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Quand le soin devient pouvoir / emprise thérapeutique, jugement et posture du thérapeute

Dans la poursuite de l’exploration de nos principes fondamentaux, abordons à présent les écueils d’un soin juste. Ils sont nombreux, parfois subtils, et souvent pernicieux.

L’étiomédecine vise à libérer le patient de certaines mémoires de souffrance afin qu’il puisse percevoir la vie avec davantage de clarté. Mais le rôle du thérapeute n’est pas de lui dire ce qu’il doit penser, comprendre ou devenir. Le soin peut nettoyer les « verres déformants » à travers lesquels une personne appréhende l’existence ; il ne doit jamais remplacer son regard par celui du thérapeute.

Le soin éclaire. Il ne dirige pas.
Le soin libère. Il ne conditionne pas.

Pouvoir et soin:

Le thérapeute n’a rien à imposer : ni ses pensées, ni ses croyances, ni ses volontés. Il n’a pas à orienter subtilement le patient vers ce qu’il estime juste, sain ou souhaitable. Encore moins à envahir l’espace du soin avec ses propres interprétations ou certitudes. Dès l’instant où il cherche à conduire, convaincre ou modeler l’autre, il cesse de soigner pour commencer à exercer un pouvoir.

Dans toute relation thérapeutique, le risque d’emprise apparaît dès lors que le thérapeute cherche à orienter la conscience, les choix ou les perceptions du patient. Là où commence l’emprise, le soin s’arrête.

La posture du thérapeute face à ses propres projections:

À cela s’ajoutent les projections et les résonances propres au thérapeute, qui peuvent altérer son regard. Tant qu’un être demeure traversé par ses propres blessures, conditionnements ou mémoires de souffrance, il ne perçoit jamais totalement l’autre tel qu’il est, mais aussi à travers ce qui réagit en lui. Dès lors, quelle justesse peut-il réellement prétendre offrir ?

Le thérapeute a pour vocation d’accompagner l’émergence d’une prise de conscience, de mettre en lumière certains dysfonctionnements ou incohérences, mais sans imposer une lecture de la réalité. Chacun reste libre de comprendre à sa manière, selon son vécu, sa maturité, ses blessures et le temps nécessaire pour intégrer une expérience. Aucune conscience ne grandit durablement sous l’emprise, même lorsqu’elle se déguise en aide.

C’est souvent dans cet espace flou que naissent certaines dérives thérapeutiques : lorsque l’accompagnement cesse de soutenir l’autonomie du patient pour commencer à influencer sa manière de penser, de ressentir ou de vivre

Le jugement dans l’accompagnement thérapeutique:

Le jugement naît souvent de l’illusion que nous savons mieux que l’autre ce qu’il devrait comprendre, ressentir ou devenir. Nous observons alors son existence depuis nos propres filtres, nos propres conclusions — elles-mêmes parfois limitées ou erronées — puis nous les érigeons en vérité universelle.

Le jugement est l’expression de nos propres limites

Juger quelqu’un, c’est aussi parfois refuser son droit à l’expérience. C’est vouloir écourter son cheminement au nom de notre propre vision des choses. Or une conscience imposée de l’extérieur ne produit pas une transformation véritable ; au mieux, elle engendre de l’adaptation, au pire une forme de soumission intérieure. Par ailleurs, lorsqu’un patient en vient à chercher continuellement à l’extérieur ce qu’il devrait progressivement retrouver en lui-même, une forme de dépendance thérapeutique peut s’installer.

Une prise de conscience authentique ne peut être injectée intellectuellement. Elle doit être ressentie, vécue, traversée et chaque être possède son propre rythme d’évolution.

Certaines compréhensions nécessitent des années, parfois traversées de souffrances, d’échecs, de pertes ou de remises en question profondes avant qu’une transformation réelle puisse émerger. Vouloir intervenir dans ce processus par impatience, par volonté de sauver ou par jugement revient parfois à priver l’autre d’une part essentielle de son expérience humaine.

Le jugement est souvent une tentative de contrôle déguisée en lucidité, ou en aide…

C’est pourquoi l’étiomédecine n’a ni vocation ni légitimité à se substituer à l’expérience de vie. Car l’expérience demeure l’un des moteurs fondamentaux de l’évolution humaine.

Le jugement commence souvent là où les certitudes s’installent.
Il révèle moins une compréhension du réel que les limites que l’on n’a pas encore dépassées en soi. À l’inverse, plus un être gagne en profondeur et en maturité, plus il perçoit la complexité du vivant, l’opacité des êtres et la fragilité de ses propres vérités.

Une approche du soin fondée sur le non-jugement

La justesse thérapeutique — et peut-être humaine — naît du non-jugement : non pas dire à l’autre ce qu’il devrait comprendre, mais créer un espace suffisamment clair, stable et vivant pour qu’il puisse rencontrer sa propre vérité.

Sans emprise.
Sans dogme.
Sans jugement.

Le véritable soin ne crée ni dépendance, ni soumission, ni disciple. Il rend l’autre à lui-même

La plus grande justesse n’est peut-être pas de guider une vie, mais de ne pas la confisquer