L’étio est un art 2
ou
L’étio selon Gauguin
« L’artiste (s’il veut réellement faire œuvre créatrice et divine) ne doit pas copier la nature mais prendre les éléments de la nature et créer un nouvel élément. » Entre autres dizaines de citations dont celle-ci exprime la « substantifique moelle. »
À ce titre sans doute l’étiomédecine n’est-elle pas accessible à tous, pas plus patients que thérapeutes ou curieux s’intéressant à la notion de soin, thérapie, développement personnel et j’en passe. Assurément l’étio n’est pas accessible à tous ceux qui cherchent dans les recettes toute faites le confort et la sécurité de pensées rassurantes non du fait de leur véracité mais de leur tendance à regrouper le plus grand nombre autour de consensus acceptables.
Donc c’est dit, l’étio hors le niveau basique qu’en est la prime initiation, tout comme l’Art, s’adresse davantage aux mêmes que ceux à qui parle l’Art. Mais peut quand même faire évoluer les plus frustes pour peu que ces derniers acceptent de se laisser toucher dans leur sensibilité, c’est-à-dire au-delà de leur rassurante aptitude (ou limite) à tout expliquer ou justifier ; de se laisser toucher par ce qu’ils peuvent, comme dans l’Art aussi, laisser les surprendre avant que d’en faire une analyse mentale ou y faire obstacle au nom de l’antagonisme avec des barrières culturelles. « L’origine du monde » sera pour certains une ode à la vie et pour d’autres pure pornographie ; oui je sais, les pauvres ; doivent pas se marrer tous les jours.
Il est toujours « amusant » (en fait ça ne m’amusait pas à l’époque) d’entendre et voir ces gens qui vous demandent de leur « expliquer l’étio » avec cet air entendu parfois condescendant (ou en deux mots) qu’ils prennent ensuite pour dire que « c’est intéressant. » Piégé comme tous au début de mon parcours, quelle n’était pas ma déception en constatant qu’à l’évidence, plus il fallait « expliquer », plus les gens cherchaient à fuir la conversation qu’ils avaient provoquée pour meubler un trou temporel de 5 minutes avant qu’un apéro soit servi.
En fait l’étio ne s’expliquait pas ! Et ceux qui « captaient » l’essence de l’étio s’inscrivaient dans l’expérience avant que n’ayez fini la première phrase de présentation, les autres jamais.
Aujourd’hui encore, mais je m’en amuse désormais, je n’attends surtout pas de ceux qui prennent ces airs de bobos initiés pour me dire qu’ils savent de quoi je parle (déjà?), qu’ils prennent le risque de s’ouvrir à l’expérience ; ceux qui le font ne font pas de chichi.
Ils sont tellement posturaux ces gens qui s’appuient sur ma réponse en 10 secondes (surtout pas plus) quand ils demandent ce que je fais, pour afficher un demi sourire suggérant qu’ils ont déjà fait le tour de la question depuis belle lurette, intelligents qu’ils se croient de par une démarche supposément intellectuelle au-delà de la pensée plébéienne ; C’est fou le nombre de gens qui se sachant « moyens » pour n’être que normaux, tiennent à sinscrire dans la moyenne « haute » de la courbe de Gauss de l’évolution : généralement les intellectuels et les snobs.
Les rares qui sont d’ailleurs passé à l’acte d’un soin en étio ont depuis eu largement le temps de prouver sans le vouloir qu’ils n’avaient strictement rien compris et qu’ils étaient finalement bien en-deçà de tellement de gens « simples » à leurs yeux qui parlent un langage vrai, celui qui traduit ce qu’ils ressentent ; encore faut-il ressentir à peine de prononcer des mots plutôt que d’être dans le Verbe, d’être dans le plat plutôt que dans l’exprimé.
C’est comme tous ces politiques qui débattent de solutions symptomatiques, ces médecins qui vendent des bouquins de recettes pour pallier des effets constatés sans chercher de solution à ce qui les a produits, parfois en teasant les naïfs par le nouveau nom affiché comme une découverte scientifique, de ce qui est connu depuis longtemps voire la nuit des temps (récemment encore sur les troubles de l’attention ou comment se faire des ronds sur la naïveté.)
C’est comme tous ces gens qui visitent, et surtout le font savoir, régulièrement les musées, laissant à penser qu’à défaut d’être doués pour peindre, sculpter, écrire, improviser ou quoi que ce soit, du moins sont-ils des artistes quelque part dans l’âme.
Mais des artistes qui veulent, surtout pour ne pas paraître idiots voire paraître intellectuels de l’Art ou méta-initiés, ne pas manquer de chercher « un sens » à une œuvre. Sans se rendre compte qu’à l’instant même où ils se la jouent en interprétant ou croyant « instruire » le profane de leurs fumeuses théories de préférence alambiquées, ils s’affichent sur le front une pancarte de beauf aux yeux des véritables artistes.
« Qu’as-tu voulu exprimer ? » demande le gogol qui ne vibre pas à l’artiste qui n’a pas d’explication à fournir puisque lui-même dans l’abstraction s’est laissé interpeler par ce qu’il était au fur et à mesure en train de poser ou composer, qui lui dictait la suite chemin faisant. L’œuvre n’appartenant à son créateur que le temps de sa création pour être ensuite à chacun selon sa résonance, quitte à ce qu’elle ne résonne pas parfois. L’artiste ayant du coup à chercher un truc de préférence plus ou moins métaphysique pour ne pas décevoir le potentiel client.
Parce que ces « intellos de l’art » (ou de lard selon leur lourdeur) regardent avec leur mental et trouveront artistique ce qui fait écho à ce qui est déjà référencé dans le disque dur de leur mémoire. Parce que ce qui est en dehors de ça ne leur « parle » pas et ne crée aucune résonance, fermé qu’ils sont à toute forme d’inconnu. Tout au plus les plus « instruits » sont-ils un prolongement de ceux qui prennent pour de l’art le canevas de la salle à manger de nos grands-parents (ou arrières désormais) représentant le faon au bord d’une mare à l’orée d’un bois ; ce qui a eu bien sûr son utilité par ailleurs.
Et oui Mr Gauguin, comme vous dites, « l’art est une abstraction » et l’abstrait n’est accessible qu’à une vraie intelligence sans commune mesure avec celle qui consiste à vouloir en faire preuve en arguant de l’intellectuel.
L’étio avec l’Art abstrait rendent intelligents (il faut quand même un socle), a minima développent ceux qui se laissent toucher dans ce qu’ils ne connaissent pas, et pour ça exclut les imbéciles qui comme le disait le Dr Brinette refusent de « penser avec leur cœur. »
Et sans surprise, ni l’une ni l’autre ne peuvent rien pour ceux qui se pensent (si on peut appeler ça penser) rationnels de ne penser qu’avec la moitié de cerveau dont ils se croient maîtres.
Et oui Mr Gauguin, l’étio vous aurait plu je crois car elle est exactement ce que définissez de l’Art et son abstraction. Mais peut-être la « saviez-vous » bien avant qu’elle n’ait été décrite ou nommée puisque peut-être rien ne se crée ?
Décidément l’étio est un Art où la compréhension et la Présence éclairée seraient peut-être aux fondements émotionnels initiaux de la la technique ce que l’Art abstrait est au figuratif voire même à l’impressionnisme.
En tout état de cause un Art majeur au service de l’humain.
