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QUI est irrationnel?

  Monnaie courante sont les amalgames dans le langage ou la pensée collective entre l’irrationnel, l’irraisonnable, l’immatériel ou l’abstrait, voire l’insensé.

  À la décharge des Saint-Thomas, matérialistes et autres sceptiques pour qui toute abstraction est apocryphe, l’irrationnel relève souvent, il est vrai, de la pensée magique ou l’attente de la solution… miracle ou du remède miracle sans qu’il n’y ait dans un cas ni dans l’autre de place pour « l’assumer. »

  Ainsi, celui qui excède à boire ou à manger compte-t-il pour recouvrer la santé, sur les remèdes prescrits par le médecin qu’il honnira s’il ne maigrit pas en grignotant des paquets de chips toute la journée, le cul devant sa télé. Et là, c’est vrai qu’il en faut un p… de miracle.

  Ainsi, prie pour trouver l’amour celui que son manque d’implication envers les autres lui interdit. Et là, c’est vrai qu’il n’y a plus que le Bon Dieu pour l’aimer.

  Ainsi coche des grilles de loto chaque semaine pour une somme non négligeable, celui qui attend que le hasard lui fasse, du ciel, tomber l’argent qu’il ne s’astreint pas à gagner. Et là, c’est vrai qu’il faut avoir les probabilités de son côté.

  Ainsi fuit la réalité en se droguant, en prenant des médicaments « absentogènes » ou des pilules de l’oubli, celui qui s’excusera d’être trop sensible, idéaliste ou romantique, voire spirituellement trop « évolué » pour prendre part à l’évolution d’un monde en souffrance. Et là, c’est vrai qu’il en faut des racines pour le replanter.

  Très « binairement » et avec souvent un infini mépris pour tous ces derniers, s’auto congratulent et s’enorgueillissent d’être rationnels à toute épreuve, ceux qui ne comptent que sur la science, eux-mêmes et la force de la preuve matérielle, pour « gérer », comme ils disent, chaque compartiment d’une existence qui ne fait rêver qu’eux… peut-être.

  Ils anticipent tout pour ne perdre le contrôle sur rien et ne vivre au final et au mieux que… ce qu’ils ont projeté et donc connaissaient déjà, verrouillant tout ce qui de l’inconnu n’est envisagé que  comme le potentiel grain de sable dans les rouages de leurs plans. Ouhlala, que non, les surprises, on n’aime pas ça.

  Et comme on ne réussit généralement pas tout, ils ne vivent que moins que leurs attentes sans rien de plus d’un inattendu proscrit. Dit comme ça, ça ne fait plus rêver qu’eux, mais pour les autres… quel ennui.

  Dans le déni un peu jaloux d’une forme d’insouciance, de légèreté, de potentiel à s’émerveiller qu’ont certains à vivre, à rêver, à aimer aussi et à faire de tout cela une priorité tout en assumant chaque choix et acte, ces grincheux et ayatollahs de la preuve par neuf, jettent l’anathème sur ces ésotériques, mystiques, romantiques ou irresponsables, immatures ou incultes, débiles ou … irrationnels.

  Irrationnels que ces « pauvres d’esprit » qui allèguent leur instinct ou intuition, leur sensibilité ou leur ressenti pour oser dire qu’ils pensent puisqu’ils sentent, là où eux ne sont forts que de la scientifique preuve, de la démonstration par l’absurde, l’absurde étant à leur yeux ce que ne dit pas l’éprouvette, au point de se punir dans l’existence des plaisirs qui n’ont pas de sens.

  Comme si seuls n’était que le concret, le solide et la matière qui pourtant remplissent le moins d’espace… ce qui est rappelons-le, est scientifiquement prouvé, et si tant est qu’il fallût une preuve pour s’en rendre compte…

  Comme si instinct et intuition n’existaient pas puisqu’immatériels, alors qu’ils ne sont que mémoires, innées ou acquises, instruites d’expérience!

  Comme si l’amour n’existait pas et ne devait pas être un critère de choix, comme si le sexe n’était, sans affection, qu’affaire de procréation, même pour ceux dont le cerveau a dépassé le reptilien.

Alors, de celui qui tout choisit en quête de preuves et le déni des sensations et sentiments, cochant une à une les cases d’un jeu de points à relier dans l’espoir d’obtenir un jour une image qui ne le déçoit pas, ou de celui qui va sa vie, s’enrichissant de l’insoupçonné pour chaque fois s’émerveiller, en essayant d’être ce qu’il aime sans modèle qu’il faille suivre,

QUI est irrationnel ?