  On pressent alors que le débat peut vite devenir très sensible quant aux opinions plus ou moins raisonnées et orientées en fonction de la sérénité de chacun vis-à-vis des croyances, de la peur, la maladie ou la mort.

  Et que chacun va avoir certaines de ses réponses dans le secret de son intimité et de sa foi, qui doit toutefois respecter celle des autres.

  En particulier le thérapeute qui ne peut en aucun cas décider de ce qui est ou non un viol de la vie à l’aune de ses résonances et croyances personnelles, qu’il a plus ou moins dépassées. Il faut une grande souplesse pour comprendre à partir d’un même événement, ce qui dans un cas outrepasse Dieu ou la Vie et dans un autre non. Mais il faut surtout être, plus que d’habitude encore s’il était admissible qu’on le fût moins, dans une totale absence de jugement.

  Car, et sans préjuger d’occurrences politiques compliquées mais simplement pour le caractère concret de l’exemple, imaginons que quelqu’un ait tué Hitler pour sauver le reste du monde et que ce même monde pour cela l’honore d’une médaille, d’une reconnaissance éternelle et d’une pension à vie, il reste que la décision que s’octroie un individu d’ôter la vie outrepasse les lois de la vie et outrepasse Dieu…

… À peine de considérer que Dieu a voulu toute chose.

 Ou que l’Homme devant S’assumer gère ses propres « maladies » comme un jardinier traite ses plants ou coupe les gourmands de ses pieds tomates.

  Quant à l’athée qui, pour ne pas croire, n’en n’est pas pour autant dénué de conscience, il peut toujours se dire qu’il a œuvré pour la cause commune et le bonheur du plus grand nombre.

  Certes, tous (ou presque) y compris lui seront contents mais ce n’est qu’à lui que reviendra de vivre avec ce geste le reste de sa vie,

  Car, l’avortement est peut-être parfois la moins mauvaise décision que peut prendre une femme dans un contexte qu’elle seule connaît et qui n’est pas à juger, mais une part d’elle-même se reprochera toujours ce « non choix » de ne pas avoir laissé vivre.

  Car, quelqu’un qui tue en état de légitime défense, n’avait pas d’alternative pour sa survie, mais au prix de celle d’un autre qui peut-être est un salaud, mais peut-être, en état de guerre, quelqu’un qui pas plus que lui, n’a choisi d’être là. Et il faudra tous les jours se lever avec cette idée que c’est parce que quelqu’un, un jour ne s’est pas relevé.

  Car l’acharnement thérapeutique qui encourage le déni de la mort en outrepassant la dignité de quelqu’un que la vie a déjà lâché, ne respecte pas la vie en ignorant sa part de mort. Ni la vie, ni l’Homme d’ailleurs, en créant une économie sur des promesses d’éternité et la panique de qui se voit mourir ou l’affection un peu égoïste de ceux qui n’ont pas toujours assez d’amour pour savoir laisser partir. Mais à quel moment la médecine est-elle une aide à la vie et quand l’outrepasse-t-elle en se substituant à Dieu ?

   Car, s’il semble aujourd’hui comme une évidence de recourir à la médecine pour aider à la procréation quand la nature se fait tirer l’oreille, respecte-t-on la vie qui avait choisi de ne pas s’installer là où on essaie de la contraindre?

  Et bien sûr qu’on comprend ce désir de la plupart des femmes, d’un jour être mère.

  On peut d’ailleurs également estimer que la procréation médicale assistée ne vient que compenser des nuisances causées par l’Homme lui-même, son alimentation, ses pesticides, etc., auquel cas, l’aide médicale ne serait plus un passage en force contre la vie, mais le rattrapage des errances humaines pour recouvrer la nature en l’Homme, en l’occurrence la femme.

  Ces questions ne se posent qu’en termes du pouvoir que l’Homme considère légitime d’avoir sur la vie, la mort et l’équilibre naturel des choses, tantôt en forçant la vie, tantôt en essayant de vaincre la mort.

  Aïe, là je conçois que ça puisse piquer vraiment. Je précise d’ailleurs que je ne délivre ni avis ni opinions, juste des sujets qui font débats et montrent à quel point ils sont épineux mais d’une importance métaphysique tellement importante qu’ils peuvent littéralement « ronger » l’âme et la vie de quelqu’un.

  On peut évoquer de même le clonage, les manipulations génétiques. Pour déplorer le côté Frankenstein des apprentis sorciers, mais aussi pour ne pas nier qu’ils sont peut-être un apport indéniable pour la survie de l’Humanité… dont on ne sait toutefois pas si la pérennité est au programme de Dieu ou plus qu’une étape dans l’Histoire de la Création.

 Mais dans quelle mesure aussi, ne sont-ils pas un remède à la « iatrogénie » de comportements qui favorisent l’apparition de maladies ?

  Clonage et génie génétique outrepassent-ils Dieu ou la Vie en rompant un équilibre naturel au sein duquel l’Homme n’aurait que sa place en tant que l’un de ses composants parmi les autres, ou servent-ils la Vie en compensant les erreurs humaines qui Le condamnent et pour le moins indisposent les autres règnes ?

  Pour la guerre et les meurtres, du moins les choses paraissent claires, ils outrepassent Dieu, ou la Vie, comme on veut… si toutefois l’Homme a à être bon. S’il est à « l’image de Dieu », alors il est le reflet du Tout et non d’une fraction.

  Mais qu’en est-il s’il ne fait qu’exprimer la part d’animal en Lui ? Part plus tordue que chez l’Animal si on considère que plus que ce dernier, Il aurait une conscience.

  L’athéisme outrepasse-t-il Dieu ? Lors que l’athée conscient s’il est bon, l’est sans « obligation » et n’en est peut-être que plus vrai.

    Ne pas assumer en être responsable ou fuir la vie qu’on a reçue est-il une forme d’irrespect envers la Vie ou le Divin ? 

  Et bien sûr, à ce titre qu’en est-t-il du suicide ? Ou plutôt de la tentative de suicide, ne considérant pas du rôle de l’étiomédecine de soigner ceux qui l’ont « réussi » même si certains… Donc, le suicide est-il une insulte à Dieu ou à la Vie, la réponse à un constat d’une impuissance réelle ou supposée ?

  Comme on le voit, ce concept prolonge et donne encore plus de volume à la notion de respect. Plus complexe que les  habituelles fadaises de la quotidienne bienséance, il est, en quelconque de ces niveaux, non seulement l’occasion d’une remise en cause individuelle quant aux contraintes existentielles qu’on subit ou impose, mais aussi celle de grandir dans sa relation aux autres.

  Dans sa dernière acception plus spirituelle, il apparaît évident que nombre de questions n’obtiendrons pas les mêmes réponses, sans qu’aucune ne soit pourtant forcément fausse.

  Et il ne s’agit pas là de jeter des anathèmes sur des patients en fonction de ce que croit tel ou tel thérapeute qui le reçoit,  mais de libérer ces patients des sentiments qu’eux ont d’avoir outrepassé Dieu ou la Vie.

  Cela traite d’un aspect de la liberté qu’on n’avait pas abordé à ce niveau. Car comme il faut s’octroyer la liberté que personne ne nous donnera, il faut, faute d’interlocuteur en chair et en os, réaliser que cette seule conscience apte à nous absoudre est en nous-même. Et ne s’agit-il pas assez simplement finalement que du jugement qu’on a de soi dans la conscience qui est la nôtre et évolue… tant bien que mal ? En d’autres termes :

N’appartient-il pas à chacun, après avoir été lucide avec lui-même, de s’excuser, de se pardonner

Pour

Passer outre et continuer.