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L’implication, le coeur du soin

Poursuivons notre exploration des principes fondamentaux : après la présence, abordons l’implication.

Une confusion fréquente consiste à assimiler l’implication au simple fait d’être dans l’action, d’agir, de faire  (souvent beaucoup de choses et en même temps). Pourtant, ces deux notions sont profondément différentes. L’implication n’est pas automatique et il n’y a pas de force ou de devoir dedans, c’est choisir d’engager son être dans ses actes, de faire ce que l’on est. Et donc ça n’est pas répondre à une attente, ni obéir, ni éviter le conflit et encore moins maintenir une paix de façade ou de faire « parce qu’il faut ». Non L’implication est d’une autre nature: celle d’un engagement sans réserve de l’être, sans calcul, sans refuge derrière un rôle. Il ne peut y avoir de demi-engagement, de la même manière que faire plusieurs choses à la fois, c’est n’en vivre aucune.

 L’implication ne réside donc pas seulement dans l’action, mais dans la qualité de présence que l’on y met, c’est mettre tout son être dans son acte.

Dans l’accompagnement thérapeutique, cette distinction est essentielle. Se cacher derrière des protocoles revient à fuir, à déléguer sa responsabilité. C’est l’engagement entier de soi qui donne au soin son intensité et sa profondeur et qui nous distingue d’opérateurs interchangeables appliquant une méthode ou un programme.

Un outil, aussi pertinent soit-il, ne remplacera jamais la présence de celui qui l’utilise.

En d’autres termes, l’implication ne relève pas d’un savoir-faire, mais d’un savoir-être : une présence pleine, une disponibilité réelle, une non compromission. Sans cela, l’action devient creuse et sans véritable portée.

Mais cet engagement soulève un autre point sur lequel beaucoup de participants achoppent. C’est le fait d’accepter d’être exposé, d’être touché, parfois bousculé. C’est renoncer à la maîtrise totale pour entrer dans une écoute qui dépasse l’intellect et engage l’ensemble de l’être et donc de faire le choix de ne pas fuir ce qui se présente, même si c’est inconfortable ou insécurisant. S’impliquer, c’est inclure le réel tel qu’il est, sans tri ni déni, c’est accepter ce qui Est, c’est être lucide, direct et sans recherche d’échappatoire. Cette implication n’a pas pour fonction de protéger, mais d’ouvrir. Ne pas le faire revient à se protéger de la vie, à chercher  à s’en anesthésier là ou ça devrait être un choix: entrer dans le mouvement ou le subir, avancer avec le courant ou être emporté par lui, car ce n’est pas le bateau qui commande la rivière.

En somme, s’impliquer, c’est accepter de se mouiller pour aller chercher quelqu’un qui se noie. À ce niveau dans notre approche, aucune économie n’est possible. Toute retenue, toute distance, toute posture de confort limite immédiatement la portée du soin là ou une implication totale ouvre à la justesse et à la pertinence.

« L’implication est l’expression de l’être. Elle est l’effacement du paraître » (Max Bernardeau)

« Elle est présence. Et à ce titre, elle est fondamentalement affective. » (Max Bernardeau)