Le raisonnement analogique n’a rien d’irrationnel
Prenons deux photographies. Sur la première, une piscine, des palmiers et le soleil ; sur la seconde, une fontaine, de la neige et des arbres nus. Toutes deux nous parlent d’eau, mais nous donnent spontanément une autre information : l’eau de la piscine nous paraît plus chaude alors qu’aucun thermomètre n’a été utilisé. Cette information vient de notre expérience : ce que nous percevons est rapproché de situations déjà rencontrées, une mémoire, une sensation. Nous ne démontrons pas, nous reconnaissons. C’est un raisonnement analogique.
Si nous voulons prouver cette différence de température, il faut changer de méthode : mesurer l’eau dans les deux cas et comparer les résultats. Nous passons alors à un raisonnement inductif ou déductif. Je mesure, j’ai des résultats, j’en tire des conclusions.
Les deux démarches peuvent aboutir à la même conclusion, mais par des voies différentes : l’une reconnaît à partir de l’expérience, l’autre établit par la mesure. Ni l’une ni l’autre n’est, en soi, plus rationnelle ou plus irrationnelle : elles relèvent simplement de modes de raisonnement différents.
Pour envoyer une fusée Ariane dans l’espace, il faut mesurer, calculer et démontrer. Pour vivre, heureusement, nous n’avons pas besoin de tout mesurer. Nous ne sortons pas un appareil pour savoir qu’une voix est en colère ou qu’une pièce est sous tension. Nous le percevons immédiatement. Pourquoi ? Parce que notre cerveau reconnaît en permanence des configurations déjà rencontrées et relie entre elles des informations multiples en une fraction de seconde. Cette capacité à reconnaître avant même de démontrer est l’un des fondements de notre adaptation au monde.
La confusion commence lorsqu’on exige de deux formes de raisonnement différentes qu’elles produisent le même type de preuve. Un raisonnement analogique n’est pas une mesure, mais il n’est pas pour autant irrationnel. Une correspondance perçue une seule fois reste une hypothèse ; lorsqu’elle est retrouvée, confrontée et éprouvée à de nombreuses reprises, elle peut devenir une information suffisamment stable pour s’installer petit à petit comme une référence fiable (tout en gardant à l’esprit qu’il y à toujours des exceptions).
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Du sensible à l’étiomédecine : percevoir, rapprocher, tester
Combien de bergers, de marins ou de paysans savent anticiper un changement de temps, reconnaître une terre favorable ou pressentir l’évolution d’un milieu simplement en observant leur environnement : le ciel, le vent, les mousses, l’humidité du sol, le ruissellement, le comportement des animaux ? Leur savoir ne repose pas nécessairement sur une mesure instrumentale à chaque instant. Il s’est constitué par l’accumulation d’expériences, de comparaisons et de régularités progressivement intégrées. Leur expérience devient en quelque sorte une éprouvette sensorielle, un tamis à travers lequel passent les informations avant qu’une conclusion ne s’impose et ce bien avant qu’une série de mesures ne soit réalisée.
C’est aussi pour cette raison que la pratique de l’étiomédecine demande de rester dans le sensible. Au-delà de l’intégration des expériences, c’est notre capacité à reconnaître, à relier et à « com-prendre » (prendre avec) qui permet de capter une personne dans ce qu’elle exprime, y compris lorsque tout ne peut être immédiatement formulé ou objectivé.
Il ne s’agit pas de rejeter la mesure ni la preuve, mais de ne pas réduire le réel à ce qui est uniquement mesurable. Une démarche scientiste commencerait précisément là : en réduisant le réel à ce qui est mesurable, comme si ce qui échappe à la mesure n’existait pas (voir l’article dédié).
Ainsi, prétendre invalider l’étiomédecine au seul motif qu’elle ne se laisse pas « prouver » par la mesure revient à lui appliquer un mode de validation qui ne correspond pas à la nature de son raisonnement.
On ne peut exiger une preuve inductive d’une démarche qui ne relève pas de l’induction, aussi arrêtons cela.
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Une démarche rationnelle, à distinguer de la croyance et de l’ésotérisme
C’est précisément ainsi que se conçoit l’étiomédecine en tant que système de soin. L’analogie permet de mettre des informations en relation, mais les hypothèses ont été confrontées aux réponses données par les tests, puis conservées, modifiées ou abandonnées en fonction de ce qui était retrouvé. Ce qui importe n’est pas que l’hypothèse soit séduisante, mais qu’elle résiste à sa confrontation répétée avec le réel.
C’est là que se situe la différence fondamentale avec un système de croyances. Celui-ci construit d’abord une représentation du monde puis interprète ce qu’il rencontre pour la confirmer. La démarche de l’étiomédecine revendique le mouvement inverse : émettre une hypothèse, la tester, observer la réponse et corriger l’hypothèse lorsqu’elle est contredite. Son principe peut donc se résumer simplement : percevoir, rapprocher, tester, conserver ce qui se retrouve et abandonner ce qui ne se retrouve pas.
Ainsi, l’étiomédecine n’a rien à faire dans des milieux ésotériques ni à être associée à des salons mêlant médecine quantique (soi disant), magie ou radiesthésie. Ce type de rapprochement constitue une dérive à laquelle je ne souscris pas, et à laquelle la formation que je propose ne peut en aucun cas être assimilée.
L’étiomédecine se présente au contraire comme une démarche rationnelle de décodage et de prise en charge des manifestations psychosomatiques, construite à partir d’un très grand nombre d’observations, de confrontations et de tests répétés par son créateur, Jean-Louis Brinette, puis poursuivis par ses successeurs. Elle entend s’appuyer non sur des croyances ou des explications ésotériques, mais sur une pratique structurée, reproductible dans son cadre propre, et continuellement confrontée à l’expérience.
Son élaboration repose sur le travail conjoint du bon sens, de l’observation et de l’intégration d’informations retrouvées et objectivées à de très nombreuses reprises. La démarche qui a présidé à sa création, et qui doit continuer à la guider, est une démarche scientifique au sens méthodologique du terme, et non scientiste : formuler des hypothèses, les confronter aux réponses obtenues, puis faire évoluer l’outil en fonction de ces réponses plutôt que chercher à confirmer coûte que coûte l’idée de départ.
L’étiomédecine s’est ainsi construite à partir de la lecture de ces tests, y compris lorsque leurs résultats venaient contredire les hypothèses initialement formulées. C’est précisément ce refus de forcer les résultats, d’inventer une réalité qui arrangerait la théorie ou de maintenir artificiellement une hypothèse infirmée qui fonde sa cohérence interne. L’étiomédecine ne cherche pas à faire entrer le réel dans un système préconçu : elle cherche au contraire à ajuster son système à ce que les tests et le réel font apparaître.
C’est en cela qu’elle revendique une démarche rationnelle. Elle ne repose ni sur la croyance, ni sur le mystère, ni sur l’adhésion à un univers invisible construit à l’avance, mais sur une volonté de rester cohérente avec l’information telle qu’elle se manifeste au cours du test.
Autrement dit, l’étiomédecine fonctionne dans la mesure où elle ne triche pas avec ce qu’elle observe, ne s’invente pas un monde et accepte de modifier ses propres hypothèses lorsque les réponses obtenues l’y obligent. Si elle fonctionne si bien, c’est justement car elle sait répondre au réel tel qu’il Est, elle n’a ni idéologie, ni croyance.
Elle est une démarche rationnelle, qu’il n’est ni possible de mettre en éprouvette, ni assimilable à des univers mystico-ésotériques.