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L’étiomédecine, comment ça marche?

Comment fonctionne l’étiomédecine ? Une image pour comprendre la relation thérapeutique

Pour expliquer la démarche de l’étiomédecine, prenons l’image d’une eau infusée, contenue dans une enveloppe souple. L’eau représente le vécu de la personne et ce qui y a infusé représente les expériences, les émotions, les héritages et les conditionnements qui ont progressivement coloré sa manière de vivre. L’enveloppe représente son interface avec le monde, une membrane semi perméable : ce par quoi elle entre en relation, accueille, filtre et se protège.

Cette image propose une lecture de l’accompagnement. Elle ne décrit pas un mécanisme biologique démontré : les notions de pression, de membrane et de dilution sont employées ici comme analogie.

Au fil de l’existence, certaines expériences peuvent prendre une place considérable. Comme un sachet de thé laissé longtemps dans l’eau, leur empreinte ne reste pas limitée à l’endroit où elles sont apparues. D’abord localisée, elle se diffuse progressivement jusqu’à colorer l’ensemble.

Une peur ancienne peut ainsi teinter les situations présentes et futures par le jeu des projections. Une blessure peut influencer la manière d’entrer en relation. Une protection, répétée au fil du temps, peut devenir habituelle au point de se confondre avec une façon d’être.

Comme dans une infusion qui se diffuse peu à peu, une même tonalité finit alors par traverser plusieurs dimensions de l’existence et par imprégner bien au-delà de l’expérience qui lui a donné naissance.

Cette charge crée un différentiel de pression avec le monde extérieur. Ce qui est imprégné en moi n’est pas le monde, il est mon vécu du monde.

Par cette différence de pression, l’interface  avec ce monde devient alors un lieu de tension, ouvrant sur l’incompréhension, le sentiment de décalage et de non-reconnaissance. Nous ne sommes plus en « communion » avec la vie mais en lutte, en démission, en méfiance, en questionnement existentiel, etc…

En somme la circulation entre l’intérieur (le système ) et l’extérieur (la vie) devient entravée, moins libre, moins ajustée au réel. Les mémoires et les protections accumulées entravent alors la libre relation du système avec l’extérieur.

La présence du thérapeute : réduire l’écart entre le dedans et le dehors

Dans la démarche de l’étiomédecine, le rôle du thérapeute consiste à offrir une présence empathique au plus près du vécu du patient. C’est par cette présence qu’il ressent le vécu du patient. Il ne cherche pas seulement à le comprendre, il accepte d’en être affecté, de le rejoindre dans son état.

Ainsi, comme dans l’image de l’osmose, à mesure que le différentiel de pression s’atténue, la membrane (l’interface) peut se détendre: ce qui existe intérieurement trouve, dans la relation, un accueil et une reconnaissance qui lui permet de lâcher ses tensions. La personne n’a alors plus autant besoin de se défendre la réalité de ce qu’elle vit, le dehors devient moins menaçant, elle se décloisonne.

Lorsque la protection devient moins nécessaire

Ce changement ne s’obtient pas en demandant au patient de « lâcher prise ». Une telle injonction ajouterait une exigence supplémentaire et constituerait presque un non-sens thérapeutique. On ne lâche pas parce qu’on l’a décidé mentalement ; on lâche lorsque la charge de souffrance diminue suffisamment. Comme la pression d’une colonne d’eau qui s’amenuise à mesure qu’un robinet la laisse s’écouler, la tension baisse lorsque ce qui la maintenait trouve enfin une voie de décharge.

Le thérapeute cherche à rendre ce relâchement possible. Lorsqu’une personne se sent reconnue dans ce qu’elle vit, elle peut laisser émerger un ressenti jusque-là retenu, exprimer une émotion ou demeurer au contact d’une expérience auparavant difficile à approcher. Ce mouvement peut alors contribuer à diminuer la charge associée à cette souffrance.

Les protections sont respectées dans leur fonction comme dans leur rythme. Le travail du thérapeute consiste à s’ajuster aux résistances qui peuvent émerger, à les reconnaître et à naviguer avec elles sans jamais chercher à les forcer ni à imposer un mouvement. C’est aussi là que se joue la question du pouvoir thérapeutique : accompagner n’est pas contraindre.

La dilution : une expérience qui prend moins de place

Revenons  à notre eau infusée: lorsque l’enveloppe se desserre, le vécu semble pouvoir disposer de davantage d’espace. Ce qui était concentré, enfermé ou constamment reconduit peut être éprouvé dans un contexte différent.

Leur dilution est une manière de décrire une diminution de leur emprise, (de leur concentration dans l’eau). L’évènement reste dans l’histoire de la personne, mais il ne détermine plus nécessairement avec la même force sa manière de percevoir chaque situation.

La couleur de l’infusion demeure mais elle devient moins envahissante. D’autres nuances, d’autres perceptions et d’autres réponses trouvent leur place.

Une présence qui ouvre une possibilité

Cette métaphore résume l’intention de l’accompagnement : rejoindre avec justesse le vécu de la personne, ce qui permet de réduire la pression ressentie dans la relation et permet un assouplissement de ses protections. La reconnaissance peut alors ouvrir un espace dans lequel ce qui semblait figé retrouve du mouvement.

Le terme d’« osmose » permet de représenter une expérience : lorsque le dehors accueille ce qui existe au-dedans, la frontière entre les deux devient moins tendue.

C’est sous cet angle que l’on peut comprendre la place donnée à la présence empathique dans mon approche de l’étiomédecine. Le relâchement reste singulier, parfois progressif, et ne peut être exigé ni garanti.