Dans une société qui valorise davantage l’adaptation que la vérité intérieure, la perte de sens apparaît comme une conséquence presque inévitable. Le quotidien continue, le travail aussi, on assure, on avance, parfois même on réussit et on a « tout pour être heureux ». Mais à l’intérieur quelque chose ne suit plus. Certaines personnes ne sont pas épuisées par leur vie, mais par le fait de continuer à s’y trahir chaque jour. Il existe des réussites qui sont des abandons de soi, des vies parfaitement cohérentes vues de l’extérieur, mais qui ne résonnent plus intérieurement. C’est parfois seulement lorsque le sentiment de vide s’installe que cette réalité devient perceptible.
La crise de sens n’est pas toujours le signe que quelque chose va mal. Elle est parfois le signe que le mensonge ne tient plus.
Cette expérience, beaucoup la traversent aujourd’hui, et je l’ai traversée moi-même. Thérapeutes, praticiens de santé, personnes en reconversion ou individus qui, extérieurement, semblent avoir « une situation » se retrouvent interpellés par cette petite voix intérieure : « Est-ce vraiment cette vie-là que je veux ? ». Certaines prisons n’ont ni murs ni barreaux. Elles s’appellent normalité, sécurité ou réussite.
Nous ne construisons pas seulement nos vies à partir de choix conscients, nous les construisons aussi à partir de mémoires, de conditionnements et de représentations profondément intégrés, comme des programmes.
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- Le besoin d’être reconnu,
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- La peur de décevoir,
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- La notion de réussite,
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- L’idée qu’il faut être raisonnable,
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- La peur de manquer,
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- Les fidélités familiales invisibles,
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- La valeur travail,
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- Les identités que l’on s’est construites pour être accepté, valorisé ou aimé. Etc..
En étiomédecine, ces structures peuvent être vues comme des filtres à travers lesquels nous percevons la vie, les autres et nous-mêmes. Tant que nous les habitons inconsciemment, elles orientent nos choix, nos réactions et notre manière de concevoir ce qui est « possible ». Alors nous avançons parfois durant des années dans des directions qui ne sont pas véritablement les nôtres jusqu’au moment où l’élan s’éteint, inexorablement. Aucune existence empruntée ne peut nourrir durablement un être vivant.
Beaucoup de destins tiennent davantage à l’obéissance qu’au choix.
Dans les métiers du soin et de l’accompagnement, cette crise peut devenir particulièrement troublante. On continue d’aider, d’écouter, d’accompagner. Les gestes sont toujours là, les techniques aussi mais quelque chose perd progressivement en saveur, les élans s’affaiblissent, les couleurs se ternissent. Nos structures, longtemps suffisantes pour tenir ne parviennent plus à masquer cette dissonance intérieure.
Alors certaines questions existentielles émergent :
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- Quel est réellement le sens de tout cela ?
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- Suis-je encore à ma place ?
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- Que reste-t-il de ma vie en dehors de son côté mécanique ?
Chez les personnes en reconversion, cette crise prend souvent une autre forme. Le métier peut être stable, valorisé et avoir été choisi sincèrement. Pourtant une usure apparaît : non pas celle du travail lui-même, mais celle de devoir chaque jour s’adapter à une vie qui ne correspond plus à ce qui est juste.
Alors la culpabilité et les peurs surgissent : quelle idée de vouloir quitter quelque chose que d’autres considèrent comme enviable, raisonnable ou sécurisant ?? « Il faudrait être fou! ». Mais on peut passer toute une vie à réussir une existence qui n’était pas la nôtre. Ainsi, à mesure que le temps avance, certaines personnes ressentent un carcan s’installer, un rétrécissement progressif de leur espace intérieur, comme si les possibilités se réduisaient peu à peu.
Un choix finit alors par apparaître : continuer ainsi ou changer.
La reconversion n’est alors plus une fuite mais une tentative de réalignement et dans ce cas, la perte de sens n’est donc pas forcément un effondrement mais peut être le signe qu’une transformation intérieure cherche à émerger. Une mue intérieure nécessaire avant l’envol.
La crise de sens est la mort de l’identité construite et la naissance de soi.
Elle marque le moment où ce qui nous a longtemps permis d’avancer cesse d’être suffisant pour continuer à vivre pleinement.
Bien sûr, dans la fractalité de l’existence, cette dynamique dépasse largement un seul domaine de vie, les mêmes mécanismes semblent se rejouer à différents niveaux : fermeture, résistance, répétition ou au contraire ouverture et mouvement. Et c’est souvent cette capacité à se dégager progressivement de certains conditionnements pour retrouver davantage de justesse intérieure qui devient le véritable moteur de l’évolution personnelle. L’étiomédecine trouve naturellement sa place dans ce processus.