Formation en étiomedecine

SAPIOSOCIABLE

  Il est branché aujourd’hui de se dire sapiosexuel ; un, ça montre qu’on a de la culture, deux, ça laisse entendre qu’on est soi-même intelligent dans le cas où ça ne transpirerait pas ; au pire, c’est un alibi à l’impuissance… si on considère le nombre de gens « pertinents » qu’on a des chances de croiser au quotidien ; pour ce dernier exemple, je plaisante bien sûr.

  Ça me rappelle ces acteurs lors d’interviews nécrologiques qui parlent du génie de tel ou tel réalisateur récemment disparu, un peu pour rendre hommage… beaucoup pour parler… d’eux, de leur capacité à avoir saisi l’essence de l’esprit du Maître et donc d’être eux-mêmes un tant soit peu… géniaux  comme en témoigne la relation privilégiée qu’ils avaient avec lui.

  Ce n’est pas très éloigné de ceux qui, des trémolos dans la voix et la main sur le cœur, jurent leur foi en l’Homme essentiellement bon. Non parce qu’ils le croient mais parce que le jurant avec force, ils pensent convaincre les autres qu’ainsi persuadés, ils parlent d’eux-mêmes en n’imaginant pas l’Homme, dont ils sont des signifiants, autrement que ce qu’ils en disent.

  De même les gens qui prônent la bienveillance à tout bout de champ, ou tout bout de chant voire de litanie, ne le font ils pas en espérant celle d’autrui pour leurs insuffisances ou manquements?

  Ceux qui parlent de tolérance à longueur de temps ne sont ils pas ceux qui espèrent des autres l’obtenir pour leurs errances et indélicatesses mises à jour ?

  Ben si, le vrai tolérant ne parle pas de tolérance… puisqu’il n’a pas jugé ! La tolérance est fille de jugement.

  Le bienveillant et le tolérant n’ont pas à dire qu’ils le sont… et ne disent surtout pas qu’il faut l’être, ce qui serait un jugement de ceux qui ne le sont pas. Le reste est à l’avenant.

  Combien « orfraient » (du verbe orfrayer qui veut dire montrer qu’on est scandalisé plus qu’on ne l’est) et condamnent l’imbécillité des comportements sociétaux actuels et les guerres qui en résultent, veulent se faire les parangons de la fraternité et les apologistes de la paix quand eux-mêmes dans le quotidien de leur existence mentent, trompent, volent, même un tout petit peu, font dans le déni par intérêt ou par orgueil et j’en passe, pour atteindre leurs objectifs petits ou grands, parfois pour les bonnes raisons qu’on se donne sans qu’elles justifient les moyens ? Ils sont à l’échelle fractale moindre de la famille, de l’entourage, du club sportif, de l’asso locale, de l’entreprenariat ou de la politique locale ou régionale, du petit pouvoir ou des petites manipulations ou magouilles, les mêmes fomenteurs de conflits, les moyens en moins. Chacun porte en lui son petit Poutine ou son petit Trump, son petit arnaqueur ou profiteur de passe-droit. Mais on parlera toujours d’un vol de un milliard d’euros pour faire le buzz et détourner les attentions, jamais d’un milliard de vols de un euro.

  Mais revenons à notre sapience. Sagesse et science dit le dico.

  Le conditionnement sociétal associe généralement science à intelligence tout comme le raccourci vaut pour sagesse et vieillesse, voire sénescence pour les formatés à l’exigence et à l’immédiateté et autres hystériques de la société actuelle.

  Bien souvent pourtant, voire généralement, l’intellectuel n’est qu’un déviant inassouvi de l’intelligent.

  Il n’est qu’un scientiste rapporté au scientifique, incapable de création mais ne faisant que compiler le su pour expliquer aux autres dans une posture de sachant ; ou plutôt pour s’expliquer ce qu’il ne comprend pas. Ne faisant que tenter de réduire la Dimension de la Vie qui lui échappe à une dimension moindre qu’il pense maîtriser mais dans laquelle il circonscrit le Tout. Ainsi, tout ce qu’« il » ne comprend ou voit pas, tout ce qui n’est pas « prouvé scientifiquement »… est faux ou n’existe pas ; bref, le con quoi. Mais le con instruit ! (le plus dangereux, ça fait l’homme de pouvoir.)

  Le vrai scientifique est beaucoup plus humble et sait s’émerveiller plutôt que s’aigrir de ce qui lui apporte un peu de la féerie de l’inconnu. Bref,

  L’intellect des scientistes est une fonction inverse de l’intelligence.

  Mais de quelle intelligence parlons nous alors puisqu’elle n’est pas celle de ceux qui veulent paraître et briller en sachants costumés d’un « charisme social », quel que soit le sujet, sur une colonne vertébrale de pensée froide dite rationnelle.

  Elle est celle que j’exprimais sous la formule :

QA x QI ≥ QI²,

QI exprimant le Quotient Intellectuel bien sûr, QA le Quotient Affectif et non le Quotient émotionnel mais désignant l’aptitude à « recevoir » les informations avec tous les modes de perception de son être et leurs erreurs potentielles au même titre que celles polluant un mental, et dans la mesure où QA et QI s’exprimeraient dans une échelle numérique identique.

  On comprend alors que QA doit être supérieur à QI pour que cette intelligence ne soit pas un absolu froid et rigide, mais au contraire capable d’évolution et d’adaptation, de savoir nuancer entre le juste et l’idéal (ce qui fait des idéalistes des gens un peu dangereux parfois.)

 Si j’évoquais en titre le terme de sapiosociable, c’était pour parler de cette intelligence-là, celle qui appuie son raisonnement sur une colonne vertébrale d’affectif qui fait que si elle n’exclut pas l’expérience, rien jamais ne peut être pensé a priori et que le ressenti de chaque situation ou évènement primera sur une « pensée froide » et influera ou nuancera les attitudes en réponses, leur conférera une plus grande justesse… dans la mesure où ce ressenti a transformé ses souffrances en expériences (c’est le travail de l’étiomédecine.)

  Alors évidemment des gens qui réunissent les conditions de QI minimum structuré autour d’un QA qui lui serait au moins égal… ne courent pas les rues, d’autant que leur sapience en fait des gens discrets et ne sont pas les icônes intellectuels, spirituels, sportifs, people ou autres qui jonchent les plateaux télé et médias, se prennent pour des éveilleurs de conscience au lieu de se demander quelle est la limite de la leur, ou des porteurs de valeurs qui étant les leurs, doivent être celles des autres, auprès desquelles le public est censé s’abreuver et s’identifier en l’absence de tout esprit critique ou de toute pensée libre. Loin de moi l’idée de nier les bienfaits du sport ou de stigmatiser les sportifs ou fans de sportifs, les groupies hystériques de chanteurs à la mode mais l’attitude des pouvoirs via les médias qui consiste, par exemple en matière de sport, à persuader qu’il est une « valeur » d’occuper les 100 % de son cerveau disponible à ne penser égocentriquement qu’à un entraînement dont l’ultime finalité « spirituelle » est à terme de nager ou courir une fraction de seconde plus vite que d’autres ; « mon dieu » dirais-je si je voulais le compromettre dans tant d’insignifiance. À circonscrire les potentiels  de chacun dans des limites que certains dépasseraient peut-être sans des illusions d’objectifs qui sont finalement les limites de ceux qu’on leur sert comme « modèles. » Évidemment pendant ce temps, tous ceux là ne s’intéressent pas à la politique à quelques rares exceptions qu’on met en exergue comme les arbres qui cacheraient la forêt pour combattre le cliché du sportif sans cervelle ; mais l’argument du cliché n’est il pas bien souvent le dernier qui reste quand il n’y en a plus d’autre contre le fait qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

  Donc :

Sapiosociabilité ?

  Par analogie avec la sapiosexualité, la sapiosociabilité serait l’attirance de ne communiquer et interagir dans la vie qu’avec des gens dans cette dimension d’une intelligence duale. Mais la probabilité d’en croiser au quotidien, compte tenu de la réserve ou de la discrétion inhérente à cette dimension quand elle est vraie, fait que le risque de ne plus parler à personne pour le reste de ses jours serait très élevé.

  Bien sûr, j’entends d’ici la mauvaise foi rétorquer que je ne me prends par pour de la merde à prétendre que je serais muet à ne plus vouloir m’adresser qu’à de l’intelligence.

  Les plus subtils y verront l’inverse.

  Si les QI élevés abondent quelque peu (litote), la rareté que j’évoque est celle des penseurs qui s’appuient sur un affectif juste.

  Il faut sans doute pour ne pas risquer l’isolement à perpétuité mettre de l’eau dans son vin, voire noyer son vin jusqu’à ce qu’hélas aujourd’hui plus qu’hier encore au vu de l’étrangeté des attracteurs contemporains pouvoir et argent (voir attracteurs étranges) et au contraire des discours lénifiants et hypnotisants , il n’y ait plus de vin dans son eau.

Certains contestent le concept d’affectif juste en même temps que celui du ressenti, croyant que l’apparente cohérence de leur pensée linaire et froide qu’ils appellent la raison, les garantit de tout errement.

  Arguant le rationnel et l’objectivité, l’affectif est discrédité comme étant l’approximation subjective source d’erreurs et d’errances intellectuelles ; heureusement ceux qui le réfutent ont-ils parfois un peu mauvaise conscience à ne pas l’avoir écouté et ce n’est que… justice ? Faut bien que ça pique un peu.

  Comme si l’affectif n’était qu’une vague résurgence romantique, une bluette de l’âme propre à satisfaire l’immature qui sommeille en nous, la gamine de treize ans écoutant une chanson d’amour d’un chanteur à la mode et pattes d’eph’.

  Mais cet affectif est nourri de nos conditionnements, héritages, évènements et leurs mémoires par rapport auxquelles on aura ou non gagné des degrés de liberté pour en faire… de l’expérience. Cet affectif là sur lequel s’adosse la raison donne le sentiment de vérité, bien au-delà de la croyance d’avoir toujours raison au travers de certitudes ou dogmes absolus et figés en toutes circonstances… qui rassurent tellement ceux qui, par peur ou manque d’intelligence créatrice, ont décrété s’en tenir à la lettre, quitte à faire ch… pour ne pas être dépassés, ceux qui d’esprit, ont trop pour s’en tenir à la lettre.

  L’affectif est muselé comme étant obsolète, désuet et d’un temps révolu, mais il est la variable à inclure pour la survie de nos sociétés.

  Et le QI dans tout ça ? Il baisse aussi !

  Ben oui faudrait quand même pas croire les quelques « études » construites  sur les réponses « servies » par les grilles sociétales, gratifiant la collectivité d’un nombre à trois chiffres pour lui dire qu’elle évolue au mieux et qu’elle ne doit surtout rien changer, c’est-à-dire continuer à penser au travers de la parole et de la pensée diffusées par pouvoirs et médias… à peine d’être catalogué complotiste.

  Combien on en entend dire « Je pense » qui ne font que répéter ce qui leur a plu dans les discours diffusés, ou infusés. Plus quelqu’un dit « Je pense », plus il n’est que le répétiteur de pensées qui l’ont séduit et moins il est libre de sa pensée ; moins il pense.

  En fait, à force de « distraire » l’intelligence des individus par des prêts-à penser, des « valeurs » bien-pensantes, des « occupations artificielles de cerveau disponibles », le QI moyen descend plus qu’il ne monte depuis au moins trente ans ; il est aujourd’hui probablement plus près de 70 que de 100 contrairement à ce dont s’autosatisfont les tenants de pouvoirs divers en bons managers d’ entreprises.

  Évidemment, l’évolution dépendrait d’une pensée libre et créatrice mais que deviendrait les pouvoirs si les individus se mettaient à penser par eux-mêmes ? (textuellement en off par un député il y a quelques années, dont évidemment je ne citerai pas le nom mais qu’importe puisque fonctionnant grâce à cela, ils le pensent tous.)

  Et puis j’évoquais l’étrangeté des attracteurs  que sont le pouvoir et l’argent. Plus sérieusement un attracteur étrange permet de prévoir l’évolution d’un système si rien ne vient influer sur sa dynamique.

  Dans la mesure où les pouvoirs maintiennent leur influence par la culture de la peur des autres, de la maladie, de manquer etc, l’espoir d’oser recouvrer individuellement la liberté de « penser  affectivement » paraît bien lointain et anxiogène pour la grande majorité des humains; ce serait pourtant le facteur de rupture de l’évolution de ces systèmes soumis à ces attracteurs étranges, vers l’individualisme, l’égoïsme, l’indifférence, la suspicion, le chacun pour soi, le clanisme, le nationalisme… comme si à l’intérieur de chaque microcosme n’existait pas chacun de ces risques.

 Bien sûr, la sapiosociabilité ne peut être l’alibi du mutisme à l’instar de la sapiosexualité pour l’impuissance (à communiquer?), mais qu’il serait tellement bon de pouvoir s’adresser à des gens dont on sait que leur cœur porte leur pensée.

Ce discours peut paraître quelque peu misanthrope et moraliste. Moraliste, non, chacun a ses peurs qu’il surmonte comme il peut en s’illusionnant sur le contrôle qu’il espère avoir sur les choses. Misanthrope ? Parce que l’Homme se refuse à exprimer mieux son potentiel ?

La misanthropie n’est-elle pas que trop d’amour déçu ?

  Qu’on se rassure malgré tout, la sapiosociabilité, terme dans lequel figure toujours sociabilité, n’a de support véritable que la sapience affective tant il est vrai qu’un vrai gentil quelque soit son QI sera toujours aimable et fréquentable quand un connard au gros QI sera autant détestable.