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Comment, Pourquoi, les questions inutiles

Le besoin d’expliquer

Nous croyons volontiers que comprendre les causes de notre souffrance nous permettra de nous en libérer. Cette idée est largement admise, mais pas nécessairement vraie.

Face à la souffrance, nous cherchons spontanément des causes. Nous voulons savoir d’où elle vient, comment elle est née et pourquoi elle persiste. Une démarche pertinente pour résoudre une panne de moteur ou une fuite d’eau, beaucoup moins évidente lorsqu’il s’agit de la vie psycho-affective. Et pourtant, combien de patients sont convaincus que comprendre pourquoi ils fonctionnent ainsi suffirait à mettre fin à leur mal-être ? Cette conviction revient presque quotidiennement dans la bouche des patients.

Commence alors une descente dans le terrier du lapin. Considérée comme une étape essentielle du processus de guérison, cette quête conduit à explorer son histoire, ses relations familiales, ses traumatismes ou encore ses mécanismes inconscients, une quête sans fin. Cette exploration nourrit souvent une impression de maîtrise : tout semble plus cohérent, plus intelligible et parfois permet un soulagement temporaire. Mais la souffrance, elle, ne disparaît pas pour autant.

C’est là une confusion fondamentale trop répandue : l’explication n’est pas la guérison.

Pourquoi l’explication ne suffit pas 

Lorsqu’un sachet de tisane reste plongé dans une tasse d’eau chaude, ses substances diffusent progressivement jusqu’à imprégner toute l’eau. Une fois le sachet retiré, l’imprégnation demeure. Nos souffrances, nos peurs ou nos conditionnements fonctionnent de la même manière. Des événements passés ont pu laisser une empreinte durable en nous. Mais une fois cette empreinte installée, continuer à incriminer le « sachet » ne change rien à ce qui est déjà présent. Chercher indéfiniment comment ou pourquoi il est arrivé là ne modifie pas non plus l’état de l’eau.

Toute l’attention reste tournée vers le sachet alors que le problème est désormais dans l’eau.

Il en va souvent de même avec la souffrance psychique. Une personne peut connaître l’origine de son anxiété, de sa peur du rejet ou de sa colère sans que cela ne change quoi que ce soit. Il n’est pas rare de voir des patients raconter leur histoire avec précision tout en continuant à reproduire les mêmes schémas.

Savoir d’où vient la flèche ne l’arrache pas de la chair.

L’impasse de l’analyse

Certaines personnes passent dix, quinze ou vingt ans à chercher pourquoi elles souffrent. Elles explorent leur passé, analysent leurs blessures et finissent parfois par posséder une explication détaillée de chacun de leurs symptômes. Pourtant, lorsque l’on regarde le résultat, une question s’impose : qu’est-ce qui a réellement changé ? Si le problème est toujours là après vingt ans d’analyse, c’est peut-être que ce n’était pas la solution.

La personne construit progressivement un récit de plus en plus élaboré autour de ce qu’elle vit. Ce récit peut devenir cohérent, sophistiqué et même juste, mais il demeure centré sur la souffrance. Au lieu de la dissoudre, il lui donne des points d’ancrage.

À force de raconter une blessure, on l’empêche de cicatriser.

Cette quête révèle souvent notre difficulté à accepter ce qui est. Lorsque survient une épreuve, la question « pourquoi ? » n’est pas seulement une recherche de vérité. Elle est aussi une manière de négocier avec la réalité.

Nous imaginons qu’en trouvant enfin la bonne explication, quelque chose s’apaisera, que l’événement deviendra plus acceptable ou moins douloureux. Mais cette réponse fait parfois défaut et, même lorsqu’elle existe, elle ne met pas fin à la souffrance.

Une fois celle ci installée, la question essentielle n’est plus de savoir d’où elle vient, mais ce qui continue à la maintenir. Un travail thérapeutique pertinent consiste alors moins à expliquer qu’à permettre de lâcher ce qui reste inscrit. C’est là que réside l’essentiel !

D’ailleurs, un indice en témoigne : lorsque le symptôme disparaît réellement, il cesse presque toujours d’occuper les pensées. Ce qui semblait central devient simplement… du passé.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’étiomédecine. Elle ne cherche pas à enrichir le récit du problème, mais à permettre la libération des informations, conditionnements ou tensions émotionnelles qui imprègnent le système. C’est sur la présence empathique du thérapeute que le patient peut s’appuyer pour se sentir com-pris, au sens littéral : pris avec. Il ne s’agit pas d’une compréhension intellectuelle, mais d’une compréhension affective. Le travail du thérapeute est d’accompagner le patient dans la traversée de sa souffrance afin que celle-ci se dissolve sans chercher à l’expliquer, à la justifier ou à la commenter. L’affectif est le seul support à travers le patient peut réellement lâcher.

On ne peut résoudre par le mental ce qui relève de l’affectif.

La souffrance n’aspire qu’à être partagée.