Le Néo Cortex Lévogyre
ou
Il n’y a pas d’intelligence sans créativité
La notion de néo cortex se réfère au développement ultime du cerveau humain et définit le stade où ledit humain, fort de ses réflexes reptiliens de survie, puis d’une consciente naissante mais batracienne, riche d’une aptitude mammifère à s’émouvoir et à apprendre de ses expériences, se révèle enfin apte à créer ses solutions à partir de ses acquis ou… indépendamment de ses acquis !
– Lévogyre exprime la justesse de ces solutions par opposition à la tentante tricherie que suggère le côté dextrogyre de la force, dualité oblige. Le lévogyre exprimera la pensée spirituellement et affectivement juste tandis le dextrogyre sera l’émergence de la perversion assumée ou cachée (voir mon texte précédent sur la sapiosociabilité.) Le dextrogyre est porté par des vecteurs qu’on résumera au nombre de 4 qui incluent toutes les motivations perverses: L’argent comme finalité, la pensée « froide » qui justifie par une argumentation linéaire ce qui est affectivement inacceptable, la séduction (qui au contraire du charme inclut une volonté, donc une manipulation) et le décalage entre Être et Paraître, pour mieux tromper son monde (parfois soi-même.)
Dualité oblige mais conscience individuelle et contextuelle de l’ici et maintenant également.
S’il est dextrogyre de penser qu’il est une solution de voler à autrui pour pallier son manque d’argent, il est lévogyre de trouver une solution juste et honnête de mériter un argent « propre » pour autant qu’il puisse l’être dans la mesure où l’humain l’a « dextrogyrisé » en en faisant une finalité, le nerf de la guerre, un diable qui ne se cache même pas.
Le Robin des Bois de la légende était-il dextrogyre ou lévogyre de voler aux riches, et surtout méchants, pour distribuer aux pauvres qui eux-mêmes n’avaient guère de solution lévogyre pour gagner de quoi ne pas crever de faim. Est-il dextrogyre de voler aux voleurs ou de mentir aux menteurs ou seulement de la connerie de ne pas le faire ? Bref.
– Pour ce qui est de la création de ses solutions, les recettes toute faites ne sont pas là pour aider, lors même qu’elles ont pour but affiché de solutionner pour les autres.
La recette « apprise par cœur » (que cette expression est nulle dans son acception actuelle quand on y pense) n’est qu’une « Conduite À Tenir » aveugle quand elle est appliquée indépendamment du contexte spatio-temporel de l’évènement.
Et elle est le miroir de ceux qui l’appliquent ainsi, quelque soit la complexité de cette recette. Car ce n’est pas le scientisme de la recette ni l’aptitude à l’appliquer qui font l’intelligence ! Tout au plus peut-on parler d’une aisance intellectuelle à assimiler les acquis, même si le niveau d’application de certains de la théorie à la pratique est parfois impressionnant et peut être considéré comme un des fondements de l’intelligence ; insuffisant toutefois pour justifier la place qu’on lui accorde dans l’évaluation qui en faite par ceux qui l’étalonnent à l’aune de leurs limites de créativité.
Beaucoup de gens sont capables d’apprendre des recettes même compliquées, de faire des études même complexes pourvu qu’ils soient courageux. Il « suffit » d’apprendre les cours, parfois pour quelques-unes plus pointues que d’autres, de savoir faire des exercices d’application, de reconnaître en maths le contexte dans lequel un théorème est applicable etc. Rien de « génial » non plus.
Mais une frange assez nombreuse de la population, tout en n’étant pas la majorité, s’y reconnaissant dans un entre-soi qui lui donne l’illusion d’appartenir à une intelligentsia motrice d’évolution de la société, elle a défini en son sein la notion d’intelligence. Mais plus que d’intelligence, il s’agit de formatage et d’un plafond de verre sur lequel nous reviendrons plus loin.
J’évoque parfois cette blague de mon père… et ses copains qu’ils aimaient faire sur le dos des médecins (dont ils jalousaient peut-être un peu l’admiration qu’ils suscitaient auprès de ceux qui, surtout, auraient trop peur de ne pas les trouver en cas de besoin?) : « Pour être médecin, pas besoin d’être intelligent, il suffit d’apprendre par cœur, pour être ingénieur il fallait comprendre pour ne serait-ce que passer d’un jour à l’autre du parcours »; évidemment mon père et ses potes étaient tous ingénieurs de grandes écoles. Mais soyons honnêtes, bon nombre des lauréats de ces études auraient pu parvenir au terme des autres avec succès… et la plupart des matheux sont loin, dans leur structure, d’être les plus à même de créer… du moins jusqu’à certain niveau où le génie donne à quelques-uns une ouverture à un autre plan qui confine à la création, à l’analogie : maths et musique par exemple sont sœurs à un certain niveau.
Le cliché a vécu mais n’est-il pas le dernier argument quand il n’y en a plus d’autre contre le fait qu’il n’y a pas de fumée sans feu ? C’est souvent tellement vrai quand on évoque le cliché.
Les médecins ne sont présents dans ce texte qu’à titre d’exemple et aucunement l’objet d’une vindicte personnelle, il faut bien qu’il y en ait même si l’irresponsabilité individuelle et collective en accroît le besoin bien au-delà de ce qu’une humanité consciente et responsable nécessiterait (mais la grande majorité aujourd’hui encore considèrent que la prise d’un médicament qui gère à leur place une pathologie les dispensent de se remettre en question quant à leur rôle et leurs possibles solutions même partielles dans ce qu’ils considèrent comme une fatalité ou une injustice, en toute immaturité voire inintelligence primaire et reptilienne.)
Le sujet réel de l’illusion de l’intelligence touche toutes les corporations, hélas souvent les corporatismes, qui est celui du savoir confondu avec la Connaissance, des « sachants » pris pour la lumière à l’instar d’éclats de verre reflétant le soleil, des enseignants assimilés au savoir parce qu’ils enseignent… dans les limites de ce qu’ils ont appris de la même façon, des scientistes considérés comme compétents quand ils assènent des vérités en refusant l’incertitude, parce qu’ils disent savoir et que ce qu’ils ne savent pas n’existe pas, des intellectuels qui se croient intelligents de par un réductionnisme de confort de la pensée, des gens de pouvoir qui n’existent que dans la mesure où ils font de toutes ces illusions culturelles un plafond de verre sous lequel « la masse » mange son pain et savoure ses jeux à l’abri du « savoir » de ces « maîtres verriers » qui eux-mêmes crédules ou convaincus représentent cette « moyenne supérieure » de l’humanité qui trouve la vie belle, vécue dans leur entre-soi. Cette couche supérieure de la moyenne où se côtoient tous ceux, agents constituants de ce plafond de verre au service des « dirigences », qui croient être les éducateurs de la « masse populaire » en n’imaginant pas une seconde qu’ils sont cette masse aux yeux de ceux qu’ils servent, comme des geôliers de prisons de la pensée (à défaut de la Santé.) Une simple lecture fractale permet de vite perdre l’illusion de vivre dans des plans qu’on croit maîtriser sans la conscience de ceux dans lesquels on est inclus.
Mais la compilation sans cesse densifiée des informations ne constitue pas l’intelligence… où l’I.A. ne sera toujours « que » plus rapide que l’humain à tirer les conclusions de toutes ces interactions. Si c’est en effet là qu’on la cherche, l’humain n’est pas loin de sa fin.
Quelqu’un me demandait récemment ce que je pensais d’une étude posant que l’artiste (le vrai bien sûr) était plus intelligent que le scientifique.
Toute notion posée d’évitement des amalgames (comme pour les clichés) , il est une évidence que bien plus rares que les Bac + 5 ou 10 sont les vrais artistes qui eux crèvent le plafond de verre pour accéder à la création. Mais crever ce plafond de verre pour des scientifiques n’en fait-il pas des artistes ?
L’humilité et une certaine vacuité sont des conditions nécessaires sinon suffisantes pour s’ouvrir à des informations dont la légèreté du non Manifesté (Yang?) leur permet de traverser ce plafond de verre, à moins que ce ne soit cela qui permette aux récipiendaires de ces élans créatifs de les élever au-delà de ce plafond. Sans doute les deux ! Ou peut-être que pour certains à partir d’un instant donné ce plafond n’existe tout simplement plus ou n’a jamais existé.
Ainsi le vrai scientifique, tellement conscient de ce qui le dépasse justement parce qu’il a cette clairvoyance de ce qui est au-dessus de ce plafond de verre, sait dire « Je ne sais pas »… mais a, grâce à cela, des chances de trouver là où le scientiste n’écrira au mieux que des conclusions de ce qui est déjà posé et ne sera jamais « que » le scribe acariâtre du génie, inconscient même des limites de sa conscience.
À cet égard, le scientifique est aussi un artiste !
Ainsi à titre d’autre exemple, un médecin génial (vraiment ! pas un joueur de foot qui tape bien dans un ballon, par contre créateur de l’étiomédecine pour le bien d’une humanité qui préfère s’extasier pour des jeux et des plaisirs) que j’ai connu, était d’une humilité confondante au point de rendre honteux de s’être crus savants ceux qui réalisaient leur indigence à son côté. Il était aussi le seul (à peu de choses près) que je n’ai JAMAIS entendu éprouver le besoin irrépressible de placer dans la première minute d’une conversation avec qui que ce soit sur quoi que ce soit, qu’il était médecin, pas plus dans la première minute qu’après d’ailleurs : symptomatique, pour rester dans le jargon.
Lui aussi fut aussi un créateur… et un artiste.
Quand j’écris que l’étiomédecine est un art…
Confondre intellect avec intelligence, c’est confondre savoir avec Connaissance.
Bachoter l’acquis n’est pas créer, ne fût-ce que la dimension individuelle de la création qui consiste à créer ses solutions dans la gestion de sa vie même si ces créations n’en sont que pour l’individu concerné à défaut de l’être pour l’Humanité.
Certains « érudits éveilleurs de conscience des plateaux télé » qui veulent expliquer la vie aux autres, savent se servir d’un fil à couper le beurre mais ne l’auraient jamais inventé, un vieux chevrier de ma connaissance qui n’est jamais à l’école, si !
À quoi sert de connaître des paroles de chansons par cœur ou de répondre à des quiz sans finalité autre que d’occuper des temps de cerveau disponible pendant lesquels tous ceux qui le consacrent à ces futilités ne « penseront » pas ? Sans parler des divertissements et autres retransmissions sportives qui couvrent quasiment tous les jours de l’année tous sports confondus.
Encore une fois, que deviendraient les politiques si les gens étaient des penseurs libres avec le temps qu’il faut pour le faire ?
En parlant de sport et pour ne pas alimenter ceux qui crieront au cliché une fois de plus, la création n’en est pas exclue. Quand des générations de sauteurs en hauteur se sont escrimés à gagner un centimètre à partir de la même technique, un monsieur Dick Fosbury a créé une nouvelle façon de sauter, même si c’est son corps qui l’a poussé à cette création, cela n’en restât pas moins une création pour lui qui en fut une ensuite pour tous les sauteurs jusqu’à ce qu’elle devienne une technique que d’autres ont suivi comme une recette, n’étant donc plus pour eux de la création.
Et oui c’est toujours la même chose, une recette n’est la création que de celui qui l’a « inventée » mais devient recette pour tous ceux qui la suivent ensuite, les enfermant dans la recette, plafond de verre de la création.
Ce qui ne serait pas le cas d’un qui ébaucherait cette même recette sans avoir eu connaissance de l’originale ; celui-ci serait aussi dans la création, redécouvrant par lui-même à partir de données originales ou d’acquis antérieurs qu’il aurait regroupés pour y explorer de nouvelles interfaces.
Celui qui s’applique à ne reproduire que des « Conduites À Tenir » dans des situations préalablement définies est au mieux un bon exécutant mais ne créera jamais comme celui qui fort de ses acquis se laissera porter par un contexte qui fera émerger en lui la solution la meilleure dite parfois instinctive, qu’il n’avait jamais apprise ; il n’est qu’ouvert et… présent à un évènement au lieu d’être absent… dans la théorie qui décrit l’évènement et sa recette pour le gérer.
Il faut bien comprendre que toutes les informations existant déjà potentiellement (théorie du chaos, par exemple) personne n’invente rien qui n’est déjà là à l’état d’informations ; il n’est que des gens ouverts à un moment à certaines d’entre elles. D’où la nécessaire vacuité, ou dimension de contemplation active là où il ne « faudrait » surtout pas laisser aux individus le moindre espace de liberté de pensée.
Tant de gens dans l’angoisse de l’instant inoccupé courent après le temps et ne sont que des pulsars dans un cosmos improductif où n’émerge rien dans leur « inertie affairée » (M. Foucault.)
