Attracteurs étranges
Les attracteurs étranges sont un ensemble d’états vers lequel évoluent de façon irréversible des systèmes dynamiques en l’absence de perturbations.
Bon, ça c’est la déf classique. Beaucoup ont écrit plus savamment et mieux que moi sur le sujet et mon propos n’est pas de disserter plus bêtement qu’eux ; il suffit de chercher sur le web pour risquer la surinformation.
Juste à titre exemple et pour savoir où nous entraîne notre dynamique en l’absence de toute perturbation, disons que l’une des premières applications pratiques de cette étude corollaire de la théorie du chaos fut dans le domaine de la météo (attracteur de Lorenz) à la recherche de la prévision.
Une rivière est l’attracteur des eaux de pluie qui ruisselant en montagne, vont se regrouper pour offrir le terrain de jeu de quelques truites arc-en-ciel ou fario, de quelques saumons sauvages dont l’attracteur étrange sera la fumaison… en l’absence de toute perturbation que pourrait être une nouvelle mode culinaire.
Les applications deviennent alors évidentes pour projeter les évolutions de dynamiques dans tous les domaines, économique, sociologique, démographique etc sans que ce ne soit que du « pif » ou de l’intuitif.
Encore une fois, ceci n’est que pour poser le décor et je ne suis pas compétent pour disserter davantage sur le sujet avec pertinence. Le ferais-je que je changerais l’orthographe de compétent.
Par contre, les attracteurs étranges qui concernent notre travail d’humains et thérapeutes sont l’ensemble d’états vers lequel évolue de façon irréversible l’humanité en l’absence de toute mutation de ses débiles fonctionnements. En un mot, sa fin.
Les « visionnaires » ne font-ils autre chose que « lire » des attracteurs étranges, une voyante… ? Orwell, au vu des informations d’aujourd’hui qui n’étaient pas hier, était-il en deçà de la vérité dans son roman ? C’est à craindre.
Bien sûr, on peut se poser la question de savoir si l’Homme a à être bon ou seulement à Être ?
S’il doit donner le bien ou s’il doit se donner tel qu’il est, sans posture, donc à donner vraiment ? Histoire redonner aussi par ses travers, matière à l’émergence de la Conscience. Au moins, ça justifierait un peu les choses, voire donnerait « bonne » conscience à certains… mais pas aux bons.
Bien sûr que les intérêts même vertueux ne seront jamais les mêmes pour tous en même temps, du moins en apparence de la vision à court terme, et l’attracteur étrange de l’angélisme ne serait sans doute qu’un monde d’ésotériques éthérés (pléonasme?) dans le déni de réalité.
Mais quand même, l’humanité exagère un peu là, non ?
Le terme « étrange » définit un ordre où attraction et mélange évoluent vers une tendance de type chaos déterministe qui n’a rien de linéaire ou d’absolu.
Les moteurs des comportements sociétaux ne dessinent que trop clairement l’évolution dynamique de l’humanité si rien ne vient perturber heureusement son fonctionnement.
La folie est l’attracteur étrange du pouvoir (le génie aussi souvent.) Cela commence par la volonté de prise de pouvoir sur autrui, quel qu’en soit le motif, pour évoluer vers la crainte qu’il suscite, les fausses amitiés ou amours feints que cette dernière engendre, l’isolement affectif, la mégalomanie, etc jusqu’à la folie. Peu ou prou, à quelques gouttelettes exclues du flot par une force centrifuge « hasardement » salvatrice, le flux sera celui d’un torrent de guerre, de mythomanie, de connerie comme on en peut plus de supporter les exemples à quelque niveau que ce soit, des grands décideurs de ce monde aux hommes de petits pouvoirs que leur octroient leurs fonctions jusqu’aux tyrans domestiques qui exercent chez eux le pouvoir qu’ils subissent ailleurs.
La xénophobie est l’attracteur étrange de la peur.
L’isolement est l’attracteur étrange du mensonge, de la posture.
Le vide affectif est l’attracteur étrange du fonctionnement par intérêt et de la pensée froide.
La religiosité est l’attracteur étrange du manque de foi. Là où les athées donnent gratuitement puisque sans la peur du gendarme spirituel ou de l’infernal châtiment.
Mais aussi :
La maladie est l’attracteur étrange du mal à dire.
Le diabète est l’attracteur étrange d’une mauvaise du sucre.
L’Hypertension etc.
L’inertie est l’attracteur étrange de celui qui ne suit que des recettes et ne crée pas.
L’imbécillité est l’attracteur étrange de celui qui refuse de penser avec son cœur (Dr JL Binette.)
Le panurgisme est l’attracteur étrange des crédules. En gros, tous ceux qui font leur pensée au travers des médias et pouvoirs.
L’orgueil est l’attracteur étrange de l’absence de foi.
L’antagonisme (et donc la guerre) est l’attracteur étrange de l’absolu. Bon ça se complique un peu c’est vrai mais rien d’incompréhensible.
Le suicide lui-même peut être l’attracteur étrange du constat de la condition humaine. À moins qu’un élan d’amour ne soit l’élément heureusement perturbateur de la dynamique du commerce humain, mais comment éprouver de l’amour pour quelque chose qui n’en rayonne pas ? Nombreux sont ceux qui prônent la Beauté de l’âme humaine mais la « vibration » de leur expression laisse à penser que plus qu’ils ne le pensent vraiment, ils veulent surtout qu’on pense d’eux qu’ils sont ce dont ils parlent. L’autre « perturbation » serait peut-être face « au constat lucide d’un cœur sensible sur la société » comme le dit ou le cite S. Tesson, de « se retirer », mais si ce n’est la première solution, reste l’ermitage. À défaut on est dedans.
(Bref, on peut à l’envi continuer mais l’évidence apparaît quand on a compris le système. Pas besoin d’être grand clerc, voyant ou psy pour lire la trajectoire de quelqu’un qui va dans mur sans changer de direction.)
On est dedans, dans un système ou chacun même parlant d’amour, fonctionne selon les paradigmes de la nécessité, du besoin, de l’argent qu’il faut bien gagner et des moyens pour l’obtenir. L’idée n’est pas de payer le prix juste ou de faire bien mais de trouver « à tout prix » le comment pour le plus.
À force de mensonge, de manipulation, de stratagèmes, chacun se méfiant de plus en plus de l’autre, ferme son affectif a priori, développe son égoïsme, s’isole dans des illusions de cellules restreintes où il s’imagine à l’abri. Bref,
l’humain tue l’Homme en tuant l’affectif.
Qu’ai-je à craindre de l’autre que je serais moi-même capable de faire ?
Bon rien de nouveau à l’horizon ! Mais c’est justement ça le problème ! Aucune perturbation à l’horizon qui permette d’envisager autre chose que la destruction de l’Humanité par l’Homme.
Pas même de muter l’antagonisme en contradiction, ce qui serait déjà un espoir naissant.
À rien ne sert de jouer les donneurs de leçons et conspuer les humains par des marches, défilés, meetings sur un sujet ou un autre, de la place des femmes, au droit des animaux ou au réchauffement climatique puisque chacun de ces « éveilleurs de conscience » autoproclamés d’un absolu sur l’un quelconque de ces sujets sera une cible sur un autre.
Il suffirait à chacun de faire le constat pour lui-même de ses errements pour redonner au travers de ce qu’il Est les mutations qu’il en ferait. Ce serait la seule possibilité de fractale ascendante envisageable pour évoluer. En d’autres termes, « Charité bien ordonnée commence par soi-même » ? ou encore « Que chacun se mêle de son c… », cette dernière phrase dans le sens positif de la chose bien sûr. (on peut évidemment lui faire dire le contraire en manipulant les arguments.)
On peut bien sûr rêver de ce que serait une société « soumise » aux attracteurs étranges gentillesse, respect, vérité, honnêteté, fiabilité etc. Mais si ces « perturbations » étaient envisagées par suffisamment des bonnes personnes, la dynamique actuelle ne serait pas irréversible comme elle semble l’être au même titre que ledit réchauffement.
C’est Walt Whitman qui au XIXe siècle écrivait : « Je n’ai rien à faire avec cette société, pas même assez pour m’y opposer. »
