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Crise de sens: quand continuer devient plus difficile que changer

Il existe des périodes où quelque chose se fissure silencieusement, en profondeur. Le quotidien continue, le travail aussi, parfois même avec compétence et reconnaissance et pourtant, en soi, quelque chose ne répond plus. Une fatigue particulière apparaît, pas seulement celle du corps ou du mental mais une fatigue plus profonde : celle de continuer à avancer dans une direction qui ne fait plus réellement sens.

Cette expérience, beaucoup la traversent aujourd’hui, et je l’ai traversée moi-même. Des thérapeutes, des enseignants, des personnes en reconversion, des individus qui, extérieurement, semblent avoir « une situation », mais qui intérieurement se sentent de plus en plus éloignés d’eux-mêmes.

Car nous ne construisons pas seulement nos vies à partir de choix conscients, nous les construisons aussi à partir de mémoires, de conditionnements et de représentations profondément intégrés.

Le besoin d’être reconnu.
La peur de décevoir.
L’idée qu’il faut être raisonnable.
Les fidélités familiales invisibles.
Les identités que l’on s’est construites pour être accepté, valorisé ou aimé. Etc..

En étiomédecine, ces structures peuvent être vues comme des filtres à travers lesquels nous percevons la vie, les autres et nous-mêmes. Tant que nous les habitons inconsciemment, elles orientent nos choix, nos réactions et parfois même notre manière de concevoir ce qui est « possible » pour nous. Alors nous avançons parfois durant des années dans des directions qui ne sont pas véritablement les nôtres jusqu’au moment où quelque chose, intérieurement, ne parvient plus à continuer ainsi.

Dans les métiers du soin et de l’accompagnement, cette crise peut devenir particulièrement troublante, on continue d’aider, d’écouter, d’accompagner. Les gestes sont toujours là, les techniques aussi mais quelque chose perd progressivement en saveur, ça vibre moins, ça devient fade.

Alors certaines questions émergent :

  • Quel est réellement le sens de tout cela ?
  • Suis-je encore à ma place ?
  • Que reste-t-il du soin lorsqu’il n’est plus qu’une technique ?
  • Peut-on accompagner quelqu’un lorsque l’on ne se sent plus soi-même profondément vivant dans ce que l’on fait ?

Parfois, ce n’est pas le métier qui est en cause, c’est le décalage grandissant entre ce que l’on fait et ce que l’on est profondément comme si certaines structures intérieures, longtemps suffisantes pour tenir, ne parvenaient plus à masquer cet éloignement.

Chez les personnes en reconversion, cette crise prend souvent une autre forme. Extérieurement, rien ne justifie forcément un changement, le métier est stable, parfois valorisé, il peut même avoir été choisi avec sincérité. Et pourtant, une forme d’usure apparaît.

Alors la culpabilité surgit parfois : celle de vouloir quitter quelque chose que d’autres considèrent comme enviable, raisonnable ou sécurisant. Mais beaucoup de nos choix reposent sur des constructions qui ne viennent pas toujours d’un mouvement profondément libre. Ils émergent pour la plupart de peurs anciennes, de mémoires de manque, de besoins de validation ou de conditionnements hérités.

En étiomédecine, la souffrance ne réside pas uniquement dans les événements vécus, mais aussi dans les filtres à travers lesquels nous continuons inconsciemment à nous percevoir et à percevoir l’existence. Alors certaines vies finissent par devenir étroites jusqu’au moment où continuer devient plus coûteux que changer. La reconversion n’est alors plus une fuite mais une tentative de ré alignement. Une manière de retrouver de la cohérence entre ce que l’on fait et ce que l’on sent profondément juste.

Dans ce cas la perte de sens n’est donc pas forcément un effondrement. Elle est le signe d’une transformation intérieure qui cherche à émerger, comme si certaines mémoires, certains conditionnements ou certaines représentations ne pouvaient plus continuer à organiser notre existence de la même manière. C’est le moment où certaines structures commencent à se fissurer afin de laisser apparaître quelque chose de plus libre, de plus vivant et de plus profondément aligné avec ce que nous sommes réellement.

Bien sûr, dans la fractalité de l’existence, cette dynamique dépasse largement un seul domaine de vie, les mêmes mécanismes semblent se rejouer à différents niveaux : fermeture, résistance, répétition ou au contraire ouverture et mouvement. Et c’est souvent cette capacité à se dégager progressivement de certains conditionnements pour retrouver davantage de justesse intérieure qui devient le véritable moteur de l’évolution personnelle.